Un avocat, G. George Sand, qui a acheté des tableaux reconnu dérobés. Photos : istockphotos et aci-iac.ca
Un avocat, G. George Sand, qui a acheté des tableaux reconnu dérobés. Photos : istockphotos et aci-iac.ca
Un avocat de Westmount, G. George Sand, a déposé une demande introductive d’instance en Cour du Québec pour qu’il soit reconnu comme seul propriétaire de deux tableaux de l’artiste autochtone Norval Morrisseau.

Or, ces deux tableaux avaient été dérobés du Confederation college of applied arts and technology de Thunder Bay, en Ontario, en 1981.

Me Sand est un collectionneur d’art depuis une cinquantaine d’années. En juin 1981, le Barreau 1968 se rend dans une galerie d’art de l’avenue Monkland et aperçoit deux tableaux de Morrisseau, peints à l’acrylique, et d’une grandeur de 60 pouces sur 40 pouces. Séduit par les tableaux, il les achète pour 7000 $.

Le 19 décembre 2018, soit 37 ans plus tard, Me Sand est avisé par le Confederation college que ses deux tableaux uniques pourraient être ceux qui ont été dérobés au musée en 1981.

En février dernier, le directeur de la sécurité publique et de la gestion du risque du Confederation college, Mike Rozic, a confié à la CBC qu’aucune piste n’avait abouti à l’époque pour trouver les voleurs.

« Deux hommes sont entrés dans le collège en se faisant passer pour des travailleurs, et sont sortis avec quatre peintures. Évidemment, la police avait été appelée sur le coup. Une enquête a été menée, et évidemment ça n’a mené à aucune arrestation. »

Les deux autres peintures qui manquent à l’appel sont celles d’un autre artiste autochtone, Carl Ray.

M. Rozic explique que c’est un appel d’une conservatrice d’art montréalais qui a relancé les recherches du musée. La conservatrice s’était fait proposer d’acheter les peintures de Morrisseau et les a immédiatement reconnues comme celles qui avaient été volées en 1981.

Contacté par Droit-inc, Me Sand a demandé à ce qu’on s’adresse à son avocat dans ce dossier, Me James Khazzam. Ce dernier explique que le Confederation college n’a pas officiellement exigé le retour des tableaux, mais que son client souhaite que son droit de propriété soit respecté, comme il possède les preuves d’achat en bonne et due forme.

Selon Mike Rozic, chacun des deux tableaux vaudrait aujourd’hui entre 60 000 et 80 000 $.

Artiste phare

Norval Morrisseau est considéré par plusieurs le « Mishomis », ou grand-père, de l’art autochtone contemporain au Canada. Il est reconnu pour son utilisation de couleurs vives, ses représentations de légendes traditionnelles et de thèmes spirituels, ainsi que pour l’intégration de messages politiques dans ses œuvres, selon ce qu’on peut lire sur le site web de l’Institut de l’art canadien.

Né en 1931, sa carrière d’artiste peintre prend son envol en 1958 avec la rencontre d’un couple formé du Dr Joseph Weinstein et de sa femme l’artiste Esther Weinstein, qui l’aideront en lui fournissant des matériaux et l’éduqueront sur l’histoire de l’art.

Puis en 1960, il fera la rencontre de Selwyn Dewdney, un anthropologue et artiste, qui aidera Morrisseau à reconnecter avec ses racines autochtones, et à l’emploi de matériaux traditionnels, comme l’écorce de bouleau et le cuir, bien qu’il soutienne également ses premières expérimentations à l’huile. Ce sera sa décennie la plus prolifique.

Morrisseau a été une inspiration directe pour un certain nombre d’artistes autochtones dans les années 1970. Sa cadence de production s’essouflant au cours des décennies qui suivent, développe la maladie Parkinson et sombre dans l’oubli. Il aura toutefois l’honneur d’être exposé par le Musée des beaux-arts du Canada en 2006. Il décède l’année suivante.