Des entreprises de transport affirment que la demande a grimpé en flèche après l’annonce de la quarantaine obligatoire à l'hôtel pour les voyageurs de retour au pays. Photo : Radio-Canada
Des entreprises de transport affirment que la demande a grimpé en flèche après l’annonce de la quarantaine obligatoire à l'hôtel pour les voyageurs de retour au pays. Photo : Radio-Canada
Des compagnies américaines offrant des services de taxi et limousine profitent d'une manne inespérée en cette pandémie : les Canadiens en voyage aux États-Unis qui veulent revenir au pays par voie terrestre et ainsi éviter la quarantaine obligatoire à l'hôtel.

La compagnie Buffalo Limousine, qui offre un service de transport pour les voyageurs arrivant à l’aéroport, dit avoir perdu près de 70 % de son chiffre d’affaires depuis le début de la pandémie.

Mais le vent a tourné pour cette entreprise, qui dessert des aéroports dans l’État de New York, mais aussi à Toronto et à Hamilton, en Ontario, grâce à la demande grimpante créée par les snowbirds canadiens.

« C’est un immense coup de pouce pour nous, un cadeau du ciel », assure Carla Boccio, propriétaire de Buffalo Limousine.

Depuis le 22 février, les Canadiens qui reviennent par avion au pays sont contraints de respecter une quarantaine de trois jours dans un hôtel désigné par le gouvernement, à leurs frais, avant de poursuivre leur isolement à domicile. Les coûts peuvent atteindre 2000 $.

Or les voyageurs qui reviennent au Canada par la frontière terrestre ne sont pas tenus de rester à l'hôtel pour suivre leur quarantaine.

Des snowbirds soucieux d’éviter de se plier à cette mesure s’achètent donc des billets pour des vols à destination de villes américaines situées tout près de la frontière canadienne – comme Buffalo, dans l’État de New York – et réservent les services de compagnies de transport pour les aider à passer la frontière.

« Quand le Canada a imposé cette quarantaine à l’hôtel, nos lignes téléphoniques ont explosé. » - Carla Boccio, propriétaire de Buffalo Limousine

« Ce que la majorité de ces gens me disent, c’est qu’il ne s’agit même pas d’une question d’argent. (Ils n’aiment pas l’idée) d’être comme en prison dans cette chambre d’hôtel », dit Mme Boccio.

300 $ américains pour aller de Buffalo à Toronto

CBC News s’est entretenue avec trois compagnies basées à Buffalo et une autre à Burlington, dans l’État du Vermont, à près de 70 km de la frontière canadienne. Pour conduire les voyageurs à la frontière ou les faire entrer au pays, ces entreprises demandent en moyenne 100 $ américains.

Moyennant des frais additionnels, les voyageurs faisant affaire avec les compagnies de Buffalo peuvent même être conduits jusqu’à la porte de leur domicile en Ontario.

Dans le cas de Buffalo Limousine, des frais de 120 $ américains sont exigés pour un couple qui arrive à l’aéroport de Buffalo et souhaite se rendre en sol ontarien, à Fort Erie ou encore Niagara Falls, donne en exemple Mme Boccio. Ceux qui veulent aller jusqu’au centre-ville de Toronto doivent s’attendre à payer environ 300 $.

Toutes ces entreprises s’entendent pour dire que la demande a grimpé en flèche après l’annonce d’Ottawa.

Depuis février, Buffalo Limousine a raccompagné, en moyenne, 50 personnes par jour des États-Unis vers le Canada. Ses activités ont doublé, assure Mme Boccio.

Buffalo Airport Taxi affirme avoir 20 à 30 clients par jour qui désirent traverser la frontière pour rentrer au Canada. « Ils veulent retourner à la maison, ils ne veulent pas se retrouver emprisonnés en quarantaine (à l'hôtel) », indique le gérant de l'entreprise, Saleman Alwhishah.

Hausse des déplacements à la frontière

En imposant cette quarantaine, Ottawa entendait ainsi décourager les voyageurs et freiner la transmission du coronavirus, qui se retrouve exacerbée par l'apparition de variants plus contagieux.

Les voyageurs qui reviennent au pays par voie terrestre ne sont pas exemptés de la quarantaine : ils doivent simplement la suivre à la maison pendant 14 jours. En outre, ils doivent aussi subir plusieurs tests de dépistage de la COVID-19, dont un aux États-Unis dans les 72 heures avant leur arrivée à la frontière.

Selon l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), les entrées par voie terrestre au Canada ont bondi de 15 % au cours des trois premières semaines de mars par rapport à la même période en février, au moment où la quarantaine obligatoire à l'hôtel n'était pas encore en vigueur.

Ces données comprennent les déplacements des voyageurs et des travailleurs essentiels.

Pourquoi les chauffeurs américains peuvent-ils traverser la frontière?

La question que John Arnet, gérant de la compagnie 716 Limousine, à Buffalo, entend le plus souvent est la suivante : « Pouvez-vous nous faire traverser la frontière? »

« Oui, nous le pouvons, leur répond-il. Nous sommes un service essentiel. »

L'ASFC confirme que les services de transport étrangers, comme les entreprises de taxi et d'autobus, peuvent entrer au Canada malgré la fermeture de la frontière et l'interdiction des voyages non essentiels, qui est en vigueur depuis près d'un an.

Ces travailleurs doivent toutefois prouver qu'ils travaillent bel et bien pour une entreprise de transport et qu'ils traversent la frontière dans le cadre de leurs fonctions.

Questionnée à ce sujet par CBC News, l'Agence de la santé publique du Canada n'a pas souhaité commenter ce phénomène, se contentant de dresser la liste des amendes et autres pénalités encourues par les Canadiens qui décident d'enfreindre les règles de quarantaine.

« Notre gouvernement a clairement indiqué depuis le tout début de cette pandémie que ce n'est pas le moment de voyager », a pour sa part réagi la porte-parole du ministre fédéral de la Sécurité publique Bill Blair.

« Les voyageurs qui choisissent de ne pas suivre les exigences de quarantaine obligatoires mettent en danger les Canadiens vulnérables et les travailleurs de première ligne », a-t-elle souligné, rappelant que les contrevenants s'exposent à des amendes, voire même à une peine d'emprisonnement.

Notons que les voyageurs qui décident de faire appel aux services de transport pour rentrer au pays ne sont pas dans l'illégalité, pourvu qu'ils se plient à la quarantaine et aux tests de dépistage.