De passage à Montréal, Me Allard m’a ouvert les portes de son condo pour me raconter son histoire.

Me Vinçent Allard a 52 ans, mais en parait dix de moins. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il est heureux, ce qu’il est peut-être parce qu’il a quitté la profession d’avocat.

En dix ans, il s’est ainsi métamorphosé en expert en incorporation d’entreprises aux États-Unis, dans l’État du Delaware

« J’ai adoré plaider, mais les impayés, la piètre qualité de certains juges qui traitaient les officiers de la cour de façon très irrespectueuse ont fait que je me suis lassé de la pratique du droit. Alors, un jour, en 48 heures, ma femme et moi avons pris la décision de partir vivre aux États-Unis avec nos enfants », dit-il.

Un changement de vie étonnant pour cet avocat qui avait commencé sa carrière classiquement (ou presque).

Première vie

« Après ma maîtrise, je n’avais pas envie de courir les cabinets pour trouver un emploi. Étant quelqu’un qui aime choisir et ne veut pas être choisi, j’avais eu l’idée de publier une annonce le Journal du barreau qui disait ceci : Jeune avocat bilingue titulaire d’un LLM offre ses services à tout cabinet désireux de s’assurer une relève jeune, dynamique et disponible. »

Il tape dans l'œil de trois cabinets et décide de s’associer à Me Gilles Thibault, actuel fondateur de la société Edilex. Me Allard est un plaideur. Avec Gilles Thibault et plus tard avec son nouvel associé Richard Pigeon, il travaille pour une clientèle de PME, avec ce que cela comporte en termes de risques financiers et difficultés de recouvrement.

« C’était dur de faire payer les clients. Si c’était à refaire, je me mettrais au service d’un grand cabinet pour des raisons financières, dit-il avant de se raviser. Non, ce type de système n’aurait pas été pour moi de toute façon. »

Qu’est-ce qui marcherait pour lui ?

En 1995, quand il se lance dans un MBA au HEC, Me Allard n’en pas encore pas d’idées précises. Mais, sitôt son diplôme en poche, il a l'idée de lancer des modèles pour les gens d’affaires que tout le monde pourrait recevoir par un système de "fax on demand", payable à l'avance par carte de crédit. Il lance alors Jurifax.

"Pour développer le concept, j'ai travaillé jours et nuits entre 1995 et 1997. C'était de la maladie mentale !", dit-il.

La compagnie devient prometteuse, mais n'est pas encore très rentable. L’avocat est fatigué. Alors, presque sur un coup de tête, il décide avec sa femme, qui a une double nationalité québécoise et américaine, de partir pour l'aventure. Où ça ? Dans le Delaware. Pourquoi ? Parce que le couple y a des amis et a l'habitude de s'y rendre en vacances. Voilà à peu près le plan de match.

D'ailleurs, l'expatriation va lui réserver toute les galères du nouvel arrivant : adaptation des enfants, refus de carte de crédit ... Il passera sa première année à vivoter de Jurifax qu'il gère depuis le sous-sol de son appartement, jusqu'au jour où il postule dans une société pour faire de l'incorporation.

« J’y suis allé sans même savoir qu’il y avait plus d’incorporations dans le Delaware qu’ailleurs aux États-Unis, dit-il. Puis, quand la personne m’a expliqué que pour s’incorporer les sociétés devaient payer les services d’un agent agréé résident, ça a cliqué. Je me suis dit ce qu’elle fait, je peux le faire aussi et là j’ai pris la décision de constituer Corpomax. »

Il lance la société le 1er septembre 2001. Puis, le 11 septembre, c’est le coup d’arrêt mondial. Quelques mois plus tard, il reçoit une première commande. Ca va lui prendre douze heures pour faire son premier livre corporatif. "Pour le même travail je passe aujourd'hui entre 15 et 18 secondes".

A partir de 2003-2004, les commandes vont s'enchainer car il a trouvé "le bon filon" : celui de servir une clientèle de francophones. "Je remercie le seigneur tous les jours de travailler en français aux États-Unis", dit ce francophile resté très attaché à ses racines québécoises.

Aujourd'hui, sa société est enregistrée dans 15 pays et représente surement plus de 1000 clients. Même chose pour Jurifax qui livre des modèles à travers le monde. Il me sera difficile d'en savoir plus. Les habitants du Delaware ont le goût du secret.

Sachez tout de même qu'il vous en coûtera 899 $ pour une incorporation initiale, puis, à compter de la deuxième année, 129 $ pour l'agent agrée et 359 $ pour la domiciliation.

« C'est le même prix et le même service pour tout le monde, et tous les clients payent d'avance, dit Me Allard. J'ai appris à faire du droit au Québec et à faire de l'argent aux États-Unis. »

Vinçent Allard a aujourd'hui deux projets en tête : celui de développer une base d'incorporation dans les 49 états américains et celui de créer une société d'incorporation au Québec.

Au fait, ce n'est pas dangereux de les révéler à un média ?, lui demande-je avant de nous quitter.

"Je ne suis pas inquiet. Le soleil luit pour tout le monde", me répond-t-il.