Robert Grant a consacré 10 ans de sa carrière d'avocat pour la lutte pour l'éducation en français en Colombie-Britannique. Photo : Radio-Canada.
Robert Grant a consacré 10 ans de sa carrière d'avocat pour la lutte pour l'éducation en français en Colombie-Britannique. Photo : Radio-Canada.
Les francophones de partout au pays ont célébré récemment la victoire du Conseil scolaire francophone (CSF) et de la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique (FPFCB) en Cour suprême du Canada. Ils ne savent peut-être pas qu’un des avocats au coeur de cette lutte qui a duré 10 ans ne parle pas français.

Un heureux hasard

Il y a 10 ans, Robert Grant ne connaissait rien à la communauté francophone de la Colombie-Britannique. Comme il avait enseigné le droit constitutionnel, il connaissait l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit une éducation équivalente dans les deux langues officielles, mais il a dû tout apprendre de la communauté, à son grand bonheur.

« Ce qui a été génial avec cette cause, c'était non seulement de travailler sur un dossier fascinant, mais aussi d'avoir appris énormément de choses au sujet de la communauté, de ses luttes, non seulement pour l'éducation des enfants, mais le maintien de cette culture et l'établissement des institutions qui permettent la transmission de cette culture », raconte l’avocat de Vancouver.

« Tout ça était complètement nouveau et fascinant pour moi », poursuit Robert Grant.

D'abord embauché comme expert-conseil sur les procédures des tribunaux britanno-colombiens, il s’est retrouvé à plaider à toutes les étapes du parcours juridique, jusqu’en Cour suprême du Canada. Il dit avoir adoré de pouvoir plaider et ainsi de faire passer le message qu’il ne s’agit pas seulement d’un enjeu francophone.

« Les anglophones devraient se soucier des droits des francophones et les connaître », estime Robert Grant.

Découragé parfois, mais certain de la victoire

Il admet avoir été découragé parfois, surtout devant l'entêtement de la province à tout faire pour ralentir le dossier. Il n'a jamais douté que les francophones allaient gagner, mais il ne s'attendait pas à une victoire si décisive.

La prochaine étape sera la mise en oeuvre du jugement et il s’attend à un certain tollé de la part des anglophones quand la province commencera à délier les cordons de la bourse pour respecter le jugement qui donne, entre autres, une quinzaine d'écoles aux francophones.

« Quand je parle à des anglophones de la cause, leur réaction immédiate est de dire : "D’accord, il existe des droits, mais pourquoi devons-nous dépenser autant?" », constate-t-il.

« Je crois que c’est un point de vue typique de la majorité, parce les gens ne comprennent pas les avantages pour les francophones et les anglophones et ne comprennent pas que les francophones y ont droit et qu’on ne devrait pas accorder le financement à contrecoeur », poursuit Me Grant.

L’avocat allié des francophones a hâte de constater, dans les prochaines années, l'épanouissement du système scolaire francophone dans la province.

« Je me sentirai fier de ma petite contribution » en dit Robert Grant.
Ce que les francophones disent de lui

« Souvent, Me Grant était sidéré par le nombre et l’ampleur des injustices subies par la francophonie dans le domaine de l’éducation. Il a toujours dit, haut et fort, qu’il relevait du gros bon sens d’apprendre et de transmettre la langue française et de pleinement mettre en œuvre l’article 23 de la Charte », se rappelle Mark Power, avocat du CSF et de la FPFCB.

« C'était épatant ! Ça fait chaud au coeur de voir qu'un francophile de l'Ouest (il est originaire du Manitoba et a fait carrière à Vancouver) ait pu faire une contribution aussi importante à la francophonie de notre province. M. Grant a très certainement été un allié qui a su défendre nos droits avec brio! C'est un grand juriste qui arbore une vision moderne du Canada, laquelle taille une place importante au français », louange Marie-Andrée Asselin, directrice de la FPFCB.

« J'ai été particulièrement touchée et contente de passer du temps avec lui le matin du 12 juin, quand la Cour suprême a rendu sa décision. Il a célébré notre victoire avec nous en se remémorant différents moments du mégaprocès. Il était visiblement ému et très heureux pour la francophonie en Colombie-Britannique et ce que la victoire signifie pour elle », témoigne Marie-Pierre Lavoie, présidente du CSF.