Sébastien Leblond, l’auteur de cet article. Source: LinkedIn
Sébastien Leblond, l’auteur de cet article. Source: LinkedIn
Souvent qualifiés de rêveurs jusqu’à ce qu’ils réussissent, et de génies au moment de leur consécration, leur audace et leur perspicacité ont toujours été pour moi une source d’inspiration et un modèle à suivre.

Ils ont de tout temps inspiré les communautés et fait progresser nos sociétés. Peu importe nos origines socio-économiques, nous tirons tous une partie de notre inspiration, de nos aspirations et de notre motivation de ces parcours atypiques.
Surtout les artistes dits « contemporains », qui « innovent » dans leur art, repoussent les limites et les règles établies.

J’ai toujours vu un parallèle et une interconnexion entre l’audace et le cheminement qu’empruntaient les créateurs d’art contemporain, et mon propre parcours comme professionnel et comme entrepreneur.

Aujourd’hui plus que jamais, ces créateurs, entrepreneurs culturels, ceux qui osent projeter notre société vers l’avant, ont besoin d’aide.

Ces créateurs ont de tout temps été appuyés par les élites économiques qui, par leur mécénat, leur ont permis de poursuivre leurs travaux et, par conséquent, d’enrichir le patrimoine culturel, sportif et intellectuel de nos sociétés.

Ces grands mécènes partagent désormais ce rôle de financiers et de promoteurs de la culture avec les différents ordres de gouvernement. Ces derniers sont devenus les principaux soutiens financiers d’organisations qui ne pourraient survivre sans leur apport. Surtout les plus petites organisations, si importantes par la promotion de la diversité.

Avec les pressions budgétaires et les choix sociétaux qui divisent nos gouvernements, il appert que les budgets pour la culture se réduisent comme peau de chagrin, ce qui aura inéluctablement un impact dévastateur, non seulement sur l’industrie culturelle, mais sur l’effet bénéfique et émulatif qu’ont ces disciplines sur nos sociétés.

La gouvernance et le processus pour accéder à ces subventions et aux programmes privés de donations corporatives sont lourds, souvent complexes, et ils requièrent des organisations qui désirent y investir un effort et une discipline qui sont souvent prohibitifs. Ce qui en décourage plus d’un au passage.

En plus de solliciter l’assistance gouvernementale et de soumettre leurs projets aux grands donateurs, les organisations ont historiquement mis sur pied des activités annuelles de levées de fonds, mues par la mobilisation des membres de leurs équipes internes et des membres de leurs conseils d’administration.

Tournois de golf, cocktails dînatoires, évènements-bénéfice, campagnes de financement... Dans un temps pas si lointain, ces activités étaient très populaires et permettaient aux organisations d’amasser souvent plus du tiers de leur budget opérationnel annuel.

Cependant, les scandales de corruption et l’évolution des règles de gouvernance corporative ont forcé les entreprises à revoir leurs politiques internes à ce chapitre. Elles ont plutôt favorisé la centralisation de ce type d’initiatives et mis en place des politiques plus rigide de donation, alignées avec des objectifs corporatifs ciblés. Cela a favorisé le soutien à des organisations bien établies, influentes et « populaires », au détriment des organisations plus marginales. Et que dire des conséquences de la COVID-19 sur l’industrie ?

Un modèle à revoir

Force est maintenant de constater que le modèle de financement philanthropique doit être revu entièrement. Il y a une belle occasion pour les plus petits entrepreneurs de devenir mécènes à leur tour. De façon plus agile et accessible.

Les conseils d’administration de ces organismes culturels ont une belle occasion de poser un regard créatif sur la question, pour trouver des façons innovantes et agiles de repositionner leur conversation avec leurs donateurs.

Dans les conseils d’administration auxquels je siège, j’assiste depuis quelques années à la réflexion sur la refonte de nos façons de faire en la matière. Un des commentaires que j’entends souvent lors de nos conversations sur le sujet est que nos produits artistiques sont peut-être trop nichés, et par conséquent, moins attirants pour les grands donateurs.
À cela, j’ai toujours répliqué que l’avocat et l’entrepreneur en moi s’étaient toujours sentis connectés et inspirés par le processus créatif, la résilience de ces organisations et par leur agilité administrative.

J’ai appuyé financièrement ces organisations. Mais de façon plus importante, j’ai invité mon entourage à aller voir leur art, et au fil des ans, ce sont des dizaines, voire des centaines de personnes qui ont eu l’occasion de consommer un produit différent et original.

J’appelle la communauté des entrepreneurs du Québec à s’intéresser et à ces organisations et à s’y impliquer, car elles parlent toutes un langage qui nous est familier. Vous trouverez en leur sein une source d’énergie et d’inspiration qui se renouvellera sans cesse, et surtout, vous puiserez dans ces environnements créatifs une autre perspective sur vos propres affaires.

Mais surtout, j’invite ces organisations culturelles à ne pas se limiter aux confins de leur produit : vous représentez tellement plus pour vos donateurs que le caractère niché de l’art dont vous faites la promotion.

J’invite les organisations culturelles et celles chargées de faire la promotion de l’entrepreneuriat à prendre contact, à échanger sur la démarche respective de leurs membres. Osez faire des campagnes conjointes, utilisez les réseaux sociaux. Parlez-vous de ce qui vous unit. Réinventez la notion d’évènements-bénéfice. Faites-le conjointement.

En conclusion, cette approche n’est pas nouvelle. Elle ne fait que rappeler à la communauté des affaires et à la communauté des organismes culturels d’oser tisser des liens. On a plus en commun que l’on pense. Nos démarches sont liées, et nous avons tous besoin les uns des autres.

À propos de l’auteur

Avocat, entrepreneur, membre des conseils d’administration de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+) et de Danse Danse. Sébastien Leblond est aussi mentor-bénévole à la Fondation Montréal inc., alumni du collectif global d’entrepreneurs Entrepreneur Organization et ex-membre du conseil d’administration de sa section de Montréal.