Me Hélène Potvin est la nouvelle boss des notaires. Photo : Facebook
Me Hélène Potvin est la nouvelle boss des notaires. Photo : Facebook
Me Hélène Potvin, propriétaire depuis 2006 de l'étude Boulanger Dolan Denault à Montmagny, est la nouvelle présidente de la Chambre des notaires depuis un peu plus d’un mois.

Me Potvin a battu le président sortant Me François Bibeau par 1 111 votes contre 994.

« Je suis entrée en fonction depuis le 5 juin, mais pour moi c'est quand même très très récent! » s’exclame Me Potvin, à qui Droit-inc a parlé de COVID-19 et de l’avenir de la profession de notaire.

Entrevue.

Quelle a été votre réaction à la suite de votre élection?

J'étais quand même très heureuse et très fière d'avoir été choisie, d’avoir été élue. C’est sûr que pour moi c'est une fierté parce que ça faisait partie de mes motivations.

Ça faisait 27 ans que j’étais notaire en pratique privée et je trouvais que j'avais une belle carrière, que le notariat m’avait permis de m'épanouir comme personne et au niveau professionnel aussi. J'avais vraiment envie d’améliorer la profession afin de permettre à d'autres notaires d’avoir cette chance que j’ai eue.

Ça vient avec des sacrifices, évidemment. Vous avez dû laisser votre pratique privée...

C’est sûr! Moi, j’avais une grosse pratique commerciale. Je travaille principalement en droit des affaires, alors c’est sûr que c’est un très très gros changement pour moi.

Je suis en train de terminer les dossiers qui étaient en cours parce que je tiens à les compléter. Je ne veux pas abandonner mes dossiers. En tant que professionnelle, on veut bien faire les choses, on veut bien terminer ça.

Avec mon associé, on est en train de voir à la réorganisation de notre bureau pour mon départ définitif.

Vous étiez propriétaire de l’étude, non?

Oui, oui, j’étais propriétaire depuis 2006! Moi, j’ai été assermentée en 1993, et en 1994 je m'étais jointe à ce bureau-là comme employée, et puis j’ai continué à travailler là.

C’est à Montmagny, et c'est une région avec beaucoup de manufactures, des bonnes entreprises manufacturières, beaucoup d’entreprises agricoles. J’ai commencé à travailler là-dedans.

J’ai vraiment aimé beaucoup ça, faire de la planification, des fiducies, des achats et ventes d’entreprises dans le transactionnel, l’achat d'actions...

J’ai bâti toute ma carrière là, et puis en 2006 j’avais eu l’occasion d’acheter le bureau.

Là vous quittez, mais pas pour toujours! On parle d’un mandat de combien de temps?

C’est quatre ans. Avant c’étaient des triennats, et là, c’est la première fois que c’est quatre ans.

Pas trop triste?

C’est sûr qu'il y a des deuils à faire. Je me demande si je m’ennuierai pas un peu de mes clients, c’est certain. On développe des relations de confiance au fil de ces années-là, des relations amicales aussi. Quand on sert quelqu’un depuis vingt ans, on connaît sa situation financière, familiale, professionnelle.

Ça je pense que ça va être un peu ma déception, mon deuil à faire.

Sur votre page LinkedIn, j’ai d’ailleurs vu un commentaire qui disait que vous expliquiez les dossiers avec beaucoup d’humour. C’est vrai?

Oui, oui, c'est vrai!

J’aime utiliser l'humour des fois pour enlever des situation tendues. Je pense que ca vient naturellement. C’est comme ça que je crée un contact très humain et très près de mes clients.

Je pense qu'ils appréciaient ça vraiment de moi, d'avoir un contact accessible, ce qui fait que je suis près de mes clients, et que je peux comprendre leurs interrogations, leurs besoins, et y répondre dans ma pratique.

Est-ce que c’est un trait que vous pensez utiliser dans vos nouvelles fonctions?

Je savais que vous alliez me demander ça! (Rires)

Eh bien, j'espère bien! Je ne sais pas comment ça va s'articuler. Il faut savoir l'utiliser avec justesse, au bon endroit, sinon ça peut être délicat et inapproprié.

Devrez-vous être relocalisée à Montréal pour prendre vos fonctions?

Éventuellement, mais c’est sûr qu'à Montréal, je trouve que ce n’est pas évident avec la situation reliée à la COVID-19.

Les bureaux de la Chambre sont encore fermés, tout le monde est en télétravail, alors c’est moins pertinent que je m’en vienne ici alors qu’il n’y a personne. Vous comprenez qu’en visio, que ce soit à Montréal ou à Montmagny, ça change pas grand chose.

Mais éventuellement, oui, je vais déménager ici à Montréal, donc peut-être au début de l’année prochaine, dépendamment de la prochaine vague possible.

D’ailleurs, la COVID-19 va probablement teinter fortement votre début de mandat...

Oui! C’est ce que je trouve le plus difficile, de ne pas avoir accès à toute l'équipe en présentiel.

C’est sûr que quand je suis à Montréal, les gens viennent me rencontrer, mais c’est jamais en petits groupes. C’est de un à un, de deux à un, deux ou trois personnes, alors c’est sûr que ça, c’est plus difficile je pense.

Mais bon, il faut s’adapter, et on sait que la pandémie va changer beaucoup de façons de faire, alors c’est sûr qu’on est à l'affût, comme tous les notaires d’ailleurs.

Notre défi, ça va être d’ajuster les formations. Nous, professionnellement, nous avons toujours les cours de perfectionnement qui alternent entre Québec et Montréal, donc deux fois par année où on a 1200 notaires qui sont réunis.

Est-ce que ça, ça va être possible? Quand ça va être possible? Alors on est à l’affût.

La formation obligatoire, eh bien on travaille là-dessus, entre autres.

On a aussi eu l'acte technologique qui a été permis pendant la pandémie.

Comme les signatures électroniques qui commençent à faire leur chemin!

C’est ça. Alors ça, c’est l’acte technologique, c’est un acte qui est dématérialisé. On y travaillait à la Chambre depuis plusieurs années, mais la pandémie a bousculé sa mise en oeuvre.

La ministre Lebel avait déclaré que les notaires étaient considérés comme services essentiels, et puis la ministre était très intéressée de pouvoir utiliser cette technologie-là
pour permettre à des clients de signer des actes sans être en présence physique.

Pour la sécurité, c’était vraiment un plus.

Ça c’est une version qui été déployée rapidement, là on travaille sur une formule pérenne pour la phase deux : balisée, améliorée. C’est un dossier qui est en continu et qui va mobiliser beaucoup d’efforts ici à la Chambre.

Est-ce que ça va prendre le pas sur d’autres priorités que la Chambre avait avant la pandémie?

C’est sûr que c’est un aspect qui est important.

Je voulais aussi travailler à rapprocher la Chambre de ses membres, améliorer la communication entre notaires sur le terrain et la Chambre, favoriser les échanges pour aussi développer un sentiment d'appartenance encore plus des notaires envers leur ordre professionnel, essayer d'être plus à l'écoute pour identifier les besoins en formation.

Éventuellement, c’est sûr que c’est la population qui gagne à ça, parce que les notaires sont formés plus adéquatement ou selon leurs besoins. La mission première de la Chambre, c’est la protection du public. Tout le monde y gagne : les notaires sont mieux formés, ça répond mieux aux besoins.

Je voulais être plus à l'écoute et adapter la chambre au nombre croissant de notaires qui sont en pratique non traditionnelle.

Avant ça, c’était une petite poignée de notaires qui travaillaient un milieu non traditionnel, et maintenant c’est 1000!

Et on parle de quel genre de pratique?

Il y a des notaires qui vont travailler pour des ministères, des sociétés ou des compagnies de fiducies, d’assurances, des banques, qui vont être au gouvernement...

On peut travailler dans des institutions financières dans différents secteurs, comme le règlement de succession et l'administration, ou on peut travailler au curateur public.

C’est sûr qu’avant ça, c'était moins fréquent. Maintenant, c'est plus de 1000 notaires sur les 4000!

Le quart, quand même!

C’est pour ça que la chambre ne s'était pas vraiment adaptée à leur formation et leurs besoins. Ça va être un gros chantier, parce que selon moi, c’est une préoccupation de beaucoup de notaires en pratique non traditionnelle qui se sentaient moins bien représentés auprès de la Chambre.

S’ils sentent que la Chambre comprend leur réalité, c’est sûr qu’après ça ils vont être contents, ils vont être fiers, et ça va être un meilleur rayonnement pour la profession.

Je pense que ça va être ça, mes enjeux prochainement, et après ça il y toujours des nouveaux défis qui vont se présenter, mais on va commencer par travailler là-dessus. Ça devrait nous tenir occupés un petit bout!

Que s’est-il passé, depuis un mois que vous êtes en poste?

On est en train de former les comités statistaires et non statistaires. On participe aussi à la table Justice Québec, qui vise à trouver des solutions pour désengorger les tribunaux. On est pas mal occupés.

Moi je vais rencontrer personnellement les directeurs, les employés, le cabinet du syndic, le curateur public, le ministre de la Justice… C’est pas mal de rencontres!

Vous avez rencontré le ministre actuel, ou l’ancienne ministre de la Justice?

Les deux! On a eu une première rencontre pour se présenter, et Me Lebel a été changée de ministère.

J’ai rencontré Me Jolin-Barrette la semaine dernière pour se connaître.

Comment ça s’est passé?

Très très bien. C’est un homme intelligent qui connaît bien son métier, qui connaît la profession de notaire, alors c’était très intéressant.

Mais je ne peux pas tout vous dire, là… (Rires)