Me Stéphanie Calicchia travaille comme criminaliste au cabinet Schurman, Grenier, Strapatsas
Me Stéphanie Calicchia travaille comme criminaliste au cabinet Schurman, Grenier, Strapatsas
Jeudi 5 avril, 8 heures 15. Me Stéphanie Calicchia allume le moteur de sa voiture, direction le palais de justice de Laval.

L’avocate de 25 ans, assermentée en 2017, travaille comme criminaliste au cabinet Schurman, Grenier, Strapatsas de Montréal, là où elle a fait son stage. « Ta grande bouche va te servir », lui avait dit sa mère, alors qu’elle commençait ses études.

Diplômée de droit à l’Université d’Ottawa, Me Calicchia ne vit désormais pas simplement de sa profession, mais d’une passion. « Je ne pouvais pas envisager de faire quelque chose qui allait m’ennuyer », explique-t-elle alors qu'elle monte sur l’A15, la radio en fond sonore, le GPS allumé pour ne pas se perdre.

S’exprimer devant la cour, vivre cette montée d’adrénaline, c’est un peu ce qui l’anime au quotidien.

Alors qu’elle se stationne au palais de justice de Laval, Me Calicchia sort sa toge de son coffre. Enfilée en quelques secondes, elle est prête à défendre les intérêts de son client, un homme accusé de conduite avec facultés affaiblies et de délit de fuite.

L’ombre de l’arrêt Jordan plane

Alors que la Couronne stipule que son client a déjà trois antécédents du même type, ce dernier n’en reconnaît qu’un seul. « Je vais demander un délai pour qu’on puisse vérifier tout ça. C’est presque sûr que le juge va me demander de renoncer aux délais d’ailleurs », dit-elle en pressant le bouton de l'ascenseur.

L’ombre de l’arrêt Jordan plane sur tous les palais de justice québécois. Il faut faire vite, selon les juges. Ou mettre le paquet pour justifier des délais.

Dans le hall d'entrée, elle consulte rapidement le rôle affiché, et grimpe les escaliers en faisant claquer ses talons aiguilles pour rejoindre la salle d’audience. Autour d’elle, des confrères, des policiers, des citoyens, et des procureurs de la Couronne, facilement identifiables aux chariots remplis de dossiers qu’ils poussent.

C’est d’ailleurs vers l’un d’eux que la jeune avocate se dirige, histoire de vérifier quelques informations. Et elle fait bien. « ll y a un malentendu entre le procureur désigné au dossier et celui présent dans la salle de cour, ainsi que sur l’intention de mon client. Il pensait que nous allions plaider coupable ! », explique-t-elle.

Après quelques coups de fil pour tout remettre en ordre, Me Calicchia pousse la porte de la salle d'audience. Une juge remonte les bretelles à un avocat, sous les yeux de ses confrères et de plusieurs citoyens. Au fond de la salle, une constable veille. Elle ne laisse rien passer. Même pas la paires de lunettes remontées sur le haut du crâne d'un spectateur.

S'enchaînent plusieurs dossiers après qu’un autre juge soit entré dans la salle : une femme qui a volé des vêtements, un homme qui devait effectuer des travaux communautaires, mais qui n'a pas été en mesure de le faire à cause de sa dépendance…Même un détenu est entré dans le box des accusés pour plaider coupable.

S’Inspirer des confrères

Me Calicchia pendant ce temps, attend son tour aux côtés d'autres avocats. Elle écoute attentivement la prestation de ses confrères. « J'aime regarder, voir comment ils approchent leurs dossiers, surtout les seniors. Je prends des notes mentales. À l'école on n'apprend pas vraiment comment se présenter au juge », explique-t-elle.

C'est donc surtout sur sa maître de stage, Me Valentina Corsetti et sur Me Solomon Friedman, un avocat qu'elle a rencontré durant un stage étudiant à Ottawa, qu'elle a pu compter pour passer de la théorie à la pratique.

Même si son intervention du jour face au juge Marc-André Dagenais est brève, Me Calicchia prend soin de s'adresser à lui clairement et de résumer rapidement la situation. Sûre d'elle, elle se lève et demande un délai pour faire quelques vérifications par rapport à ses antécédents allégués.

Contre toute attente, le juge ne lui demande même pas de renoncer aux délais et approuve en un rien de temps sa demande. « Je lui ai dit que notre intention était de régler le dossier, c'est peut-être pour ça... », dit-elle.

Il faut maintenant retourner au bureau à Montréal, où l'attend une cliente. Elle aussi a été arrêtée avec un taux trop élevé d'alcool dans le sang alors qu'elle était au volant.

Une fois la voiture stationnée, la jeune plaideuse dépose ses affaires à son bureau et court vers la salle de réunion rejoindre sa cliente. Celle-ci est nerveuse et encore un peu gênée par toute cette histoire. Elle écoute attentivement les explications de Me Calicchia.

La plaideuse reproche plusieurs choses aux policiers, dont le fait qu'ils ne disposaient pas de motifs raisonnables et probables leur permettant de mettre sa cliente en état d’arrestation pour conduite avec les facultés affaiblies.

« Pire encore, lorsqu'il lui ont dit qu'elle avait droit d'appeler un avocat, c'est mon numéro qu'elle leur a donné. Ils m'ont appelé deux fois sans succès et n'ont attendu que deux minutes pour directement appeler l'aide juridique. C'est contraire aux droits de ma cliente de choisir son avocat », explique-t-elle.

« On a le choix : on peut aller à procès ou plaider coupable et donc négocier avec la Couronne. Dans les deux cas, on risque la même chose, alors autant aller à procès, car tu pourras peut-être le gagner », conseille-t-elle à sa cliente qui semble lui faire confiance

Plus tard dans la journée, alors qu'elle devait rendre visite à un client détenu, elle apprend qu'il a été transféré dans une autre prison. Rien de grave pour elle. C'est aussi pour le côté imprévisible qu'elle a choisi de devenir criminaliste…

Droit-inc lance une série de reportages sur la pratique d'avocats et d'avocates qui ont entre un et deux ans de pratique. Si le projet vous intéresse, vous pouvez écrire à l'adresse suivante : delphinejung à droit-inc.com