« Je préparais comme avocat leur plan stratégique. J’étais si impliqué que j’ai fini par proposer au PDG de sauter la clôture ! » raconte l’avocat de 52 ans.

Charles-André Tessier explique qu’il avait besoin de changement. « Je ne suis pas quelqu’un d’habitude. Je ne mange jamais à la même heure, ni dans le même restaurant. Depuis deux ans, je prenais des habitudes chez BCF et ça ne me plaisait pas. »

Il n’est toutefois pas amer quand il évoque son expérience chez BCF. Au contraire, il reconnait à son ancien cabinet d’avoir un réel esprit d’entrepreneur et d’être respectueux des gens. Rentré en 2001 directement comme associé, Charles-André Tessier y a développé sa clientèle autour des technologies de l’information et des sciences de la vie avec beaucoup de liberté. Porté par un coup de chance de départ, comme il le qualifie, quand à peine associé, il a été contacté par Bombardier pour piloter un énorme dossier d’impartition des services informatiques. Cela devient, avec le licensing, une de ses spécialités.

Il est depuis maintenant une semaine chez R3D en tant que vice-président exécutif des affaires corporatives et juridiques et y semble à sa place.

« J’aime le peu de structure de cette société et le haut niveau de professionnalisme qui y règne », affirme l’avocat qui renoue à 100 % avec les technologies de l’information. Une industrie qu’il connaît bien puisqu’il a travaillé huit ans chez DMR, désormais Fujitsu, et qu’il a développé cette clientèle lorsqu’associé chez FMC.

Un choix personnel en quelque sorte, d’autant qu’il confirme amusé qu’il aime le mouvement dans sa vie professionnelle. C’est un fait sa carrière a été jalonnée de période de 5 à 8 ans.

Les origines

Me Tessier est originaire de Gatineau. Son barreau en poche, il fait un bref passage chez Davies en tant que stagiaire, avant de monter un bureau à Laval avec des copains, où il exercera en droit commercial. « J’ai fait ce choix car je ne me voyais pas dans l’establishment du monde des affaires montréalais et j’avais l’esprit d’entrepreneurship ». Il connaît un certain succès, avec comme fait d’arme la mise en place du groupe immobilier Re/Max au Québec. « J’ai eu de la chance, le groupe était encore petit, ils n’avaient pas de gros capitaux, on les a attirés avec un taux horaire faible ».

Il n’hésite pas à abandonner la pratique privée pour l’entreprise, pour ses enfants. «J’avais à l’époque des enfants en bas âge, alors les semaines de travail de 60-70 heures, j’ai trouvé que c’était incompatible avec ma vie familiale et à l’époque, on croyait que les avocats en entreprise travaillaient moins ». Le groupe DMR le recrute et il devient leur premier avocat.

Pari perdu concernant les horaires et la pression. Il en fait autant qu’en cabinet. Pour lui, peu importe finalement. « La pression n’était pas celle des heures facturables mais du nombre de dossiers traités. J’avais des déplacements en Europe et en Asie. Je travaillais beaucoup, mais comme on dit, en bon français, je tripais ! »

L’aventure va s’arrêter aussi bien qu’elle a commencé pour l’avocat devenu vice-président des affaires juridiques. Il pilote la vente de la société, en 1996, au groupe Fujitsu. La vente est très médiatisée et Me Tessier très sollicité par les chasseurs de tête. Il refuse de belles offres et rentre comme chef du contentieux pour Biochem Pharma, passant des technologies de l’information aux sciences de la vie. Et l’histoire va se répèter… Biochem Pharma sera vendue pour 4,8 milliards $, lui pilotera la vente. La encore, il peut rester avec le repreneur, mais il choisit de partir.

« A ce moment là, j’ai été approché par les grands cabinets, car avec la chance et le succès, on se crée un beau réseau, analyse Me Tessier. Mais ceux-là m’intéressaient plus ou moins, je n’aime pas les structures trop rigides ou conservatrices. Bref, je ne m’y voyais pas à l’aise. Alors, j’ai contacté BCF, car leur taille me convenait. »

Son parcours un peu atypique, mais jalonné de succès, l’avocat l’explique aujourd’hui sereinement. « Il faut croire en sa destinée et saisir les occasions quand elles se présentent. On reconnait les bonnes, quand on les ressent dans l’estomac. Ensuite, quand on aime ce qu’on fait, on est forcément bon. C’est simple la vie. »