Valérie Plante mise en demeure pour les travaux sur Saint-Denis. Photos : Radio-Canada et site Web de Montréal
Valérie Plante mise en demeure pour les travaux sur Saint-Denis. Photos : Radio-Canada et site Web de Montréal
Un cabinet d'avocats dûment mandaté entend judiciariser le dossier du Réseau express vélo (REV) si rien n'est fait pour minimiser les répercussions du projet sur ses clients.

La firme Cain Lamarre a fait parvenir à Valérie Plante une mise en demeure en bonne et due forme, mardi, laissant entendre que la mairesse de Montréal fera l'objet d'une poursuite civile si les travaux de la rue Saint-Denis vont de l'avant sans qu'aucun changement soit apporté à la situation actuelle.

Ses clients sont trois marchands, explique la firme, qui « subissent un préjudice qui va bien au-delà des inconvénients normaux (...) qui découlent habituellement de travaux publics ».

Ces commerçants – Concept Zone, George Laoun opticien et Mycoboutique – « accusent une perte de chiffre d'affaires qui s'aggrave depuis le début des travaux, et qui s'ajoute à une perte déjà marquée dans le contexte actuel », écrit l'auteur de la mise en demeure, Me Denis Cloutier, en référence à la pandémie de COVID-19 et à ses impacts économiques.

« Le moment choisi pour ce faire ne peut être pire. Alors que les chantiers successifs et la pandémie sans fin ont affaibli ou achevé plusieurs commerces, on décide d'aller de l'avant avec des travaux dont l'impact prévisible dans les circonstances est grave sur les commerces qui peinent à survivre à toutes ces épreuves », peut-on lire dans la mise en demeure.

Les marchands de la rue Saint-Denis, poursuit-on, estiment que le projet du REV « équivaut à une expropriation à l'égard de plusieurs d'entre eux, ou rend à tout le moins impossible la survie de leur commerce » .

Plante priée d'« agir en conséquence »

« Dans ce contexte, plaide Me Cloutier, l'Administration doit à tout le moins minimiser les impacts de ses choix sur des commerçants et justiciables à bout de souffle, à défaut de suspendre ou d'annuler les travaux en question comme elle vient de le faire dans un autre arrondissement », soit celui de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

Si la situation se prolonge, « ses clients entendent intenter tous les recours appropriés dans les circonstances ainsi que réclamer à la Ville tous les dommages qu'ils subissent et subiront en raison de la situation », conclut-il, invitant la mairesse à « agir en conséquence ».

Le réaménagement de la rue Saint-Denis prévoit la mise en place de deux pistes cyclables, une réduction des voies de circulation, mais le maintien des stationnements. Photo : Radio-Canada
Le réaménagement de la rue Saint-Denis prévoit la mise en place de deux pistes cyclables, une réduction des voies de circulation, mais le maintien des stationnements. Photo : Radio-Canada
Les commerçants de Saint-Denis se plaignent depuis déjà plusieurs mois de l'installation annoncée de voies cyclables des deux côtés de la rue. Ils déplorent notamment l'« indifférence » de Valérie Plante et du maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin, qui ne leur offrent que « des réponses lapidaires ».

L'acheminement d'une mise en demeure à la mairesse de Montréal est « un geste fort », convient l'opticienne Anne-Marie Laoun. « On est sérieux, a-t-elle confié à Radio-Canada en entrevue. On demande fortement d'être écoutés et entendus. »

« Il y a des dialogues à avoir. Notre survie, ça appartient aussi à la mairesse », poursuit l’opticienne.

Les travaux d'aménagement du REV sur la rue Saint-Denis ont débuté la semaine dernière entre la rue Roy et le boulevard Saint-Joseph, dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Résultat : c'est maintenant « très, très difficile d'accéder à la rue Saint-Denis », explique Anne-Marie Laoun.

Lyrique, la mise en demeure décrit « un chantier épars », « en état de semi-désorganisation », où des décors surréels se succèdent « dans une enfilade interminable, qui étonne tous les citoyens qui en sont débordés de toutes parts ».

Devant la grogne, la mairesse Plante s'est engagée la semaine dernière à revoir le calendrier des chantiers pour faciliter la circulation. Depuis, son administration a fait savoir que les travaux du REV sur les rues Saint-Antoine et Saint-Zotique seraient reportés.

Sur Saint-Denis, « on essaye vraiment de trouver une solution », a-t-elle encore fait valoir mardi en entrevue au 15-18 : un agent de liaison s'occupe du dossier « en permanence »; les travaux sur le Plateau ont été repoussés à la fin de l'été; et le programme Artères en chantier sera « adapté » pour donner un coup de main aux marchands, a énuméré la mairesse.

Cette dernière déplore toutefois que les commerçants aient oublié « la prémisse de base » du REV : celle de la sécurité. Depuis 2014, a-t-elle souligné, quelque 300 piétons et cyclistes ont été blessés, voire tués, en circulant sur la rue Saint-Denis.

« Je comprends que c'est difficile pour les commerçants. Mais j'aimerais ça qu'on soit capable de prendre un pas de recul et regarder pourquoi on fait ce projet-là. Et ce n'est sûrement pas pour embêter les commerçants. Mais c'est clairement pour aider les cyclistes et les piétons à se déplacer de façon sécuritaire », indique la mairesse de Montréal.

Aussi, il n'est pas question pour son administration de mettre fin au projet du REV sur Saint-Denis. « On va continuer à s'ajuster et trouver des accommodements », a promis Mme Plante, mais ce projet-là « a sa raison d'être » et il a été élaboré dans « les règles de l'art », a-t-elle insisté.

En entrevue avec Patrice Roy au Téléjournal Grand Montréal 18 h, la mairesse a également commenté la demande formulée plus tôt dans la journée par un autre groupe de commerçants montréalais, qui souhaiteraient pouvoir bénéficier rapidement d'une baisse, voire d'un congé de taxes pour faire face à un automne qui s'annonce déjà difficile.

Des mesures fiscales pour leur venir en aide seront incluses dans le prochain budget, en novembre, mais pas avant, a-t-elle fait savoir. Et le paiement de l'impôt foncier ne sera plus reporté comme il l'a été plus tôt cette année, en mars et en juin.

« À un moment donné, moi, ma seule source de revenus pour ramasser les poubelles, déneiger, m'occuper des parcs, les centres sportifs, c'est la taxe foncière, a rappelé la mairesse. Alors, je peux vous dire une chose : on travaille très fort pour avoir un bon budget, mais à ce moment-ci, je ne peux pas m'engager au niveau des taxes. »

Mme Plante a toutefois demandé à Québec d'envisager la possibilité d'offrir un crédit d'impôt aux commerçants, dont ceux de la rue Saint-Denis pourraient aussi bénéficier.

En matinée, une conférence de presse avait été organisée par l'Association des propriétaires de bâtiments commerciaux du Québec (APBCQ) pour réclamer une diminution importante des taxes non résidentielles. Son fondateur, Peter Sergakis, a suggéré qu'elles soient carrément réduites de moitié dès l'an prochain.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine