Le bâtonnier Paul-Matthieu Grondin. Photo : Radio-Canada
Le bâtonnier Paul-Matthieu Grondin. Photo : Radio-Canada
Le Barreau du Québec veut s’attaquer au harcèlement et aux violences à caractère sexuel vécus par ses membres. Pour dresser un portrait de la situation et trouver des pistes de solution, l’organisation a collaboré à une enquête menée par une équipe de recherche de l’Université Laval.

Le rapport de cette enquête réalisée à l’automne 2018, dans la foulée du mouvement de dénonciation #moiaussi, a été publié aujourd’hui. 3785 avocats ont répondu aux questions, ce qui représente seulement 14,5% des membres du Barreau.

Le bâtonnier Paul-Matthieu Grondin n’a pas été « particulièrement surpris » par les résultats de cette enquête.

Quelques faits saillants
  • 50% des femmes ont vécu du harcèlement sexuel sous forme de blagues sexuelles offensantes répétées (comparativement à 22% chez les hommes)
  • 42% des femmes se sont fait déshabiller du regard d’une façon qui les a rendues mal à l’aise (comparativement à 5% chez les hommes)
  • 31% des femmes ont subi des remarques désobligeantes au sujet de leur corps, de leur apparence ou de leurs activités sexuelles (comparativement à 14% chez les hommes)
  • 27% des femmes se sont déjà fait toucher d’une façon qui les a rendues mal à l’aise (comparativement à 7% chez les hommes)
  • 4% des femmes ont subi des conséquences négatives parce qu’elles avaient refusé de s’engager dans des activités sexuelles (comparativement à 0,4% chez les hommes)

« Ça nous pousse à vouloir faire des efforts dans notre profession », a affirmé Me Grondin, en entrevue avec Droit-inc.

« On voudrait tous que le nombre d’événements soit à zéro », a-t-il répondu lorsque nous lui avons demandé si ces chiffres lui paraissent inquiétants.

Quelques extraits de témoignages

Le rapport contient de nombreux témoignages pour le moins dérangeants… En voici quelques exemples.
  • « J’étais en chambre de pratique et j’étais penchée afin de prendre un document dans ma valise. J’étais togée. Un avocat visiblement âgé de 40 ans de plus que moi m’a indiqué : "Ça fait des années que je n’ai pas eu une femme de ton âge à genoux devant moi." Je n’avais jamais parlé à cet avocat au préalable. Ce commentaire a été fait de manière à ce qu’une autre jeune avocate et une jeune stagiaire l’entendent. »
  • « Es-tu prête pour ton premier cas d’agression sexuelle? Ça fait que... c’est moi l’agresseur c’est toi la victime! »
  • « Dans la salle de photocopies du bureau, alors que j’étais de dos, un associé m’a pris les fesses à pleines mains. »
  • « Un avocat adverse lors d’une réunion de travail m’a pris la tête et m’a embrassée de force. Un avocat adverse a mis ses mains à mon derrière lorsque nous nous rendions à une salle d’audition au palais. Un juge a mis sa main sur ma cuisse lors d’un souper pour juges et avocats. Un client m’a dit qu’il voulait me baiser sur mon bureau alors que nous étions seuls dans mon bureau. »
  • « Deux collègues différents, à deux occasions différentes, m’ont violée alors que j’étais incapable de formuler un consentement éclairé (saoule). Le premier viol s’est passé durant un 5 à 7 et le second viol après un 5 à 7. »
  • « Lorsque j’étais stagiaire et au début de ma pratique, il est arrivé à plusieurs occasions qu’un associé du cabinet vienne dans mon bureau, baisse ses pantalons et me demande de commenter ses attributs. »

Peu de dénonciations

Malheureusement (mais sans surprise), les personnes victimes d’actes répréhensibles de la sorte les dévoilent dans leur entourage, mais les dénoncent très peu, selon l’étude. Seulement 1% des répondants victimes de harcèlement ou de comportements sexuels non désirés ont dénoncé ces gestes au syndic du Barreau ou à la police.

« C’est le reflet de la société, estime le bâtonnier. On doit insister sur la prévention, la sensibilisation et l’accompagnement. »

À ce sujet, 41% des femmes et 26% des hommes sondés croient que le Barreau ne fait pas assez de sensibilisation quant au harcèlement et aux violences sexuelles. Une grande majorité de femmes croit aussi que l’ordre professionnel devrait se doter de politiques claires et transparentes à ce sujet.

« Il faut qu’on fasse des efforts supplémentaires », admet le bâtonnier.

La publication de ce rapport est une première étape en ce sens, selon lui. Cette enquête représente d’ailleurs la plus vaste étude réalisée sur les enjeux d’harcèlement et de violences sexuelles dans le milieu juridique.

Le Barreau compte également mettre en place toutes les recommandations énumérées par les chercheuses, dont mettre sur pied un comité de travail dédié à l’étude de ce rapport et à l’élaboration de pistes de solutions.

Le bâtonnier précise qu’il prévoit également mettre sur pied de nouvelles formations gratuites sur le sujet pour ses membres, et songe à les rendre obligatoires.