Hugues Richard. Source : Cabinet Robic
Hugues Richard. Source : Cabinet Robic
Après 45 ans de pratique au cabinet Robic, l’avocat à la retraite Me Hugues Richard continue d’inspirer ses collègues par son long parcours en propriété intellectuelle.

Au fil des années, Me Richard est devenu un plaideur aguerri et toujours prêt à gagner, peu importe le domaine juridique qu’il exerce.

Nous lui avons parlé…

Pourquoi avez-vous choisi la carrière d’avocat ?

J'ai été influencé par mon père qui me parlait de cette carrière depuis mon très jeune âge. Je pense qu'il aurait lui-même voulu être un avocat mais il n'a pas pu. C'est quelque chose qui a fait son chemin tranquillement, et qui est venu naturellement après mon cours classique. De là, j'ai appliqué en droit à l’Université de Montréal et c’était un chemin prédéterminé.

Comment vous vous êtes retrouvé à travailler pour le cabinet Robic ?

Robic existe depuis 1892 comme bureau d’agents de brevets et de marques de commerce. Seulement des ingénieurs, des agents de brevets et des gens initiés à la science y travaillaient.

Dans les années 1972-73, mon bon ami Jacques Léger a rencontré Raymond A. Robic qui était l’unique propriétaire du cabinet Robic. Ils se sont très bien entendus. Raymond a proposé à Jacques de devenir son seul avocat et celui-ci a accepté. À cette époque, j’étais avocat au ministère de la Justice.

Ma carrière était orientée vers le droit fiscal et je travaillais beaucoup devant la Cour Fédérale du Canada. J’avais développé une expertise pour plaider devant cette Cour. Jacques Léger m’a proposé de me joindre à lui. En 1976, une belle histoire est née. Éventuellement le cabinet d’avocats a fusionné avec Robic qui est devenu le cabinet d’aujourd’hui.

Si je comprends bien, vous étiez avocat puis êtes devenu associé...

Je suis devenu associé avec Me Léger en 1978. Après la fusion entre les deux cabinets, je suis aussi devenu associé au cabinet intellectuel. Juridiquement, nous n’étions pas liés avec le cabinet de propriété intellectuelle parce que la loi ne le permettait pas. Mais, on était propriétaire du même immeuble, on partageait les mêmes locaux et les mêmes clients.

Toujours sur votre parcours, vous m’avez brièvement parlé que vous aviez travaillé en droit fiscal. Pourquoi avez-vous choisi de changer de domaine ?

Jacques Léger avait une vaste clientèle européenne et étrangère. On le consultait pour des questions de brevets ou de marques de commerce mais aussi de la fiscalité canadienne. Ils cherchaient beaucoup à diversifier leurs investissements. Grâce à mon expertise, Jacques m'a proposé de développer un volet fiscal au cabinet Robic.

Le téléphone sonnait pour des conseils fiscaux mais majoritairement, c’était pour des conseils en propriété intellectuelle, en brevets, en marques de commerce et droits d'auteur. J'ai commencé à pratiquer en propriété intellectuelle devant la Cour fédérale. Et assez rapidement, je suis devenue, malgré moi, un spécialiste en propriété intellectuelle.

Avez-vous des contemporains qui vous ont inspiré tout au long de votre carrière?

Par exemple, Yves Fortier a été une influence. Avec sa belle carrière chez Ogilvy Renault, il était un homme parfaitement bilingue avec une belle prestance. C’était un modèle pour moi.

Me Philip F. Vineberg était un plaideur extraordinaire et un des adversaires les plus coriaces que j'ai eu à affronter pendant mes années au ministère de la Justice. J’ai beaucoup appris de lui, sur la façon de synthétiser les éléments d'une cause, d'aller directement au but sans perdre de temps avec les détails. J’ai appris à viser la jugulaire.

Raymond A. Robic n’était pas un avocat mais un agent de brevets. C’était un homme extraordinaire car il avait un lien remarquable avec les clients. C'est bien beau d’être compétent, d’avoir toutes les connaissances nécessaires mais si vous n'avez pas de client vous êtes un piètre avocat. Il allait chercher les clients d’une manière exceptionnelle. Même s’il a quitté le cabinet depuis 30 ans, il y a encore des clients de l’époque qui sont toujours clients aujourd’hui.

Qu'est-ce que ça prend aujourd'hui pour être un bon plaideur? Quelles sont les qualités essentielles ?

Les qualités principales sont d'avoir confiance en soi, de ne pas se laisser facilement déstabiliser par une adversaire, d'être prêt, d’avoir bien préparé son dossier et d’avoir travaillé fort.

Il faut aussi occasionnellement ne pas trop se laisser influencer par le juge de première instance qui peut parfois démontrer un certain penchant pour l’adversaire. Il faut se rappeler qu’il y a toujours un appel possible. Si vous n’avez pas de preuves, vous ne pourrez pas plaider des éléments de preuve manquante en appel.

Même si un juge vous fait la vie dure, il faut aller de l'avant. Il faut continuer à faire ce que l'on croit être le mieux pour les intérêts de son client. Ceci pourra être utile en appel si vous avez perdu en première instance.

Quelle était votre stratégie avant un procès ? Comment vous faisiez ?

Je trouvais toujours les points qui sont favorables et je prévoyais les coups de l'adversaire. Un procès est un combat comme une partie d’échecs. Il faut bien évaluer les arguments, les points forts de l'adversaire et chercher à les contrer puis développer nos points forts.

Il faut se rappeler que ce n'est pas l'abondance de témoins qui fait votre cause mais c’est la qualité de vos témoignages. J'ai vu des cas où des adversaires, par abondance de témoignages, avec des témoins mals préparés qui ont littéralement fait perdre la cause de nos adversaires. Je préfère avoir un seul témoin que je contrôle et de notre côté.

Un témoin bien préparé donne un témoignage de manière crédible et honnête. Il doit être capable de résister au contre-interrogatoire. Il ne faut surtout pas introduire des témoins dont vous ne connaissez pas les réactions aux questions de l’adversaire.

Quels sont vos conseils pour les jeunes avocats qui souhaitent se spécialiser en propriété intellectuelle ?

Continuez à travailler fort. Préparer un procès et préparer un bon contrat sont des tâches ardues auxquelles il faut consacrer du temps.

Il faut également garder une certaine indépendance envers nos clients. Nos clients, pas tous, pourraient chercher à nous influencer de la mauvaise façon.

Il faut aussi suivre le code de déontologie à la lettre. Le code est là pour nous aider et protéger les clients.

Enfin, il ne faut jamais négliger la famille, la conciliation travail-famille. Je crois qu'il y a beaucoup d’avocats qui sont tellement impliqués dans leur travail de bureau, qu’ils négligent leurs familles. Or, une fois que tout cela est passé, il vous reste que vos proches et amis. Le plus important est de mettre les priorités au bon endroit.