Me Catherine Claveau. Source : Twitter
Me Catherine Claveau. Source : Twitter
Le 15 mai dernier, Me Catherine Claveau a remporté l’élection provinciale avec 52,81 % des votes contre Me Antoine Aylwin qui a récolté 47,19 % des voix.

À peine arrivée en poste, elle commence à prendre des initiatives pour faire avancer les différents enjeux touchant l’Ordre professionnel et ses membres.

Ce qui ne lui fait pas peur car elle a déjà occupé plusieurs postes d'administration et de direction de différentes instances.

Après son admission au Barreau en 1989, elle a travaillé pendant quelques années dans un grand cabinet et en 1997, a fondé le cabinet d’avocats Saint-Paul où elle a agi comme associée en droit du travail, civil, jeunesse et de la famille.

L’avocate faisait déjà partie du conseil d’administration du Barreau depuis 2017. Elle a dirigé le Barreau de Québec à titre de bâtonnière de 2015 à 2016. Elle a été vice-présidente, présidente et membre des comités de gouvernance et d’éthique, des ressources humaines et au comité des finances et d’audit.

Nous lui avons parlé….

Retour sur votre victoire en campagne électorale, en quoi attribuez-vous votre victoire? Vous attendiez-vous à gagner?

J’ai travaillé très fort jusqu'à la fin. Je m'attendais à gagner mais aussi à perdre.Je savais qu’il fallait travailler fort dans cette campagne pour convaincre le plus de monde possible de voter pour moi.

Qu'est-ce qui a fait la différence selon vous ?

J’avais un adversaire de taille Me Antoine Aylwin que je connais. On a travaillé ensemble au conseil d’administration pendant 2 ans. C’était quand même une campagne difficile et les résultats allaient être serrés. Finalement, j’ai réussi grâce à mon programme et au soutien des personnes.

Que retenez-vous de votre carrière qui vous aide à exercer vos nouvelles fonctions ?

Je suis avocate praticienne. J'ai vécu plusieurs étapes dans ma carrière comme travailler dans un grand bureau, exercer dans différents domaines, avoir ma propre pratique, développer une clientèle, enseigner. Mon parcours professionnel est très diversifié.

Rapidement, je me suis rendue compte qu’il fallait que je m’implique ailleurs que dans mon travail. Mon implication est très variée tant dans les conseils d’administration que dans l’Ordre. Grâce aux postes de gouvernance et à mes précédentes expériences, je me sens compétente et en connaissance des principaux enjeux du Barreau. Je suis confiante de relever le défi durant les deux prochaines années.

Vous arrivez en poste alors que le Québec sort tranquillement d'une pandémie et que le système de Justice a dû s'adapter. Croyez-vous que cela aura un impact sur la façon de pratiquer dans les années à venir ?

La pandémie a fait en sorte qu’on a dû accélérer la modernisation du système de justice. Mon prédécesseur Me Paul-Matthieu Grondin a longtemps dit qu'il était grand temps que les palais de justice ne soient plus des hangars à papier.

Avant la pandémie, en 2017, le Barreau réclamait un plus grand investissement. En 2018, le ministère de la Justice a annoncé un plan de modernisation sur cinq ans, de 500 millions de dollars. La pandémie nous a donné l’occasion d’essayer des choses dans le cadre de cette transformation.

Comment le Barreau a-t-il réussi à entrer dans cette vague de changement ?

Il a fallu trouver des façons de faire pour permettre au système de justice de continuer à fonctionner mais il fallait utiliser plus d’outils technologiques. Par exemple, il y a eu la mise en place de greffes numériques et l’émergence des audiences virtuelles.

Malheureusement, cela n’a pas été fait partout mais cela a permis au système d’évoluer vers une numérisation plus grande.

Il y a des acquis qui font en sorte qu’on ne pourra plus revenir en arrière mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. Le ministère a un grand projet Lexius dont la numérisation complète de tous les dossiers qui est prévue pour 2023 et une table de justice Québec pour améliorer l’accès à la justice et abréger les délais.

La justice à distance a pris beaucoup de place, croyez-vous que cela va perdurer après la pandémie?

Certaines audiences à distance vont continuer mais d’autres devront continuer à se faire en présentiel. Notamment, on parle des procès dans les tribunaux de droit commun, par exemple en protection de la famille et de la jeunesse.

Les tribunaux administratifs ont mis en place une technologie qui permet de ne plus se déplacer. Par exemple, ceci s’applique pour une demande de remise ou des requêtes de nature procédurales. Il y aura un mélange entre présentiel et virtuel.

Et le télétravail ?

Il y a des façons de faire qui vont continuer chez nos membres, dans les cabinets. Je ne crois pas qu’on fera du télétravail à temps plein. Dans les prochains mois, ce qui s'annonce sera un système hybride entre le télétravail et le présentiel.

En retirant les aspects positifs de la pandémie, pourquoi ne pas les intégrer dans la culture ? Il ne faut pas oublier aussi tous les enjeux éthiques et déontologiques qu’on doit respecter comme les obligations professionnelles, le secret professionnel, la tenue de dossiers.

Soutenez-vous une justice à distance?

Je suis présidente d’un ordre professionnel et d’un conseil d'administration. Notre mission première est de protéger le public et de faire régner la primauté de la règle du droit. Avec ces objectifs en tête, on va prendre des décisions pour voir si la justice à distance peut être intégrée dans le système de justice. Si oui, dans quelles conditions.

Durant votre mandat, sur quels dossiers allez-vous travailler en priorité ?

Ma première priorité est de moderniser le Barreau. Il faut transformer la justice et pour le faire, il faut que le Barreau soit l’un des acteurs principaux sur le terrain. Nous veillerons que ce projet se réalise avec l’accès pour le justiciable et les outils et formations offerts à nos membres. Ma priorité est de veiller à ce qu’on soit présent dans toutes les étapes de la transformation.

Entre autres, avec le projet Lexius, pour les prochaines étapes, nous allons créer un comité consultatif qui va assurer la diversité et la représentativité des membres. Nos membres les plus compétents venant de domaines variés seront impliqués et devront avoir des compétences en technologies.

Ils accompagneront les 28 000 membres de l’Ordre à travers des formations, des communications avec nos membres, des discussions fluides avec le ministère de la Justice et avoir toutes les ressources possibles à l'intérieur du Barreau.

Vous venez de me parler d’un premier gros dossier. Quelle est votre deuxième priorité à réaliser rapidement ?

Elle concerne l’amélioration du bien-être psychologique de nos membres. Même avant la pandémie, on a commencé au Barreau à prendre des actions pour aider nos membres les plus affectés psychologiquement. Il y a beaucoup de pression chez nos membres pour fixer des procès, rendre des services alors qu’on doit concilier le travail-famille et le télétravail.

On sait que la détresse psychologique chez plusieurs de nos membres s'est exacerbée ces dernières années.

Comment souhaitez-vous améliorer la santé mentale de vos membres les plus affectés par la pandémie ?

On a déjà commencé à offrir des mesures, des solutions et on voudrait améliorer l’offre. Nous avons une nouvelle plateforme Espace A qui offre une section dédiée au bien-être psychologique. La semaine dernière, nous avons publié six nouvelles capsules vidéos sur des thèmes pertinents avec la psychologue Rose-Marie Charest.

Outre ça, on souhaite étendre les programmes d’aide financière au Québec dont le programme Répit mis en place par le Jeune Barreau de Québec. C’est une aide financière destinée aux avocats en arrêt de travail qui pratiquent en tant que travailleur autonome et qui ont des problèmes de santé ou psychologiques.

Dans le but d’améliorer la santé mentale, nous allons offrir des ateliers, formations sur la gestion du stress dès l'école du Barreau. Car les étudiants vivent des situations stressantes. Cela sera offert aussi pendant les stages et aux maîtres de stages.

J’aimerais que les membres sachent qu’ils ne sont pas seuls et qu’on va continuer à les aider.

Dans votre programme, vous aviez parlé d'autres dossiers importants. Font-ils partie de vos priorités ?

Bien évidemment, il y a d’autres projets sur la table. Nous allons continuer un dossier déjà entamé portant sur les harcèlements psychologiques et sexuels. Après les résultats de nos récents sondages, nous préparons des formations et des guides pour accompagner et aider ceux qui portent plainte.

Au bureau du Syndic, il y a déjà des membres qui sont formés mais nous mettrons en place une ressource comme un ombudsman. Aussi, une ligne appelée Info harcèlement sera mise en place très bientôt.

Qu’en est-il de la réforme de l’École du Barreau ?

On a un grand chantier de réformes. Nous souhaitons la rendre comme la plus grande clinique juridique à travers le Québec. En offrant ce service, cela aura pour but d’améliorer l’accès à la justice. Un projet pilote devrait débuter à la session d’automne en août 2022. Un directeur que nous avons embauché s’occupera du projet.

Qu’avez-vous prévu pour promouvoir la profession et pour les membres issus de la diversité ?

Un autre dossier sera important sur la valorisation de notre profession. Nous allons lancer une campagne publicitaire de valorisation de nos membres sur toutes nos plateformes. Le but sera de rappeler aux citoyens que l’avocat est le meilleur professionnel pour régler leurs problèmes.

D’autres dossiers sont d’actualité comme l’inclusivité et le racisme ainsi que la justice chez les peuples autochtones. On a déjà deux comités dédiés au Nunavut, dans le Grand Nord et on veut étendre ça dans tout le Québec.

Concrètement, comment allez-vous travailler avec les autres bâtonniers des sections et les membres ?

En tant que présidente du conseil d’administration, nous allons travailler en équipe et je suis la capitaine d’un gros bateau. Nous allons nous réunir au mois d'août pour prendre le temps d’étudier, fixer nos objectifs autour de ces dossiers et de trouver des solutions concrètes à faire dans les prochains mois.

En plus du conseil d’administration, il y a aussi le conseil des sections. Celui-ci réunit les bâtonniers, les premiers conseillers des 15 sections, les présidents des jeunes barreaux, certains directeurs et un avocat représentant les membres hors province. Nous allons nous réunir deux fois de manière déterminée.

Si je comprends bien, vous n’avez pas perdu de temps...

En effet, j’ai déjà convoqué une rencontre virtuelle avec le conseil des sections au début du mois de juillet pour faire connaissance et pour faire part de mon intérêt à travailler en collaboration avec eux.

Lorsqu’il y a des dossiers qui concernent leurs membres, j’aimerais les conseiller et les informer le plus possible. Je suis une personne accessible, disponible et ouverte à travailler sur des dossiers en particulier.