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La critique légitime des religions doit être protégée

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Marie-claude Girard

2022-04-20 11:15:00

Des investissements d’Ottawa nous empêcheront-ils de formuler des critiques légitimes envers les religions ?

Marie-Claude Girard, l’auteure de cet article.
Marie-Claude Girard, l’auteure de cet article.
Ottawa investira 85M$ sur quatre ans afin de lancer une nouvelle stratégie contre le racisme et un plan national de lutte contre la haine pour notamment favoriser la pleine participation des minorités religieuses à la société canadienne, ainsi que 5,6 M$ sur cinq ans pour appuyer le nouveau représentant spécial chargé de la lutte contre l’islamophobie.

S’ajoute à ces investissements, la promesse du Premier ministre Justin Trudeau d’adopter une loi pour contrer les discours haineux en ligne, notamment en renforçant le Code criminel. Aucun indice, cependant, d’une intention d’y abroger l’article 319(3)b qui offre actuellement une protection au discours haineux qui porte préjudice à un groupe identifiable, s’il est prononcé de bonne foi et fondé sur un texte religieux. Rappelons que les textes de plusieurs des grandes religions comportent des propos qui dénigrent ou prônent la haine contre les apostats, les athées ou agnostiques, les femmes, les homosexuels voire certains groupes ethniques ou raciaux. Ainsi, légalement, s’ils se fondent sur un texte religieux, les croyants, contrairement à tous les autres, ont et continuent toujours d’avoir droit d’émettre des propos haineux.

Est-ce que ces quelques initiatives visent à faire taire la critique légitime des religions au Canada, comme c’est arrivé au Dr Sherif Emil ? Rappelons que ce chirurgien pédiatre de l’Hôpital de Montréal pour enfants s’est fait accuser d’islamophobie pour avoir dénoncé l’utilisation d’une photo d’une fillette d’à peine 5-6 ans portant le hijab en couverture du Journal de l’Association médicale canadienne en novembre 2021. Selon lui, l’utilisation de cette photo était mal avisée et perpétuait une pratique souvent traumatisante et nuisible. Il faisait valoir que « le respect ne doit pas altérer le fait que le hijab, le niqab et la burka sont aussi des instruments d’oppression pour des millions de filles et de femmes dans le monde qui n’ont pas la possibilité de faire un choix ». Le Conseil national des musulmans canadiens et le Conseil consultatif musulman du Canada avaient alors jugé qu’il s’agissait-là d’islamophobie, réclamé avec succès des excuses de la part du journal et appelé à des sanctions contre le chirurgien pédiatrique.

La récente campagne #LetUsTalk initiée par la canadienne Yasmine Mohammed et l’américaine Mashi Alinejad a aussi mis en relief le fait que les femmes occidentales de culture musulmane se font elles-mêmes accuser d’islamophobie lorsqu’elles racontent leurs histoires. Elles disent craindre l’idéologie islamiste ici même en Occident. Quel sera l’impact de ces nouvelles initiatives fédérales sur la prise de parole de ces personnes ?

Comme l’a si bien fait valoir Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, dans sa plaidoirie intitulée Le droit d’emmerder Dieu : « Renoncer à la libre critique des religions, renoncer aux caricatures de Mahomet, ce serait renoncer à notre histoire (…) à l’esprit critique, à la raison, à un monde régi par les lois des hommes plutôt que par celles de Dieu. Ce serait renoncer à enseigner que l’homme est cousin du singe et ne provient pas d’un songe, renoncer aussi à ce que la Terre ne soit pas totalement ronde. Ce serait renoncer à considérer la femme comme l’égale d’un homme. Ce serait renoncer à ce que les homosexuels ne soient pas punis de mort après d’atroces supplices, et je précise que, curieusement, les 72 pays au monde où l’homosexualité reste une abomination sont à peu près les mêmes que ceux où le délit de blasphème continue à exister. »

Selon la Cour européenne des droits de l’homme qui a régulièrement été appelée à se prononcer sur le sujet : « Ceux qui choisissent d’exercer la liberté de manifester leur religion, qu’ils le fassent en tant que membres d’une majorité ou d’une minorité religieuse, ne peuvent raisonnablement s’attendre à être exemptés de toute critique. Ils doivent tolérer et accepter le déni… Et même la propagation par d’autres de doctrines hostiles à leur foi. »

Espérons qu’Ottawa en tienne compte et que ses initiatives n’aient pas pour effet de faire taire la critique des religions !

À propos de l’auteure

Marie-Claude Girard est une retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne.
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5 commentaires

  1. Anonyme
    Anonyme
    il y a 2 ans
    Mon petit doigt me dit...
    It's not that I disagree with the author here, but I've seen several instances where she chimes in on social issues whilst identifying herself as a "retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne", which might (and is probably designed to) lead one to believe that she occupied some sort of jurisdictional or juridical function and is therefore in a special position to comment on such issues. However, a little birdie is telling me that it's probably not the case.

    In reality, I suspect this person was a member of the administrative staff of the CCDP at best. If that's true, then the frequent reference to the CCDP (even if technically accurate) borderlines on usurpation of title. She wants the reader to infer the existence of a credential which she does not actually possess.

    It's OK to have an informed opinion on a legal matter even if you are not a lawyer or a judge. No need to front.

  2. Anonyme
    Anonyme
    il y a 2 ans
    constat
    Amusant que cette dame ait toujours le même discours et surtout que celui-ci cible toujours la même minorité. Est-ce possible qu"elle ait de la difficulté avec "la propagation par d’autres de doctrines hostiles à leur foi. »?

  3. Pirlouit
    Pirlouit
    il y a 2 ans
    Islamogauchiste
    "5,6 M$ sur cinq ans pour appuyer le nouveau représentant spécial chargé de la lutte contre l’islamophobie."

    Super un autre grand inquisiteur payé par l'État pour éradiquer toute critique de l'islam. Bravo Trudeau après ça demande toi pas pourquoi Macron préfére téléphoner à Legault quant un professeur se fait décapiter pour avoir simplement parlé de caricatures dans un cours.

    • Anonyme
      Anonyme
      il y a 2 ans
      Justement
      Quand sans gêne et te croyant justifié tu réduis presque 6 millions de français, 1.5 millions de Canadiens, 300,000 Québécois etc à une atrocité commise par des extremistes, tu fournis une illustration criante d'islamophobie qui démontre le besoin de prendre des mesures pour la contrer.

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