Me Marie Henein, avocate de Jian Ghomeshi
Me Marie Henein, avocate de Jian Ghomeshi
« Il n'y avait pas d'autres choix pour moi que de devenir avocate », déclarait Me Marie Henein au Canadian Lawyer, où elle raconte que son métier de criminaliste est une vraie vocation depuis l’école primaire.

En 2011, elle était listée parmi les 25 avocats les plus influents au Canada. Pas étonnant que ce soit elle que l’ancien animateur de CBC Jian Ghomeshi ait choisi pour assurer sa défense, alors qu’il fait face à plusieurs accusations d’agressions sexuelles.

Dans ce procès, où elle est assistée par Me Danielle Robitaille, Me Henein a déjà eu l’occasion de montrer ses talents lors du contre-interrogatoire des témoins à charge, qui est sa force. Très directe, l’avocate travaille à démonter la fiabilité des plaignantes : « Ses questions sont souvent des affirmations qui lui permettent de limiter les réponses des témoins à un oui plus souvent qu'à un non. Elle est très douée, elle fait un travail remarquable », a confié l’avocat Russel Silverstein.

Ce n’est pas le premier dossier de ce genre que l’avocate prend en charge ; elle a par exemple défendu David Frost, ancien entraîneur de hockey junior. Parmi ses anciens clients figurent aussi Gerald Regan, ancien premier ministre de Nouvelle-Écosse, et Michael Bryant, ancien procureur général de l'Ontario.

Une réputation de requin sans pitié

Résultats de ces procès : David Frost a été disculpé en 2008 des accusations d’exploitation sexuelle de ses joueurs, Gerald Regan a été acquitté de huit chefs d’accusation, dont viol, tentative de viol, attentat à la pudeur et séquestration, et Michael Bryant a vu abandonnées toutes les accusations qui pesaient contre lui, dont celle de négligence criminelle ayant causé la mort.

Ce dernier entretient la réputation de requin du tribunal de Me Henein dans son livre « 28 Seconds: A True Story of Addiction, Injustice, and Tragedy », publié en 2012, où il écrit que lors de l’interrogatoire de témoins l’avocate « semble communiquer avec Hannibal Lecter » et qu’ « elle trouve les faiblesses les plus profondes des gens et les exploite ».

Me Henein est en effet très réputée pour ses talents de plaideuse. « Il est important de développer l'art de l'argumentation dès qu'un client entre dans un cabinet d'avocats. Cela déterminera votre démarche, votre analyse de la loi, vos commentaires à la presse, votre approche par rapport aux témoins, votre façon de conduire un interrogatoire et un contre-interrogatoire », déclarait l’avocate lors d’un discours à la afculté de droit de l'Université de Windsor, en 2010.

Les confrères de Me Henein mettent en avant ses connaissances juridiques et la qualifient volontiers de courageuse, brillante, ambitieuse et perspicace. « Elle est très respectée parmi ses pairs à cause de son sens de l'éthique professionnelle », indique l’avocat torontois Me Jonathan Rosenthal, vice-président de l’Association des avocats criminalistes de l’Ontario.

Un mari et un frère avocats

Dans le milieu juridique, tout le monde s’attend à une grande performance de Me Henein dans le procès Ghomeshi. Il y a consensus sur le fait qu’elle réussira à prouver qu’il y a eu collusion ou conspiration entre les plaignantes, établissant ainsi un doute raisonnable en faveur de son client ; d’autant que les agressions sexuelles commises par des connaissances sont difficiles à prouver.

Plusieurs avocats ont affirmé qu’ils ne seraient pas surpris que Jian Ghomeshi soit acquitté…

Pour l’anecdote, avant que l’ancien animateur n’engage Me Henein pour sa défense, le Toronto Star rapportait une blague qu’elle avait glissée dans un discours lors d’un gala de l’Association des avocats criminalistes : « En tant qu’avocat criminaliste, nous représentons des gens qui ont commis des actes haineux. Des actes de violence. Des actes de dépravation. Des actes de cruauté. Ou, comme Jian Ghomeshi les appelle plus simplement, des préliminaires… »

Pas très « media-friendly »

Me Henein a étudié le droit à la Osgoode Hall Law School. Membre du Barreau de l’Ontario depuis 1992, elle a suivi une maîtrise de droit à l’université de Colombia en 1991. L’avocate a exercé au sein du cabinet Edward Greenspan, où elle est devenue associée, avant de passer à son compte en 2002 en ouvrant le cabinet Henein Hutchison avec l'ancien procureur Scott Hutchison. Ancienne présidente de la Advocates' Society, elle plaide aussi bien à la Cour d’appel de l’Ontario qu’à la Cour suprême du Canada.

L’avocate torontoise n’est pas très media-friendly : elle ne s’adresse jamais aux journalistes en entrant ou sortant du tribunal, quel que soit le client, justifiant qu’elle préfère plaider en salle d'audience plutôt que dans une mêlée de journalistes.

Quant à sa vie personnelle, Me Henein est née au Caire, et a immigré au Canada avec ses parents. Elle a eu deux enfants de son mari, l’avocat Glen Jennings, associé au bureau de Toronto de Gowlings. Son frère, Peter Henein, est lui aussi avocat, spécialisé en propriété intellectuelle au cabinet Cassels Brock.