Le juge Michel Beaupré. Photo : Site Web de la Cour d'appel du Québec
Le juge Michel Beaupré. Photo : Site Web de la Cour d'appel du Québec
Un policier qui vous arrête au volant peut-il attendre 15 minutes avant de vous administrer une prise d’échantillon d’haleine au moyen d’un appareil de détection approuvé (ADA)?

S’il a la preuve que vous venez tout juste de consommer de l’alcool, oui, car les résultats du test pourraient être faussés. Mais sinon…? La question mérite d’être tranchée, estime le juge de la Cour d’appel Michel Beaupré, qui s’est prononcé le 20 août dernier.

En avril 2019, Robert St-Louis a été déclaré coupable d’avoir conduit un véhicule avec plus de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang, dans le district de Baie-Comeau. Il a été condamné à payer une amende de 1000$, en plus de ne pas pouvoir conduire pendant un an.

Il a fait appel de la décision, mais sa requête a été rejetée par la Cour supérieure en juin dernier.

Droits suspendus

Il estime que ses droits ont été bafoués, puisque le policier lui a fait attendre 15 minutes avant de lui faire passer un test de dépistage, suspectant que le bonbon qu’il avait dans la bouche soit aromatisé à l’alcool.

Or, la règle est claire: le policier doit faire souffler le conducteur immédiatement dans l’ADA, à moins d’avoir une preuve claire de consommation récente d’alcool, martèle l’avocat de Robert St-Louis, Me Christian Maltais.

« Lorsqu’on fait passer un test de dépistage, les droits constitutionnels de la personne interceptée sont momentanément suspendus, explique-t-il. Si on attend 15 minutes avant de le faire passer, ce sont 15 minutes de détention supplémentaire. »

L'avocat de Robert St-Louis, Me Christian Maltais. Photo : Radio-Canada
L'avocat de Robert St-Louis, Me Christian Maltais. Photo : Radio-Canada
Son client avait un bonbon dans la bouche au moment de son arrestation, mais il affirme qu’il n’était pas à l’alcool. Le policier qui l’a intercepté aurait pris l’habitude de retarder le dépistage chaque fois que la personne qu’il arrête mange quelque chose, au cas où cela serait aromatisé à l’alcool.

« Ce n’est pas quelque chose de banal, c’est extrêmement délicat de retarder un test au bord de la route, alors que les droits constitutionnels sont suspendus », affirme Me Maltais.

En ce sens, «le requérant propose que l’appel qu’il souhaite former soulève une
question de droit d’importance qui transcende l’intérêt des parties», tel qu’on peut le lire dans le jugement.

« Je suis bien conscient des critères exigeants que le requérant doit satisfaire pour obtenir l’autorisation d’appel qu’il sollicite en vertu de l’article 839 du Code criminel, laquelle lui donnerait accès à un deuxième niveau d’appel et qui, pour cette raison notamment, n’est accordée qu’avec parcimonie selon la jurisprudence des juges uniques de la Cour », écrit le juge Beaupré.

Toutefois, l’importance « de l’exigence d’immédiateté », telle que garantie par la Charte canadienne des droits et libertés, et l’absence de jurisprudence en la matière ont convaincu le magistrat d’autoriser cette requête.

La sentence de M. St-Louis est également suspendue, en attendant que la question soit tranchée.

Le dossier devrait se plaider au cours des prochaines semaines, selon Me Maltais.