Carrière et Formation

Les conseils d’une Super plaideuse!

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Camille Dufétel

2023-09-25 15:00:00

Une associée principale d’un cabinet reconnue pour ses talents en matière de plaidoirie revient sur son parcours et livre ses conseils aux plus jeunes…

Me Sophie Melchers. Source: LinkedIn
Me Sophie Melchers. Source: LinkedIn
Me Sophie Melchers, associée principale au sein de Norton Rose Fulbright à Montréal où elle travaille depuis près de 29 ans, ne manque pas chaque année de figurer dans les plus grands classements d’avocats au Canada et notamment au Québec.

Des classements qui reconnaissent notamment son talent d’avocate plaidante dans le domaine auquel elle se dédie, à savoir les litiges touchant les questions commerciales, les sociétés et les valeurs mobilières, ainsi que les actions collectives.

Elle figure à titre d’exemple cette année au top 100 des meilleures avocates en litige de Benchmark Litigation au Canada. Et dans le top 50 des avocats plaidants au Canada.

Plutôt modeste à ce sujet, Me Melchers revient sur son parcours auprès de Droit-Inc et livre quelques conseils aux plus jeunes…

Qu’est-ce qui vous a attirée vers le métier d’avocate et plus précisément, en litige?

Des membres de ma famille étaient dans le domaine juridique, ma mère par exemple. Quand je suis entrée en première année du primaire, elle entrait en première année de son baccalauréat en droit. Elle avait une pratique de litige. Mon beau-père, son conjoint, aussi.

J’avais donc dans mon cercle très rapproché des gens qui travaillaient dans ce domaine. Ceci dit, au cégep, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. J’avais fait des demandes en médecine et en droit. J’ai été refusée en médecine, donc c’était limpide, je devais aller en droit.

Une fois rendue là, j’ai beaucoup aimé la faculté, les professeurs, les gens, la matière… Et j’ai fait un concours de plaidoirie. Ç'a été une révélation. J’ai adoré mon expérience, on était une équipe de six à rédiger un mémoire et à se partager la plaidoirie. Je pense que c’est ce qui m’a donné la piqûre.

En arrivant en cabinet, j’avais le choix de faire des rotations dans différents départements, je suis allée en litige et ç'a confirmé mon choix. Convaincre, débattre, interroger, contre-interroger, ce sont des tâches que j’adore dans ma pratique.

Qu’est-ce qui explique selon vous cet attrait pour la plaidoirie? Que faut-il avoir comme qualités, du charisme, des facilités à l’oral?

Rien ne remplace la préparation des faits de son dossier, il faut les connaître, les creuser, les challenger. Après cela, il faut trouver le moyen d’expliquer le tout d’une façon que le ou la juge trouve naturelle. Ainsi, une fois qu’on a terminé, il regarde l’autre partie et dit : « qu’avez-vous à dire? »

On l’a déjà convaincu juste par la présentation et ça pour moi, ça se fait d’une façon extrêmement intègre et équilibrée. Je ne suis pas une avocate qui a tendance à donner des coups sur la table. Jamais.

La confiance se gagne au fil des ans et oui, ça prend une certaine habileté, j’imagine que ça prend un certain charisme, mais c’est loin d’être la qualité essentielle. La qualité essentielle est d’être prêt et clair.

Pourquoi aimez-vous en particulier le litige?

Dans notre vie de tous les jours, on a de gros dossiers qui arrivent. Je me perçois comme la voix du client. Pour que je puisse l’être de la façon la plus efficace possible, il faut que je comprenne ce que ce client fait.

Le litige me permet de me plonger dans la vie d’un business, d’une industrie, d’un individu, et d’apprendre un paquet de choses qui n’ont rien à voir avec le droit. Mais que je dois comprendre pour pouvoir ensuite les expliquer.

C’est comme faire plusieurs baccalauréats en même temps que le baccalauréat en droit.

Évidemment, plaider, avoir l’attention du juge, savoir que le message passe, que la personne comprend, c’est aussi un « high » que tous les plaideurs aiment, je pense.

Est-ce qu’une anecdote ou quelque chose de plus général vous a marquée au cours de vos plaidoiries?

Ce qui me vient immédiatement en tête, c’est le dialogue avec certains juges dans certains dossiers, où indépendamment de qui est dans la salle, on les oublie. C’est vraiment une conversation un à un ou une à une.

Ce sont des moments précieux. On a vraiment le sentiment qu’une bombe pourrait tomber à côté, et que ce n’est pas grave, la conversation est totalement engagée. J’ai le sentiment pour mon client que je suis vraiment entendue. Je vois le visage de ces juges.

Comment parvenez-vous à rentrer dans la peau de votre client, à préparer vos plaidoiries?

C’est une question de confiance. Et souvent, elle doit se bâtir presque instantanément. Dans beaucoup de dossiers, les clients vont « passer en entrevue » différents avocats et cabinets avant de choisir qui va les représenter.

Quand c’est un client qu’on connaît déjà, la dynamique est différente. Mais quand c’est une nouvelle personne, il faut très rapidement la mettre en confiance et avoir une très bonne écoute pour être capable de déceler les vrais enjeux, les solutions disponibles, leurs réels objectifs d’affaires. Quand la relation de confiance se fait rapidement, d’habitude ça génère un mandat.

Évidemment, la spécialisation dans un domaine de niche est aussi importante. J’ai pour ma part une niche assez étroite, le litige en matière de valeurs mobilières.

Donc c’est un combo, il y a cette relation de confiance qu’on crée, et il y a les compétences en droit pur qui doivent être mises à profit.

Qu’auriez-vous aimé savoir quand vous étiez une jeune avocate à la sortie de l’École du Barreau? Et que vous conseillez aujourd’hui à la relève?

La première chose que je dis à ceux qui font la Course aux stages est que c’est leur carrière. Il faut mettre ses mains sur le volant, décider où on va, ne pas se laisser porter par le vent, ne pas attendre que les opportunités tombent du ciel, et demander.

Un deuxième conseil, dans les premières années, est de toucher à tout. Ce qu’on apprend à l’école et la réalité, ce n’est pas la même chose. Il faut essayer avant de dire oui ou non.

Ensuite, il faut développer une signature. Quelque chose qui va faire en sorte que la communauté juridique va te choisir versus un autre. Il faut se démarquer et réfléchir à comment le faire.

Ce sont trois étapes charnières qui ont une influence quasi immédiate sur la façon dont la personne va réussir.

Comment réussir à sortir du lot?

Je dirais qu’il s’agit de saisir les opportunités quand elles se présentent. J’ai été privilégiée, en revenant de congé maternité, avec trois enfants à la maison, j’ai été impliquée dans l’offre non-sollicitée que Résolu a faite sur Fibrek, en 2012 (...). C’était un dossier hyper intense, on avait à un moment donné huit procédures qui roulaient en même temps.

J’ai peu dormi pendant cette période. Mais c’était fascinant, ça m’a donné un beau profil, car c’est un dossier qui a été couvert par les médias et que la communauté juridique suivait. Il faut les saisir, ces opportunités.

Il faut également être respectueux avec ses confrères. Et toujours être hyper intègre avec les tribunaux. Quand on ne sait pas, on le reconnaît, on va chercher la réponse et on n’invente pas.

Pourquoi avez-vous choisi les valeurs mobilières?

C’est un mélange de litige et de droit des affaires, de réalité économique. Il y a aussi un volet pénal qu’on ne retrouve pas dans beaucoup de pratiques.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de travailler chez Norton Rose Fulbright?

Je suis un bébé Norton Rose, qui s’appelait Ogilvy Renault quand j’étais étudiante de deuxième année. J’y ai trouvé un environnement de travail très collégial. Dans tous mes dossiers, j’ai des gens avec qui je travaille étroitement. Quand j’étais plus jeune, c'étaient des plus vieux et maintenant évidemment, c’est moi la plus vieille.

C’est un bureau qui a été fantastique avec moi personnellement. J’ai trois enfants. Il n’y a pas beaucoup de femmes associées en litige dans de grands cabinets qui ont une famille de trois enfants. Ils m’ont permis de jongler entre famille et travail. Ils m’ont donné plein d’opportunités d’avoir des rôles de gestion.

J’ai été sur presque tous les comités qui existent au cabinet. Ça aussi, ça ajoute une autre corde à mon arc. Ça m’a fait découvrir d’autres aspects de notre business. Honnêtement, je ne peux pas imaginer qu’il y ait mieux ailleurs pour moi.

Certains avocats en devenir ont peur que le travail dans un grand cabinet ne soit pas conciliable avec une vie de famille. Vous êtes la preuve que c’est possible? Grâce à un cabinet flexible, ou parce que vous êtes très organisée?

Un peu des deux. Et je dirais même un peu des trois. Chacun doit mettre ses propres limites et ça dépend aussi de l’environnement que l’on a à la maison. Avec mon conjoint, le papa, on forme une équipe. On a élevé ces enfants ensemble, on est chacun avocat, on a chacun notre carrière. C’est extrêmement précieux.

Le cabinet est très flexible dans la mesure où les gens s’expriment. On trouve des solutions à tout. Je suggère aux jeunes d’essayer et de demander. Souvent, les gens se censurent et ne demandent pas quels accommodements seraient possibles. S’ils posaient la question, ils seraient très agréablement surpris.

Ça concerne aussi bien les mères que les pères, il faut demander des accommodements et le pire qui puisse arriver, c’est que quelqu’un dise non.

Avez-vous un rituel avant chaque plaidoirie? En tout cas, j’imagine que l’on ressent un certain stress avant?

Je n’ai pas de rituel, je devrais peut-être y penser! Avant la plaidoirie, oui, il y a une adrénaline, c’est ça le « high ». Mais c’est de la bonne adrénaline, ça n’indispose pas.

Que vous souhaitez-vous pour la suite?

J’imagine un peu la même chose que ce que j’ai eu. De belles opportunités, de belles équipes, de belles victoires. Un maintien de l’équilibre avec les enfants qui grandissent…
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