Me Katherine Lippel. Source : LinkedIn
Me Katherine Lippel. Source : LinkedIn
Me Katherine Lippel est décédée à l’âge de 67 ans.

Elle a rejoint la section de droit civil de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa en 2006, quand elle est devenue titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de la santé et de la sécurité du travail.

Elle a œuvré à ce poste jusqu’en 2020, quand elle a été nommée titulaire de la Chaire éminente en droit de la santé et de la sécurité du travail.

Cette chercheuse spécialisée sur la santé et la sécurité du travail est l'auteure de nombreuses publications scientifiques et de communications présentées lors de rencontres nationales et internationales. Elle a aussi écrit plusieurs livres sur le droit de la santé et la sécurité du travail.

Avant de se joindre à l’Université d’Ottawa, Katherine Lippel était professeure à l’UQAM, un poste qu’elle a occupé de 1982 à 2006.

Me Katherine Lippel s’est attiré la reconnaissance de son travail. En 1992, la Fondation du Barreau du Québec lui avait remis le prix de la meilleure monographie en droit en pour son ouvrage Le stress au travail : L’indemnisation des atteintes à la santé en droit québécois, canadien et américain, paru aux Éditions Yvon Blais.

Katherine Lippel détenait une licence et une maîtrise en droit de l’Université de Montréal. Elle était membre du Barreau du Québec depuis 1978.

Active défenseuse des droits
Son décès intervient alors qu’elle dirigeait un partenariat international de recherche sur le retour au travail des travailleurs blessés après une lésion professionnelle.

Me Katherine Lippel a beaucoup œuvré pour la défense des droits des travailleurs vulnérables, des femmes, des travailleurs migrants et des jeunes. Au cours de la dernière année, elle est intervenue pour défendre les droits des travailleurs de la santé exposés à des maladies infectieuses en pleine pandémie.

Me Katherine Lippel avait présenté un mémoire et témoigné en commission parlementaire à propos du projet de loi 59 sur la réforme de la santé et sécurité au travail au Québec.

Une oeuvre monumentale
La faculté de droit de l’Université d’Ottawa salue le travail de la chercheuse. « Katherine nous lègue une œuvre monumentale, qui se démarque tant par son caractère interdisciplinaire et empirique, à l’époque où ce n’était pas du tout la norme dans les facultés de droit, que par l’impact durable qu’elle aura eu sur le développement de politiques publiques et sociales en matière de santé et sécurité au travail au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde », souligne l’hommage rendu par la faculté de droit.

« Au cours des 15 années qu’elle a passées avec nous, Katherine a été un pilier et un phare de la Section de droit civil, salue Marie-Ève Sylvestre, la doyenne de la Section de droit civil à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Sa force, son engagement et sa générosité nous auront tous profondément marqués. Elle était non seulement une de nos chercheuses étoile et une grande visionnaire du droit de la santé et sécurité au travail, mais elle était surtout une collègue dévouée et pleine de compassion, une mentore extraordinaire et une alliée indéfectible pour les étudiant.es et les jeunes chercheurs et chercheuses. »

Me Katherine Lippel a reçu la Médaille d’or du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) en 2017. Il s’agit de la plus haute distinction décernée par ce conseil, décernée à une personne dont le leadership, le dévouement et l’originalité de la pensée inspirent les étudiants et ses collègues.

Elle était membre de la Société royale du Canada depuis 2010, et membre du Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être la société et l’environnement (CINBIOSE) depuis 1995. Elle a reçu le prix 2005 de l’Association canadienne des professeurs de droit pour l’excellence universitaire.

Sur LinkedIn, les témoignages affluent pour souligner l’apport de la professeure et chercheuse. « Le décès de notre très chère collègue Katherine Lippel après une maladie fulgurante - comment allons-nous pouvoir continuer sans ses conseils et son appui? » demande Karen Messing, professeure émérite en ergonomie à l’UQAM, qui dirige l’équipe L’Invisible qui fait mal, un partenariat de recherche entre l’UQAM, la CSN, la CSQ et la FTQ sur la santé des travailleuses.

Me Marie-Hélène Haché, avocate principale chez Momentum, salue le départ de Me Lippel. « Quelle triste nouvelle. Ce fut un grand privilège de croiser Mme Lippel pendant mon parcours académique. Elle m’a appris à mettre l’humain à l’avant-plan et bâtir un dossier de preuve à cette image. Reposez-vous bien, Maître Lippel. »

Me Guylaine Loranger, avocate chez Gagné Isabelle Patry Laflamme & Associés, regrette « une grande perte pour le monde académique et plus particulièrement pour tous ceux et celles qui ont eu le privilège de la connaître. »

Depuis le Chili, l’ergonome Carlos Ibarra Villanueva, de l’Université d’Atacama, salue à son tour Me Lippel: « il est vraiment difficile à accepter cette triste nouvelle, elle a beaucoup fait pour la santé des femmes, aussi au Chili dans le projet Araucaria et dans d’autres collaborations. » Le projet Araucaria étudiait les politiques et les pratiques concernant les problèmes de santé mentale reliés au travail, au Chili.

« J’ai moi-même réalisé au cours des derniers jours que je l’avais systématiquement consultée à tous les moments importants de ma carrière : lors de mes premières années, lors du dépôt de ma demande de permanence, avant de me lancer comme doyenne et dans ce nouveau rôle aussi, se rappelle Marie-Eve Sylvestre, la doyenne de la Section de droit civil à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, dans une publication sur Facebook. Elle insistait aussi pour que nous fassions attention à nous, pour que nous prenions nos vacances : en effet, pour elle, la santé et notamment la santé mentale au travail étaient plus qu’un sujet de recherche, c’était une préoccupation constante. »

Me Katherine Lippel laisse dans le deuil son conjoint Frederick Sweet.