Ce haut lieu de discussion et d’analyse sociale, embaumé d’effluves condamnant à l’introspection, offrait le terrain de jeu parfait pour s’arrêter aux possibles déboires liés à l’informatisation.

À cette époque, je faisais tout pour conserver mon anonymat et préserver mes renseignements personnels. J’approchais les guichets bancaires de côté et m’empressais de glisser un doigt sur la caméra avant de faire une transaction. Depuis, fouillez-moi pour savoir ce qui s’est passé, mon image est partout et n’importe où. D’ailleurs, il en est ainsi d’un tas d’informations me concernant.

Plusieurs m’interpellent pour savoir comment je tolère ainsi de voir ma « vie privée » étalée sur la place publique. Chaque fois, j’entonne ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la liturgie de Google. Exercice rhétorique dont je me passerai à l’avenir, en français du moins, avec la publication de ce billet. De l’éthique liée à la théorie de la protection des renseignements personnels, on passe rapidement au pathétique des pratiques des personnes, laissant de côté la protection de leurs renseignements.

Trêve de calembours! Ce qui me trouble dans ces inquisitions est que, dans la majorité des cas, les gens qui m’interrogent de la sorte sont, à leur insu, davantage fichés que moi. En d’autres mots, je fais une distinction très importante entre volontairement publiciser du contenu et inconsciemment garnir des bases de données privées. Il est vrai que le web renferme une marée d’informations à mon égard : 115,000 pages selon Google. Par contre, au quotidien, je suis d’une minutie qui frôle la paranoïa dans la protection des renseignements que je juge vraiment personnels.

Ce billet m’a été inspiré par cet article intitulé « We are watching you » qui, une fois de plus, tape sur Google à cause de son insatiable soif d’informations. On le sait depuis longtemps l’information, c’est le pouvoir. Pourtant, les entreprises laissent de côté cet actif qui, selon moi, est l’un de leurs plus importants.

Par ailleurs, plusieurs organisations ont pour seule mission de colliger des données sur les personnes, morales et physiques. Pensons aux firmes de crédits ou à certains services gouvernementaux qui recueillent méticuleusement tout ce qui leur tombe sous la main afin d’en faire des analyses et d’en tirer des conclusions. Pourtant, on lie trop rarement des articles à l’égard des Trans-Union de ce monde et de leur besoin continue d’informations personnelles à notre sujet.

Sans venir à la défense de Google, permettez-moi tout de même de noter que l’ensemble des données qu’elle recueille lui sont gracieusement offertes par vous, gratuitement ou en échange de services. De plus, elles sont normalement des informations ayant un niveau de personnalité moindre, comme votre nom, ce que vous aimez regarder sur le web, etc. Soit, ces informations peuvent être utilisées pour tirer des conclusions à votre égard. Malgré tout, il vous est toujours possible de surfer sur le web avec des outils autres que ceux de Google ou même en utilisant leurs services sans vous êtes enregistrés auparavant.

Par opposition, les organisations susdites vous tiennent par les sentiments et colligent, sans cesse et de façons pernicieuses, vos données les plus personnelles. Je dis « pernicieuse » parce que, contrairement à Google, vous n’avez pas le choix de leur céder une licence d’usage non-exclusive de vos renseignements personnels : avez-vous déjà essayé de louer une voiture ou d’acheter une maison sans qu’on vous mette à nu?

Le fait qu’on détienne certaines de vos données n’est pas une surprise. Par contre, ce que je tente d’éviter, avec énormément de difficultés dois-je l’admettre, est de limiter le type de données qui pourront être accumulées à partir de différentes sources. Cette situation est liée à l’un des avantages de l’informatisation mais aussi à l’un des problèmes les plus importants qu’elle ait fait apparaitre : il est désormais possible de croiser des bases de données. Sans faire une analyse complète de ce phénomène, je vous invite à jeter un coup d’œil à cet article paru dans la revue Wired.

Ainsi, plutôt que de bêtement refuser les services gratuits des Google, Yahoo et autres compagnies du genre sous prétexte de porter atteinte à notre vie privée, pourquoi ne pas faire le lien entre les bribes d’informations que nous clairsemons ici et là à des revendeurs de données nominatives? Aussi, j’ai mis sur pied un tableur GoogleDocs public pour ce faire…


Droit et Techno

Deux fois par mois, Dominic Jaar et Philippe Senécal, conseillers juridiques de Conseils Ledjit, rédigent pour vous des billets rapportant des nouvelles technologiques liées au droit ainsi que des nouvelles juridiques relatives aux technologies. Pour consulter toutes leurs chroniques, cliquez ici.