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De la Place Ville-Marie au conflit ukrainien

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Jean-francois Parent

2022-04-14 12:00:00

Un associé de Lavery, spécialiste du litige commercial et du droit de la faillite, passe ses nuits à venir en aide au pays de ses parents.

Me Eugène Czolij. Sources: Shutterstock et site web de Lavery
Me Eugène Czolij. Sources: Shutterstock et site web de Lavery
« La Russie a choisi d’être un paria, il faut la traiter comme telle », lance Me Eugène Czolij, consul honoraire d’Ukraine, spécialiste du litige commercial et associé chez Lavery, à Montréal.

Depuis l’invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février dernier, le Barreau 1982 passe l’essentiel de son temps libre à mobiliser du soutien pour la cause ukrainienne. En contact permanent tant avec la diaspora ukrainienne qu’avec les citoyens présentement en zone de guerre, il est l’un des principaux relais de la tragédie que vit présentement le peuple d’origine de ses parents.

« C’est certain que les journées sont très, très longues », dit-il, puisqu’en marge de sa pratique en litige corporatif et commercial, ainsi qu’en droit de l’insolvabilité et de la restructuration, il passe plusieurs heures chaque jour à s’impliquer dans les efforts politiques et humanitaires ici et ailleurs dans le monde pour soutenir l’Ukraine.

Et cela, c’est en plus de passer du temps au téléphone ou en vidéoconférence avec ses relations sur le terrain en Ukraine.

Et les échos qu’il reçoit du front sont bouleversants.

Interviewé par Droit-Inc au lendemain des premières images montrant des exactions que les troupes russes auraient commises à Boutcha, Me Czolij se dit ébranlé par la situation. « Ce qui se produit dépasse l’entendement, quand on voit les images de civils, les mains attachées, quand on entend des histoires de meurtres, de viols. Malheureusement, on ne voit pas encore toute la tragédie et tous les crimes de guerre commis par les soldats russes », explique le plaideur.

Parmi ses contacts, des juristes, des architectes, des médecins, des comptables prennent les armes.

Le Montréalais d’origine ukrainienne de première génération est né ici d’un couple ayant fui l’Ukraine après la Seconde Guerre mondiale. Et il milite depuis longtemps pour les droits de son pays, ayant d’ailleurs reçu deux fois le grade de docteur honoris causa des universités de Lviv et de Kyiv pour ses activités politiques.

Outre les six années passées comme président du Congrès ukrainien du Canada, et les 10 années comme président du Congrès mondial ukrainien, Me Czolij dirige également l’ONG Ukraine 2050, qu’il a fondée, et qui préconise l’intégration de l’Ukraine comme membre de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

C’est d’ailleurs cette implication qui a motivé l’Ukraine à le nommer consul honoraire du pays en 2020.

Bouleversé par l’ampleur des horreurs qui sont perpétrées par l’armée russe, il explique qu’ « il était clair qu’il y aurait des hostilités. On voyait les troupes russes se mobiliser aux frontières depuis quelque temps, on savait qu’il y aurait une confrontation, qui a d’ailleurs commencé en 2014 quand la Russie a envahi la Crimée et le Donbass ».

Dans les mois précédant l’invasion, Me Czolij a participé à l’effort diplomatique visant à mobiliser les chancelleries européennes pour qu’elles fassent pression sur le Kremlin afin que Vladimir Poutine tempère ses ardeurs. Pressentant le pire, les efforts visaient également à ce que l’OTAN donne des moyens pour assurer la défense aérienne de l’Ukraine.

Dans l’immédiat, « les priorités sont d’empêcher que les scènes d’horreur se reproduisent, que l’OTAN impose une zone d’exclusion aérienne et que l’Ukraine ait accès aux armes nécessaires pour empêcher la perpétration de crimes de guerre ». Il exhorte de plus la communauté internationale à se mobiliser pour que cesse la « guerre génocidaire » livrée par les forces russes.

Au moment de notre entretien, le Tribunal pénal international avait déjà rendu depuis plusieurs semaines une ordonnance provisoire pour que la Russie cesse son invasion.

Au moment d’écrire ces lignes, la Cour pénale internationale traitait certaines des zones de combat en tant que scènes de crimes, tandis qu’une équipe d’enquêteurs disait avoir trouvé des preuves de la commission par la Russie de crimes de guerre.

Se disant reconnaissant du soutien international envers les quelque 4,7 millions de réfugiés et les 7 millions d’autres personnes déplacées, il estime que du côté canadien, Ottawa peut faire davantage pour aider les Ukrainiens.

« D’abord, il serait bien de permettre aux Ukrainiens de se rendre plus simplement au Canada. Des femmes et des enfants ont quitté le pays en catastrophe, sous les bombes, avec pas grand-chose », dit-il. Difficile dans ce contexte pour ces gens de documenter leur demande en bonne et due forme.

Aussi, « il faudrait permettre une période d’adaptation de 90 jours pour que les gens puissent reprendre leur souffle. On a affaire à des gens traumatisés. On parle d’une situation critique pour les Ukrainiens », conclut-il.
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4 commentaires

  1. Anonyme
    Anonyme
    il y a 2 ans
    "il milite depuis longtemps pour les droits de son pays, ayant d’ailleurs reçu deux fois le grade de docteur honoris causa des universités de Lviv et de Kyiv pour ses activités politiques."
    "il milite depuis longtemps pour les droits de son pays, ayant d’ailleurs reçu deux fois le grade de docteur honoris causa des universités de Lviv et de Kyiv pour ses activités politiques."


    Les droits de "son pays". Vous êtes né ici ou pas?

    Je serais intéressé d'en savoir davantage au sujet de votre point de vue sur les droit de "votre pays", car ma qualité de souverainiste québécois me place, par rapport au gouvernement en place à Ottawa, dans une situation d'opposition politique semblable à celle des russophones de l'est de l'Ukraine, relativement au gouvernement en place à Kiev. Parlez-vous des droits qu'auraient "votre pays l'Ukraine" de massacrer les populations civiles russophones de l'est, depuis 2014?

    Au moment du référendum de '95, Claude Garcia (président de Sun Life) appelait à "écraser les séparatisses", et David Collenette (ministre de la défense sous les libéraux de Jean Chrétien) ne faisait pas de mystère de son désir d'envoyer l'armée au Québec en cas de victoire du "Oui", afin que "son pays" ne soit pas brisé.

    J'aimerais donc connaitre votre position, en tant que consul honoraire de l'Ukraine au Canada, au sujet du droit des peuples à l'autodétermination dans le contexte Ukrainien, car elle me permettrait de me faire une idée sur la posture du gouvernement Kievien au sujet du nationalisme québecois.

    Pour rebondir sur l'actualité récente, j'aimerais savoir quel camp, selon vous, a tiré sur les populations civiles russophones de l'est de l'Ukraine depuis 2014, et pourquoi ce serait soudainement les Russes qui auraient tiré sur une gare remplie de civils, à Karkov (dans l'est de l'Ukraine), un vieux missile de l'ère soviétique (Tochka-U). Même la BBC commence à reculer au sujet de cette fake-news (c'est dire à quel point cette histoire est inepte!).

  2. incompertusX
    incompertusX
    il y a 2 ans
    Non
    Désolé, votre qualité souverainiste québécois ne vous place pas dans une situation de proche ou de loin semblable à celle de l'Ukraine. Il y a des missiles qui tombent sur les villes tuant de civils et des enfants mineurs qui sont violés. Je ne vois pas comment la défense de l'Ukraine est semblable à la lutte pour l'indépendance du Québec. Aussi, contrairement au Québec, l'Ukraine est tout carrément un pays séparé de la Russie qui se fait envahir par la Russie, alors que Québec est toujours une province canadienne. Finalement Tochka-U était sur la parade de 9 mai au Mosocou en 2021 et j'ai lu des rapports qui la placent à la fin de 2021 aux 'exercices militaires' Russo-Biélorusses. Aussi ce n'est pas parce que la Russie affirme de l'avoir discontinué qu'elle n'a pas donné ses installations aux séparatistes de Donbass et Luhansk qui sont sous contrôle effectif Russe (ceux qui ont tiré le Boeing MH-17).

  3. Anonyme
    Anonyme
    il y a 2 ans
    Votre propande fédéraliste finira dans les poubelles de l'histoire
    "votre qualité souverainiste québécois ne vous place pas dans une situation de proche ou de loin semblable à celle de l'Ukraine."


    Votre phrase n'a pas de sens. Un individu ne peut être dans la situation d'un état.

    Vous envisagez "l'Ukraine" comme ceux qui envisagent un Canada uni d'un océan à l'autre.

    En Ukraine il y a encore plus de langues qu'au Canada. A l'ouest de l'Ukraine, des morceaux de territoires ont été arraché à la Pologne, à la Hongrie, et la Roumanie. A l'est et au sud, il y a des régions russophones dont les racines historiques sont distinctes de celles de la population du centre, qui est le noyeau historique de l'Ukraine (avec une langue bien à elle, mais que peu de gens parlent convenablement, incluant Zelinsky). Ces régions ont été réunies administrativement par les bolchéviques, qui eux aussi étaient animés par une idéologie multicultirulaliste ayant de nombreux points commun avec celle de Trudeau père (et fils).

    En 2014, la Crimée (au sud de l'Ukraine) a rapidement voté "Oui" à un référendum pour se joindre à la Russie. Deux territoires de l'est ont voté "Oui" à un référendum pour l'autonomie à l'intérireur de l'Ukraine. Un genre de "souveraineté association", comme aurait dit René Lévesque, pour une association avec un pouvoir Kievien qui ne veut rien savoir des "séparatisses", rappelant en cela la position de Jean Chrétien (qui avait raison de dire que ce n'est pas parce que les Québécois voudraient d'une association que le ROC serait tenu de s'associer par la suite). Depuis 2014, les gagnants de ce référendum sur la "souveraineté association" sont persécutés par le pouvoir de Kiev, qui leur a envoyé l'armée. Les élites Kievienne, qui se voient comme la race des seigneurs, méprisent ces russophones de l'est, qu'elle voit comme des slaves avec qui elle n'a pas de racine commune. Le bilan est d'environ 10000 morts civiles, mais en occident cela ne préoccupe personne. Avant l'invasion de la Russie, lorsqu'il était question de cette région du monde les médias d'ici ne parlaient que du référendum illégal de rattachement de la Crimée à la Russie, et de la nécessité que la Crimée redevienne dans le giron de l'Ukraine.

    Il y a peu, sur droit-inc, un article traitant de droit pénal intertnational en Ukraine annonçait que l'OSCE allait finalement faire avancer les plaintes déposés contre le pouvoir de Kiev depuis 2014. Il semble donc, une fois de plus, que cette institution occidentale "pour la paix" (qui la semaine dernière s'est fait virer d'Ukraine de l'est) prétend se préoccuper des russophones de l'est que depuis que son camp n'a plus les coudées franches.

    Dans un article de La Presse traitant de l'accueil des réfugiés ukrainiens, une psychologue montréalaise d'origine yéménite soulignait que la différence entre la préoccupation de l'occident pour les ukrainiens, et pour les yéménites qui se font massacrer par le pouvoir saoudien. L'éthiopien Ghebreyesus, secrétaire général de l'OMS, déplorait la même chose, en lien avec son pays d'origine. En fait, partout dans le monde, ceux qui n'ont pas la chance de se trouver dans le camp que l'occident a décidé de désigner comme les "bons", se révoltent de plus en plus contre ce genre de deux poids deux mesures, contre l'impérialisme US, et contre l'hypocrisie des valets de Washigton (comme le Canada l'est devenu).

    Quant aux massacres et viols attribués à l'armée russe, on ne voit pas pourquoi ceux qui gagnent la guerre sur le terrain agiraient de la sorte, puisque cela ruinerait leur image et leur prestige politique auprès des populations locales. D'ailleurs, sur les réseaux sociaux, les témoignages pro-russe et anti-kiev se multiplient dans les zones qui sont passées sous contrôle russe.

    Pour compléter l'analogie avec le Québec, on pourrait ajouter la fiction qui suit, afin d'illustrer la bêtise de la propagande médiatique actuelle.

    Si le Québec déclarait son indépendance pour rejoindre une France puissante (très loin de sa situation actuelle de valet affaibli des USA), que les acadiens votaient pour leur autonomie à l'intérieur du Canada, que Trudeau envoyait l'armée pour en finir avec les sous-hommes de la péninsule, et que la puissante armée française se portait à la rescousse des accadiens après que ces derniers aient été persécutés pendant 8 ans, et qu'elle neutralise l'armée canadienne en quelques jours, qui croiraient que l'armée française aurait pu bombarder la gare de Caraquet où des civils voulaient embarquer à bord de train pour le Québec? Les seuls qui croiraient à de telles histoires seraient les lecteurs du National Post, et c'est la vision de Conrad Black qui serait diffusée dans le ROC, et dans le camp de l'OTAN: le référendum d'indépendance du Québec est illégal, ce territoire doit revenir sous contrôle canadien, l'armé française veut génocider le Nouveau-Brunswick et le Canada, ...

    • Souverainiste Québécois
      Souverainiste Québécois
      il y a 2 ans
      Ça va?
      Inquiet de voir quelqu'un tout ramener à lui.

      Les situations ne sont pas comparables et vos tentatives de le faire, bardées de suppositions ou de "imaginer que" ne font que démontrer ceci.

      Votre dernier paragraphe notamment est hallucinant.

      J'ai le combat du Québec, mais je ne cherche pas à démoniser mes adversaires politiques et ceux qui ne pensent pas comme moi. Surtout, je fais avec ce qui se passe, je ne m'invente pas une réalité alternative pour justifier mes éculubrations.

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