Rencontre avec la nouvelle boss d'Indemnisation Navire et Rail Canada

Sonia Semere
2025-08-29 14:15:54
Une spécialiste du droit ferroviaire prend les commandes de l’organisme fédéral. Droit-inc a jasé avec elle…
Depuis mars dernier, Me Caroline Healey dirige Indemnisation Navire et Rail Canada, l’organisme fédéral qui supervise deux tribunaux administratifs : le Fonds Navire et le Fonds Rail.

La mission est simple, mais cruciale : indemniser les personnes touchées par les déversements d’hydrocarbures provenant de navires ou de bateaux, ainsi que celles affectées par les accidents ferroviaires majeurs impliquant du pétrole brut. Ensemble, ces fonds représentent plusieurs centaines de millions de dollars.
Sous la direction de Me Healey, l’organisation souhaite renforcer la sensibilisation du public aux recours disponibles et assurer une gestion rigoureuse et transparente des fonds.
L’ancienne cheffe de la direction des affaires juridiques et gestion des risques chez Via Rail Canada met son expertise juridique et administrative au service d’une mission qui touche à la fois au droit de l’environnement, au droit maritime et au droit des transports. Droit-inc lui a posé quelques questions…
Qu’est-ce qui vous a motivée à accepter ce rôle de dirigeante?
Je crois profondément au mandat qui m’a été confié, car il vise avant tout à protéger le public, à améliorer l’accès à la justice et à renforcer la confiance dans nos systèmes de transport. Concrètement, notre rôle est d’aider les personnes à obtenir l’indemnisation qui leur revient et de réduire leur fardeau, conformément au principe canadien du « pollueur-payeur ». Autrement dit, ce ne sont pas les victimes qui doivent assumer les coûts, mais bien les responsables de la pollution.
Après plus de 20 ans passés dans le secteur du transport, j’y voyais aussi une suite naturelle à mon parcours professionnel. J’ai toujours travaillé pour que les Canadiennes et Canadiens bénéficient d’infrastructures de transport solides. Aujourd’hui, mon rôle est de m’assurer qu’ils soient aussi bien protégés lorsqu’un incident maritime ou ferroviaire survient. C’est une responsabilité d’intérêt public qui rejoint pleinement mes valeurs de transparence, d’équité et de rigueur.
Selon vous, quels sont les grands défis actuels en matière d’indemnisation dans les secteurs maritime et ferroviaire?
Le premier défi demeure la méconnaissance du public à l’égard de notre organisation et, plus largement, de leurs droits en matière d’indemnisation. Trop de personnes ignorent encore qu’elles peuvent être indemnisées lorsqu’elles sont affectées par un incident maritime ou ferroviaire. Pourtant, nos régimes s’adressent autant aux individus qu’aux entreprises.
Un deuxième défi tient à l’évolution rapide du secteur du transport. Les enjeux climatiques, technologiques et de sécurité modifient la nature des risques et rendent la gestion des indemnisations plus complexe.
Pour répondre à ces défis, il faut à la fois renforcer la sensibilisation et l’éducation du public, et collaborer étroitement avec l’industrie et les autorités afin de maintenir un système clair, accessible et crédible.
Comment votre parcours professionnel vous a-t-il préparé à superviser ces deux fonds?
J’ai occupé plusieurs postes de direction dans le secteur du transport, principalement en ferroviaire, où j’ai dû gérer des enjeux stratégiques, réglementaires et opérationnels complexes. Le fait d’être avocate formée en droit civil et en common law, les deux systèmes juridiques en vigueur au Canada, est également un atout important. Cela me permet de naviguer efficacement dans le cadre juridique qui encadre les secteurs maritime et ferroviaire.
J’ai aussi évolué dans des environnements hautement réglementés, où les relations avec les gouvernements, les clients et les communautés étaient centrales. Cette expérience m’a donné une compréhension fine de l’importance d’équilibrer efficacité, responsabilité et transparence.
Quel type de leadership privilégiez-vous pour mobiliser vos équipes?
J’ai une approche résolument collaborative et inclusive. J’aime consulter mes équipes avant de prendre des décisions et je valorise la diversité des profils, des expériences et des cultures. Cette pluralité de points de vue enrichit notre réflexion collective et mène, selon moi, à des décisions plus optimales.
Je suis également orientée vers les résultats, avec un souci de performance, mais toujours dans un climat de bienveillance et de respect. Pour moi, la mobilisation passe par la confiance et par le sentiment partagé de contribuer à un objectif commun.
Et puis, je suis profondément motivée par l’impact positif que nous pouvons avoir, autant comme organisation que comme individus. C’est ce qui guide mon leadership : travailler ensemble pour générer des résultats concrets qui font une différence dans la vie des personnes et des communautés touchées.
Depuis votre prise de fonction, quelles actions avez‑vous privilégiées pour dynamiser l’organisation?
L’objectif était vraiment de consolider l’intégration du Fonds Navire et du Fonds Rail. Historiquement, ces deux fonds existaient séparément, mais ils sont désormais réunis sous le même chapeau, celui d’Indemnisation Navire et Rail Canada. Mon objectif est de faire en sorte que nous fonctionnions véritablement comme une seule organisation cohérente et efficace.
Nous avons d’ailleurs lancé une nouvelle image de marque, et je souhaite capitaliser sur cet élan pour élaborer une stratégie intégrée qui reflète cette unité.
Une autre priorité est de renforcer l’accès à la justice. Cela passe par une meilleure connaissance de qui nous sommes, de ce que nous faisons et de la manière dont les victimes peuvent faire valoir leurs droits. Nous devons aller à la rencontre des demandeurs potentiels et simplifier au maximum le processus de réclamation.
Nous devons également nous assurer que, lors d’un incident, les personnes touchées et les premiers répondants reçoivent l’indemnisation à laquelle ils ont droit, rapidement et équitablement. Cela signifie avoir un processus moderne, transparent et efficace, mais aussi développer notre capacité organisationnelle à gérer un volume élevé de réclamations dans l’éventualité d’un accident majeur.