Me Jean-Hugues Chabot. Photo : LinkedIn
Me Jean-Hugues Chabot. Photo : LinkedIn
Après 40 ans de pratique, Me Jean-Hugues Chabot a pris sa retraite le 30 juin dernier.

Spécialisé en droit fiscal, il s’est d’abord associé avec le cabinet Arthur Andersen en 1989 jusqu’en 2002.

Puis, il a travaillé pendant plus de 20 ans pour la firme de comptables Ernst & Young.

Diplômé de l’Université de Montréal, il est membre du Barreau du Québec en 1983.

Nous lui avons parlé….

Pourquoi avez-vous pris la décision à l’époque de travailler pour une firme de comptables ?

J’avais l’impression qu’il fallait travailler dans des cabinets de comptables pour être un excellent fiscaliste car ils avaient une meilleure expertise. Aujourd’hui encore, j’ai toujours la même impression.

Au début, je travaillais exclusivement pour le cabinet de comptable puis graduellement on a créé un cabinet d’avocats EY Law LLP lié au cabinet de comptable.

Comment avez-vous vécu vos 30 ans de pratique ?

À l’intérieur d’un bureau de comptable, nous sommes très proches de nos clients. On traite beaucoup des questions d’affaires et on évolue avec les clients. Par exemple, des PME qui deviennent des grandes entreprises, des PME qui font des acquisitions et même des entreprises qui se tournent vers l’étranger.

Ça m’a permis de travailler avec des sociétés canadiennes qui faisaient affaires à l’étranger et avec des sociétés étrangères qui font affaires au Canada. Cet élément de globalisation m’a permis de bâtir des relations professionnelles et personnelles à travers le monde.

Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser en fiscalité ?

Je me suis sur-spécialisé au niveau des taxes indirectes soit tout ce qui n’est pas impôts des particuliers et des corporations. Par exemple, il y a la TPS, la TVQ, les droits de douanes, les taxes environnementales etc.

À l’époque, toutes ces taxes étaient méconnues alors qu’aujourd’hui c’est la deuxième source la plus importante de revenu à travers le monde. Ce domaine m’a intéressé car personne n'œuvrait dans ce domaine de spécialisation auparavant.

Quel parcours auriez-vous eu si vous n’aviez pas choisi la firme de comptables ?

J’ai commencé à travailler chez Arthur Andersen & Cie qui a été démantelé en 2002. Après, je me suis associé avec la firme Ernst & Young.

J’ai toujours été très intéressé par la mondialisation et par l’internationalisation. J’aide les sociétés et cela m’a permis de connaître les législations fiscales d'autres pays.

J’ai toujours voulu comprendre le fonctionnement d’un système fiscal au Brésil, en Asie, au Royaume-Uni, aux États-Unis et de le comparer au Canada. Ces différentes perspectives et changements permettent d’améliorer les textes de lois.

Au cours de votre carrière, qu’est qui vous a le plus marqué ?

Au début de ma carrière, les clients venaient nous voir pour réduire leur fardeau fiscal. Aujourd’hui, les clients viennent nous voir pour les aider à s’assurer de respecter le droit fiscal. On le voit à travers les démarches de l’OCDE, les plafonds etc. Parce que malheureusement, il y a eu trop d’évasion fiscale au cours de ces 30-40 dernières années.

Il y a de plus en plus de firmes de comptables qui embauchent des avocats, pourquoi selon vous ? Qu’est qu’un avocat peut apporter dans ces firmes ?

C’est une approche différente. Le comptable a une approche très pratique, très pragmatique, très affaire. Du côté de l’avocat, c’est le juriste qui lit les textes de lois, le point virgule.

Ces deux professionnels travaillant ensemble sont des forces qui fusionnent bien ensemble. Le comptable a besoin d’un avocat et vice-versa. Travailler ensemble dans le même cabinet est une force supplémentaire. Le multidisciplinaire aujourd’hui est clairement un avantage sur le comptable seul et l’avocat seul.

Il y en aura de plus en plus. Si je regarde au niveau des taxes de ma surspécialisation et la pandémie, les gouvernements vont avoir besoin de beaucoup d’argent et de nouvelles mesures fiscales vont être introduites. Il va y avoir plus de fiscalité à l’avenir.

Le comptable travaille la fiscalité d’aujourd’hui et l’avocat travaille la fiscalité d’hier. Lorsque l’avocat est au tribunal, il règle une situation qui s'est produite quelques années auparavant. Alors que le comptable, lorsqu'il fait une transaction fiscale, il traite la loi d’aujourd’hui.

Quelle est la principale qualité à avoir pour être un bon avocat en droit fiscal ?

Il faut savoir vulgariser. Le texte de loi peut être très dense et compliqué. Lorsqu’un client vous pose une question, il faut être capable de vulgariser le tout afin d’être dans la peau du client pour que le client comprenne.

Quels sont vos conseils pour les jeunes avocats qui souhaitent se spécialiser ?

Il faut aimer lire et aimer se mettre à jour. Le droit fiscal est un droit de l’avenir. Une question m’était posée au début de ma carrière : pourquoi voulez-vous faire du droit fiscal ? J’ai répondu que c’était un droit en constante évolution. Si je regarde aujourd’hui, c’est encore un domaine de droit en constante évolution.