Me Virginie Maloney
Me Virginie Maloney
Un an après le mouvement #MoiAussi, Juripop lance officiellement l’Aparté, un guichet d’information juridique destiné aux victimes de harcèlement ou d’inconduite sexuelle dans le milieu culturel.

«Nous sommes un service de ressources de premières lignes. Nous sommes le premier endroit où les personnes qui sont victimes de harcèlement psychologique ou criminel ou encore de violence au travail peuvent aller. Nous écoutons aussi ceux qui sont témoins de ce genre d’actes », explique Me Virginie Maloney, qui coordonne l’Aparté.

L’idée de créer un tel guichet – gratuit et confidentiel – est née en 2017, après que Juripop eu rencontré des femmes ayant dénoncé Gilbert Rozon.

Certaines de ses victimes présumées ont créé un groupe appelé Les Courageuses. Elles doivent rester dans l’ombre, le dossier d’enquête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) étant entre les mains du Directeurs des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

En date d'aujourd'hui, l’Aparté s’est chargé de 19 dossiers liés au mouvement #MoiAussi, dont cinq portés par des hommes. Sept dossiers sur les 19 concernent des cas d’agression sexuelle et six autres de harcèlement psychologique. Certains remontent à plus de 30 ans, d’autres à la semaine dernière.

Travailleurs vulnérables

La directrice générale de Juripop, Me Sophie Gagnon
La directrice générale de Juripop, Me Sophie Gagnon
Pour la directrice générale de Juripop, Me Sophie Gagnon et pour Me Maloney, les travailleurs du milieu culturel sont particulièrement vulnérables.

«Beaucoup sont des travailleurs autonomes, des pigistes, qui doivent faire face à une certaine précarité. Tout marche beaucoup aux contacts, au bouche-à-oreille et si un employé dénonce un mauvais comportement, il prend le risque de se faire blacklister. Aucune convention collective ne le protège », détaille Me Maloney.

Me Gagnon reconnaît que les problèmes de harcèlement et d’inconduite existent dans tous les corps de métier, notamment les secteurs où on trouve des rapports de pouvoir. D’ailleurs, l’Aparté a déjà reçu des appels de personnes qui n’ont rien à voir avec le milieu culturel.

« Dans ce cas, nous les dirigeons tout de même vers les ressources adaptées à leur demande, le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels ou encore le Groupe d’entraide et d’information sur le harcèlement au travail par exemple », dit Me Maloney.

Concrètement, lorsqu’une personne contacte l’Aparté par téléphone ou par internet, les avocats de Juripop – environ une douzaine – lui proposent une rencontre, puis l’orientent vers la meilleure ressource.

Me Gagnon regrette ne pas pouvoir pousser l’accompagnement jusque sur les bancs du tribunal. En effet, Juripop ne représente pas ceux qui les contactent, alors que la demande est réelle de la part des gens qui se tournent vers l’Aparté.

« Cela sort de notre mandat. Nous n’avons pas suffisamment de ressources. La seule personne dédiée à 100 % à l’Aparté, c’est moi », explique Me Maloney.

Ce mandat leur a été confié par l’Union des artistes (UDA), mais Me Gagnon assure que l’Aparté agit en totale indépendance.

320 000 dollars sur trois ans

« Notre mission est financée à hauteur de 320 000 dollars par le ministère de la Culture et notre mandat vient de l’UDA. Mais elle ne s’immisce pas dans notre gestion et les informations qu’on reçoit restent confidentielles », précise la directrice générale.

Ces 320 000 dollars couvent le salaire de Me Maloney et des autres avocats de Juripop, ainsi que les communications, les frais de fonctionnement et le transport.

« Je suis amenée à voyager dans tout le Québec. Je suis déjà allée en Gaspésie, à Sherbrooke et je vais aller en Abitibi… », énumère-t-elle. Ces déplacements permettent aussi à l’avocate de développer un réseau de partenaires locaux.

Limites du droit

Les deux avocates soulignent également que la loi actuelle n’est pas adaptée et elles constatent les limites du droit en matière de harcèlement psychologique et inconduite sexuelle.

« Les travailleurs autonomes ont peu de recours. Ils n’ont pas accès aux protections des lois du travail et ils sont limités aux recours civils, indique Me Maloney. Par ailleurs, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) traite les cas d’inconduite sexuelle comme des cas d’accident de travail. Or dans ce genre de dossier, l’employeur est impliqué, il aurait donc accès aux données personnelles de la victime. Ces possibilités sont particulièrement problématiques lorsque l’agresseur est également l’employeur de la victime.»

Le projet de l'Aparté s’étale sur trois ans. Et après?

« On espère arriver à le pérenniser dans le temps. En tout cas, nous allons tout faire pour que cela soit possible », dit Me Gagnon.