Gilbert Rozon. Source: Radio-Canada
Gilbert Rozon. Source: Radio-Canada
Sophie Moreau, la fille du défunt humoriste Jean-Guy Moreau, poursuit le fondateur de Juste pour rire pour 1,25 million de dollars. Elle affirme avoir été harcelée et agressée sexuellement par Gilbert Rozon il y a une trentaine d’années alors qu’elle était adolescente.

Me Bruce Johnston et Me Jessica Lelièvre du cabinet Trudel, Johnston & Lespérance représentent la plaignante dans cette affaire.

La recherchiste Sophie Moreau est la sixième femme à le poursuivre au civil pour des allégations de crimes sexuels et la seule qui aurait été mineure au moment des agressions.

« Je veux prendre ta virginité », aurait répété à plusieurs reprises Gilbert Rozon tout en faisant des attouchements sexuels à une jeune Sophie Moreau terrifiée de 16 ans, en 1989. C’est ce qu’on peut lire dans la Demande introductive d’instance déposée jeudi, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Mme Moreau était alors réceptionniste pour le Festival Juste pour rire à Montréal et assistait fréquemment aux spectacles de son père au Théâtre Saint-Denis.

À « au moins trois reprises », le trentenaire Gilbert Rozon « s’approche d’elle par-derrière sournoisement, met ses mains sur les hanches et le ventre de la demanderesse, colle son corps sur le sien et lui demande de l’embrasser », indique la poursuite.

Malgré les refus de l’adolescente, l’homme d’affaires aurait insisté, « l’agrippe et s’acharne » lui répétant qu’il sera doux si elle le laisse lui prendre (sa) virginité.

Sophie Moreau, « une enfant », serait restée « choquée et dégoûtée qu’un homme mature, le soi-disant ami de son père » ait eu un tel comportement.

En juillet 1989, Gilbert Rozon serait allé jusqu’à se présenter à l’appartement où elle logeait, ce qui l’aurait « terrorisée ».

« La persistance avec laquelle le défendeur a harcelé la demanderesse au courant de l’été 1989 l’a laissée avec une peur constante » est-il écrit dans la poursuite.

Selon le document judiciaire, le manège de l’homme d’affaires aurait commencé l’été précédent, alors que son employée était âgée de 15 ans, et qu’il avait tenté de l’embrasser contre son gré.

Sophie Moreau aurait vécu les 33 dernières années avec un sentiment de culpabilité.

« La demanderesse s’est longtemps sentie impuissante face au demandeur, un sentiment qui n’a été qu’exacerbé par la peur qu’elle ou les membres de sa famille subissent d’importantes représailles si elle parlait », indique la poursuite.

Sophie Moreau réclame à Gilbert Rozon 250 000 $ en dommages-intérêts compensatoires et un million de dollars à titre de dommages-intérêts punitifs.

#MoiAussi

En 2017, dans la foulée du mouvement de dénonciations #MoiAussi, Sophie Moreau a porté plainte au Service de police de la Ville de Montréal, tout comme 13 autres femmes.

Seule la plainte d'Annick Charette a mené à des accusations criminelles de viol et d'attentat à la pudeur pour des événements qui seraient survenus en 1980.

En décembre 2020, au terme d'un procès devant la Cour du Québec pendant lequel il a nié les crimes allégués, Gilbert Rozon a été acquitté.

Six femmes

En sept mois, cinq autres femmes ont aussi intenté des poursuites contre Gilbert Rozon. Patricia Tulasne, Lyne Charlebois, Danie Frenette, Annick Charette et Anne-Marie Charette sont aussi représentées par le cabinet d’avocats Trudel, Johnston & Lespérance et leurs poursuites contiennent plusieurs allégations similaires.

Au total, les six femmes réclament plus de 9 millions de dollars.

Gilbert Rozon, 67 ans, nie toutes les allégations d’agression sexuelle qui le visent.

Les Courageuses, un collectif d'une vingtaine de femmes qui affirment avoir été agressées sexuellement par Gilbert Rozon entre 1982 et 2016, ont voulu intenter un recours collectif contre celui qu'elles qualifient de prédateur.

L'an dernier, la Cour d'appel du Québec a bloqué leur recours, car elle estimait qu'il n'était pas le véhicule procédural approprié. La Cour suprême a ensuite refusé d'entendre l'appel des Courageuses. Celles-ci reprochaient à Gilbert Rozon d'avoir utilisé sa position de pouvoir et d'influence pour piéger plusieurs victimes.