La justice canadienne manque de transparence

Main image
Didier Bert

Didier Bert

2026-02-04 13:15:27

Commenter
Le Canada traîne les pieds dans l'accès aux dossiers judiciaires, malgré de bonnes intentions.

Tavengwa Runyowa (source : Runyowa Law) et Samuel Dahan (source : Université Queen’s)


Au Canada, le principe de la publicité des débats judiciaires est protégé par la Charte des droits et libertés.

Pourtant, dans les faits, les archives sont souvent gardées sous clé, regrette The Globe and Mail, qui cite l’exemple de l'affaire Gurpreet Singh à Saskatoon. En juillet 2025, un juge a rendu une décision historique en affirmant qu'il est injuste de laisser un enquêteur investiguer sur ses propres actes répréhensibles.

Pour l'avocat de la défense, Me Tavengwa Runyowa, le jugement créait un précédent majeur.

Or, six mois plus tard, la décision reste introuvable sur CanLII, la plateforme gratuite de référence au pays.

Pourquoi ? Parce qu'au Canada, ce sont les juges qui décident, à leur discrétion, si leurs verdicts méritent d'être publiés en ligne. Si le juge estime qu'il n'a pas le temps de revoir son texte, une décision capitale peut finir dans un coffre-fort judiciaire, accessible uniquement à ceux qui se déplacent physiquement au greffe du tribunal.

Samuel Dahan, professeur à la faculté de droit de l'Université Queen’s et fondateur d’OpenJustice, qualifie le Canada de « désert de données juridiques ». Cette opacité n'est pas qu'un simple désagrément administratif: elle menace l'équité de notre droit. Sans accès massif aux données, il est impossible d'évaluer de manière indépendante si la loi est appliquée de façon cohérente d'un tribunal à l'autre.

L’enjeu est aussi technologique. L’intelligence artificielle révolutionne le droit en permettant de dénicher des précédents complexes en quelques secondes ou en aidant les citoyens à se représenter eux-mêmes à faible coût. Or, sans accès ouvert aux données, les entreprises de technologie juridique canadiennes sont paralysées.

La récente bataille juridique entre CanLII et la start-up Caseway illustre cette tension. Quand les données publiques, financées par les contribuables, deviennent des propriétés jalousement gardées, c'est l'innovation et l'accès à la justice qui sont entravés, affirme le quotidien.

Partager cet article:

132
Publier un nouveau commentaire
Annuler
Remarque

Votre commentaire doit être approuvé par un modérateur avant d’être affiché.

NETiquette sur les commentaires

Les commentaires sont les bienvenus sur le site. Ils sont validés par la Rédaction avant d’être publiés et exclus s’ils présentent un caractère injurieux, raciste ou diffamatoire. Si malgré cette politique de modération, un commentaire publié sur le site vous dérange, prenez immédiatement contact par courriel (info@droit-inc.com) avec la Rédaction. Si votre demande apparait légitime, le commentaire sera retiré sur le champ. Vous pouvez également utiliser l’espace dédié aux commentaires pour publier, dans les mêmes conditions de validation, un droit de réponse.

Bien à vous,

La Rédaction de Droit-inc.com

PLUS

Articles similaires