Me Marie Henein. Source: LinkedIn
Me Marie Henein. Source: LinkedIn
La décision du Conseil scolaire de Toronto d’écarter l’avocate criminaliste Me Marie Henein d’un club de lecture pour adolescentes ne passe pas dans le milieu juridique.

L’institution scolaire a retiré son soutien à un club de lecture qui avait invité l’avocate Me Marie Henein, parce que celle-ci a défendu Jian Ghomeshi. En 2014, cet ancien animateur de CBC-ci était accusé d’agression sexuelle sur une femme. Il a été acquitté en 2016.

Le Conseil scolaire de Toronto se méprend en écartant Me Henein, car il ignore le rôle essentiel des avocats dans notre démocratie, affirme Carissima Mathen, professeure de droit à l'Université d’Ottawa, dans The Globe and Mail.

Les avocats défendent des personnes qui sont innocentes tant qu’elles ne sont pas reconnues coupables, rappelle Carissima Mathen. Or, le Conseil scolaire de Toronto a retiré son soutien au club de lecture parce qu’il invitait une avocate qui avait défendu une personnalité accusée d’agression sexuelle. Et cette personne a été acquittée.

Par son geste, le Conseil scolaire de Toronto dénigre les avocats de la défense, ce qui renforce les efforts de ceux qui voudraient réduire l’aide juridique. De plus, l’institution scolaire décourage les jeunes femmes à envisager une carrière en droit, poursuit Carissima Mathen.

En effet, cette décision jette le trouble sur le choix de Me Henein de défendre un homme accusé d’agression sexuelle. Les femmes auraient donc des attentes professionnelles différentes des hommes, uniquement parce qu’elles sont des femmes.

Et la professeure de droit n’est pas la seule à critiquer la décision du Conseil scolaire de Toronto. Plusieurs avocates en droit criminel, interrogées par Le Devoir, remettent en cause ce choix.

Ces avocates parlent de métier incompris, de déception, de trouble, de mécompréhension du système judiciaire, de décision dangereuse… Le rôle d’avocat de la défense est mal compris, et cette décision malmène encore davantage la perception du public. Et le rôle d’avocat de la défense aurait-il été mis en doute si le club de lecture avait invité un avocat homme? Le tort de Me Marie Henein pourrait bien être d’être une femme qui réussit dans un métier dominé par les hommes, conclut l’article du Devoir.