Patricia Fourcand, associée chez Miller Thomson.
Patricia Fourcand, associée chez Miller Thomson.
Dès l’âge de sept ans, Patricia Fourcand savait qu’elle deviendrait avocate un jour, comme les cinq générations de juristes qui l’avaient précédée dans sa famille en Haïti. Pourtant, son père lui disait : « Tu devrais plutôt aller en médecine, parce que personne ne t’acceptera dans ce milieu ici, étant donné que tu es une personne de couleur. »

« Quand on me dit que quelque chose est impossible, cela me donne encore plus envie de me battre pour prouver le contraire. Je suis de nature têtue ! », affirme en souriant celle qui est aujourd’hui à la barre du seul secteur en droit de la famille intégré dans un bureau national au Canada.

Une première avocate noire

Patricia Fourcand avait vu juste. Après des études de droit réalisées à Paris et à Ottawa, elle effectue en 1997 son stage en droit familial au sein du cabinet Desjardins Ducharme Stein, qui l’a embauchée dans la foulée.

« Et j’ai réalisé sur place que j’étais non seulement la première avocate de couleur à l’intégrer, mais aussi la première femme de couleur à y travailler ! raconte-t-elle. Il n’y avait personne à la peau noire dans le bureau, du tri du courrier au secrétariat. Ma première contribution à ce que je considère toujours comme une injustice a donc été d’ouvrir la voie à l’embauche d’autres personnes de couleur talentueuses. »

Cette ténacité, Patricia Fourcand l’a conservée au fil des années. En 2003, lorsqu’elle a intégré les rangs du cabinet Miller Thomson, elle a apprécié l’ouverture de sa direction aux femmes et aux minorités ethnoculturelles.

« Mais c’est encore un combat de tous les jours dans notre milieu en général, où il y a du profilage. Alors, comme l’a dit récemment Kamela Harris, “I may be the first, but won’t be the last”. Voilà pourquoi je m’investis personnellement dans des groupes de travail comme Panorama, dont le but est d’améliorer la diversité dans les professions juridiques. »

Être une femme et une avocate ambitieuse, c’est possible !

Me Fourcand n’a pas qu’un cheval de bataille. Elle milite à sa manière pour les droits des conjoints de même sexe, ainsi que pour la communauté haïtienne. Mais aussi pour l’avancement des femmes dans son milieu. Ce dernier se féminise de plus en plus, mais il représente encore un certain « Boys Club » à percer quand on veut graviter au plus haut niveau de responsabilités. « Et les femmes ne jouent pas à armes égales avec les hommes dès qu’elles ont des enfants, parce qu’elles doivent jongler entre une carrière exigeante et leur famille », explique l’avocate, qui est la représentante du cabinet dans le projet Justicia du Barreau du Québec.

Me Guy Gilain. Photo : Site web de Miller Thomson
Me Guy Gilain. Photo : Site web de Miller Thomson
Comment est-elle elle-même parvenue à avoir une carrière aussi réussie ? « En minutant tout mon temps quand mon fils était jeune, admet-elle. Chaque seconde comptait ! J’ai aussi fait des choix et n’ai pas eu peur de dire non à certaines offres. »

Une contrainte avec laquelle son confrère Me Guy Gilain, avocat associé du cabinet Miller Thomson, dont il dirige le secteur de la construction, est d’accord : « En 35 ans de pratique, j’ai vu ces inégalités, notamment dans ma spécialité qui est assez « macho ». Mais les choses ont changé. Un des dirigeants à la tête des trois plus importantes compagnies de construction québécoises, c’est une femme. Et des femmes comme Patricia font bouger les choses dans toutes les sphères. »

Une expertise unique au Canada

Me Gilain admire beaucoup Me Fourcand pour l’engagement dont elle fait preuve dans toutes les causes qu’elle défend. « Beaucoup de personnes le font simplement par la parole, avec un petit verre de vin en main. Mais en voyant Patricia, on constate immédiatement son implication dans l’éclat de ses yeux dès qu’elle évoque ces sujets. »

L’avocat est aussi émerveillé par le champ de pratique en droit familial de sa collègue, « hors des sentiers battus dans des bureaux nationaux comme le nôtre, concentrés en droit des affaires. » Cette spécialité inusitée permet à environ 10% des clients de Miller Thomson de s’adresser directement à Patricia Fourcand quand ils ont des problèmes d’ordre familial à gérer.

« Un certain nombre de mes dossiers me sont aussi référés par d’autres grands cabinets en droit des affaires », indique l’avocate, avant d’ajouter qu’elle a de la chance d’évoluer dans une entreprise au sein de laquelle elle peut compter sur l’expertise de ses collègues, ainsi que de pairs canadiens et étrangers lorsqu’il est question de fiscalité ou de succession dans ses causes.

La différence féminine en droit familial

Malgré l’exigence de sa carrière, de sa vie familiale et de ses engagements personnels, Patricia Fourcand est heureuse et fière de son cheminement. Elle voue une passion intacte à son métier, qu’elle a choisi, comme tout ce qu’elle entreprend, pour son côté humain.

« Il faut savoir y faire preuve à la fois de compassion et de discernement. Bref, amener des décisions et des solutions rationnelles à des personnes qui vivent une étape de leur vie qui est tout, sauf rationnelle. C’est un beau défi. »

Selon elle, le droit familial est un reflet de notre société et de nos valeurs. Et selon son collègue Me Guy Gilain, c’est sans doute en raison de leur doigté et de leurs capacités psychologiques que les femmes excellent dans cette spécialité.

« Patricia est un réel modèle en la matière, ajoute-t-il. Elle a un charisme, une intelligence, un enthousiasme débordants. C’est vraiment une personne exceptionnelle. » On ne peut qu’en être convaincu.

Série

À l’occasion de la Journée internationale de la femme, Droit-Inc vous propose ces deux prochaines semaines une série de portraits d’avocates passionnées qui ont su conjuguer leur pratique avec leur vie de femme et leurs convictions personnelles.