Mes Éric Lallier, Dominique Tardif et Catherine Biron. Photos : Sites Web de Norton Rose Fulbright, de ZSA et de Langlois.
Mes Éric Lallier, Dominique Tardif et Catherine Biron. Photos : Sites Web de Norton Rose Fulbright, de ZSA et de Langlois.
Les avocats spécialisés en droit du travail sont sur le pied de garde pour venir en aide aux entreprises. Le milieu des affaires québécois a une foule de questions à poser, et leurs avocats se mobilisent pour les assister dans leur gestion de crise.

Pas facile pour ces avocats, qui vivent eux aussi la même situation au bureau : le coronavirus n’épargne aucun milieu de travail.

« C’est du jamais vu pour la santé publique, et c’est du jamais vu pour les employeurs et les employés directs, remarque Éric Lallier, associé en droit de l’emploi et du travail chez Norton Rose Fulbright. On essaie de les accompagner là-dedans, et en même temps on est aussi nous-mêmes ciblés par les mesures de prévention. »

Du travail sans arrêt

La vraie crise a débuté mercredi dernier pour le droit du travail. C’est à ce moment que s’est faite la scission entre la prévention, et la gestion de la crise pour les clients du milieu d’affaires québécois. Depuis, « c’est sans arrêt », souligne Me Lallier.

« C’est la frénésie en droit du travail », confirme Me Dominique Tardif, présidente de la firme de recrutement juridique ZSA.

« Il y a évidemment des compagnies qui procèdent déjà à des licenciements massifs, des gens qui diminuent la semaine de travail, des gens qui sont mis sur le chômage, énumère Me Tardif. Il y a toutes sortes de questions qui se posent, alors on sait que les gens en droit du travail et de l’emploi sont présentement excessivement sollicités. »

Les questions de santé et sécurité sont sur toutes les lèvres alors que des entreprises se mettent massivement au télétravail et que d’autres, comme dans le secteur manufacturier, se demandent comment éviter que leurs employés ne tombent malades sans que la production ne soit arrêtée.

L’associée spécialisée en droit du travail chez Langlois Catherine Biron révise « quotidiennement les façons de faire pour s’assurer que les meilleures pratiques sont implantées et respectées dans les milieux de travail ».

Pour y arriver, Me Biron doit rester alerte… et très informée. « On est complètement mobilisés par cette crise-là, qui est une crise sans précédent mais aussi très dynamique : les informations et les consignes changent au jour le jour. »

Le deuxième front de la crise se profile

Si les avocats spécialisés en droit du travail aidaient jusqu’à présent les entreprises à gérer les risques de propagation et de maladie en milieu de travail, ils s’attaquent peu à peu à un nouveau front : la gestion des conséquences de la crise sanitaire.

On parle ici de conséquences financières pour les entreprises et les travailleurs, qui auront sûrement à en pâtir. Le Cirque du soleil a déjà annoncé des mises à pied.

« J’appelle ça l’effet boule de neige, explique Me Éric Lallier. Au départ, on avait les mesures préventives. Après ça, on a eu l’isolement, la mise en quarantaine, et ça s’accumule, ça s’accumule, et là on sent que les entreprises attendent beaucoup de difficultés sur le plan financier. Alors, c’est certain qu’on voit apparaître des scénarios où il y a des mises à pied. »

Me Catherine Biron surveille attentivement les mesures de soutien aux entreprises et aux travailleurs pour bien conseiller ses clients.

« Il faut se rappeler qu'il y a la juridiction provinciale en matière de santé publique et de support aux travailleurs, mais il y a surtout la juridiction fédérale pour les mesures qui ont trait à l’assurance emploi », souligne l’associée chez Langlois.

Justin Trudeau annonçait justement mercredi un plan de 82 milliards $ pour soutenir et indemniser les travailleurs et les entreprises, un plan qui aura « un impact direct sur les décisions qui ont trait aux licenciements, aux mises à pieds, aux façons de pouvoir maintenir les opérations dans la crise actuelle », indique Me Biron.

Quel impact aura ce plan fédéral, exactement? On ne le sait pas encore, mais on espère qu’il sera au moins positif pour les travailleurs et les entreprises. Les avocats en droit du travail planchent là-dessus tout en restant un peu dans l’inconnu.

« C’est facile de dicter la marche à suivre quand vous avez des précédents, mais quand vous n’en avez pas c’est un peu plus difficile, note Me Lallier. C’est là-dedans qu’on se retrouve. »