Erika Eriksson
Erika Eriksson
Dans l’atelier montréalais, où l’on est reçu sur rendez-vous seulement, plusieurs juristes y ont entamé leur carrière.

« Les nouveaux avocats, tout juste assermentés, viennent pour obtenir leur première toge. Et c’est tout un événement pour eux; souvent, toute la famille est là avec eux, c’est comme l’essayage d’une robe de mariage », relate Erika Eriksson, qui se délecte du sentiment d’accomplissement et bonheur affiché par ces nouveaux juristes lorsqu’ils enfilent le vêtement tant convoité.

« C’est un privilège pour moi d’assister à ce moment; avoir sa toge, c’est le signal qu’on a réussi, qu’on a fait quelque chose de spécial », remarque la styliste, qui ne se lasse pas de voir à quel point ses toges sont un symbole fort pour quiconque l’enfile pour la première fois.

Il en va de même pour ceux qui viennent la revoir parce qu’ils sont passés à une autre étape. « Certains sont venus chercher leur toge il y a quelques années en tant qu’avocat, et ils doivent maintenant obtenir une toge pour leur nouvelles fonctions de juge. Je les ai vus évoluer, c’est spécial. »

Ceux-là sont tout aussi empreints de l’importance du moment, vécu comme un rite de passage vers une nouvelle aventure. « Ils sont fiers d’avoir accéder à la magistrature, et certains réagissent comme s’ils étaient dans un magasin de bonbons! »

Sa clientèle, qui lui est fidèle, est recrutée notamment par le bouche à oreille. C’est que le souci de personnalisation qu’Erika attache à chacune de ses créations est manifeste.

Et nécessaire. « On me fait confiance pour que je fasse les meilleures suggestions quant au type de toge, ou au style de rabat qui convient le mieux à chaque personne », dit-elle.

Une fois les mesures prises et les petits détails mis au point selon les préférences de chacun, on s’attèle à la confection. Qui peut prendre jusqu’à deux jours.

Mais c’est dans les particularités de ses designs qu’Erika Eriksson a fait sa marque. Pour les rabats, d’abord, qui permettent plusieurs degrés de personnalisation.

Elle évoque pour chacune des personnes les petits « plus » qu’elle peut ajouter aux rabats. « Sheila Martin, de la Cour suprême, a voulu un design spécial pour son rabat, représentant un W, important pour elle », donne-t-elle en exemple.

Elle relate en outre les innovations qu’elle a pu amener à la conception des toges. Comme l’utilisation du plissé, proposé pour la première fois en 2012, et qui est sa signature aujourd’hui.

Le monde juridique étant quand même enclin à l’austérité vestimentaire, au dépend de la nouveauté, il faut proposer l’innovation par petite dose. L’intégration des petites touches personnelles aux rabats—ou encore l’ajout de dentelle, impensable il y a quelques années—est devenu en quelque sorte la carte de visite des toges d’Erika.

Rabats d’Erika
Rabats d’Erika
Aujourd’hui, elle propose ainsi une soixantaine de styles pour les rabats. C’est un défi particulier, puisqu’on ne peut pas être trop ostentatoire, cependant qu’on veut avoir une certaine élégance et un bon degré de personnalisation. « C’est une excellente façon de briser la glace, dit-elle. Les gens se présentent ici, et on peut amorcer la conversation sur le style qu’ils aimeraient porter, on fait des essais », et ensuite on passe au reste.

Avec une importance toute particulière portée à chaque repli, chaque coupe, chaque rabat, au goût de chacune des personnes qui viennent la voir.

Avec la Covid, elle a développé tout un système de prises de mesures virtuelles, qui lui permettent ainsi de servir ses clients où qu’ils se trouvent. Elle habille ainsi les juristes d’un océan à l’autre, de Vancouver à St-Jean-Terre-Neuve. Le nouveau design des toges des juges de la Cour du Banc de la Reine du Manitoba, c’est elle. « Nous avons dû faire une quarantaine de toges en deux mois ! », se rappelle-t-elle. Une toge peut prendre jusqu’à deux jours à confectionner…

Elle confectionnait aussi récemment les toges des avocats québécois partis plaider au Tribunal pénal international, à La Haye.

Autre caractéristique de l’approche d’Erika: l’importance du confort. « Un juge qui devra siéger toute la journée a besoin d’une toge qui pourra être durable, en même temps que confortable ». Son tissu privilégié est la soie, qu’elle importe elle-même.

Aux femmes, elle propose des coupes beaucoup plus seyantes, « Certaines arrivent et me disent carrément ‘’je ne veux pas avoir l’air d’un sac de patates!’’ »

Et grâce à ses couturières, dont elle louera le travail à maintes reprises durant l’entrevue, elle peut donner à chacun le moment de bonheur recherché.

D’ailleurs, on dit d’elle qu’il est impossible de quitter son atelier sans que la toge ne soit en tout point parfaite…

Allez en essayer une!