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Les tours de bureaux des centres-villes au Canada sont vidées de leurs employés depuis près d'une année maintenant. Beaucoup s'interrogent sur l'avenir qui leur est réservé. S'il est trop tôt pour connaître exactement la nature de leur transformation, on peut déjà observer certaines tendances.

Les transformations dans l'immobilier commercial se déroulent normalement à long terme, parce que les baux durent plusieurs années. Le fabricant de mobilier québécois Artopex remarque tout de même certains changements relativement aux demandes des clients.

Dans sa salle d'exposition, Francis Pelletier, premier vice-président, ventes et marketing, nous fait d'abord découvrir l'exemple d'un îlot de quatre bureaux séparés par des vitres.

« Ici, on a un espace de travail à aire ouverte, explique-t-il, mais on peut quand même garder une distance recommandée entre les employés. Souvent, pendant la pandémie, on va condamner certaines places de travail pour que les gens puissent être assis en W pour ne pas avoir quelqu'un en face, quelqu'un à côté. »

Un peu plus loin se trouve en démonstration un petit cubicule pouvant être démonté et adapté en fonction de la situation sanitaire. L’idée est de pouvoir créer facilement une « bulle autour du travailleur ».

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Quatre bureaux à aire ouverte d'Artopex permettant de respecter la distanciation physique.
PHOTO : RADIO-CANADA / MATHIEU DION

Télétravail : un « effet nul »

Une chose semble maintenant certaine : le télétravail n'est pas près de disparaître et s'inscrirait davantage dans un mode hybride, soit quelques jours à la maison et quelques jours au bureau.

Malgré tout, la plus grande firme de courtage immobilier commercial du Canada, CBRE, estime que le changement aura un « effet nul » sur le besoin d'espace, puisqu'il faudra préserver la distanciation physique.

L’analyste Jacinthe Lachapelle estime que la combinaison de ces deux variables aura un « impact minime sur la diminution des pieds carrés occupés, étant donné que les entreprises devront augmenter le nombre de pieds carrés par employé tout en ayant moins de bureaux ».

L'émergence de postes de travail non assignés, dans lesquels il sera toujours possible de travailler en petit groupe, devrait s’accélérer dans ce contexte.

« On a vu beaucoup de gestionnaires qui vont créer, par exemple, un groupe A et un groupe B, et il va y avoir une rotation dans le milieu de travail sans mélanger les équipes, indique Francis Pelletier, d’Artopex. Il y a des façons de le faire pour que ce soit sécuritaire grâce à des procédures de nettoyage. »

Signe de la montée de ce phénomène, il constate une hausse importante de la demande de casiers. À défaut d’avoir un bureau assigné, les employés peuvent y ranger leurs effets personnels.

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Artopex dit voir une hausse de la demande de casiers en milieu de travail.
PHOTO : RADIO-CANADA / MATHIEU DION

Statu quo, ou presque

CBRE observe que la plupart des entreprises n'ont pas pris de décisions quant à la suite des choses. Réduire la dimension des locaux maintenant pourrait en effet les rendre moins flexibles à l'avenir.

D’après Lisa Fulford-Roy, vice-présidente principale à la stratégie en milieu de travail, « la plupart des entreprises voient la valeur des bureaux comme une destination pour l’innovation, les échanges d’idées, le mentorat ou la simple connexion à l'organisation ».

De plus en plus de bureaux sont néanmoins remis en sous-location : une augmentation de 66 % pour les trois derniers mois de 2020 seulement au centre-ville de Montréal. Ils représentent maintenant 1,7 % de l’inventaire bâti.

Que font les grandes entreprises?

L’un des plus gros employeurs du Québec, le Mouvement Desjardins, se dit « toujours en réflexion », mais entend déjà consolider ses employés dans ses bureaux en ayant ce souci d'une « plus grande flexibilité » entre la maison et le bureau et, « à terme, fermer certains de ses baux ».

Une autre institution financière, la Banque Nationale, se fait présentement construire un nouveau siège social de 40 étages au centre-ville de Montréal et maintient depuis des mois que sa tour sera occupée.

Pour sa part, Produits forestiers Résolu envisage carrément de réduire de moitié l'empreinte immobilière de son siège social à Montréal. Une occasion de diminuer ses coûts.

Selon CBRE, 43 % des organisations dans le monde songeaient à intégrer le travail à distance avant la pandémie. En septembre 2020, la statistique avait presque doublé à 83 %.