Me Bruno Lévesque et Me Martin Courville. Source : apaaq.ca
Me Bruno Lévesque et Me Martin Courville. Source : apaaq.ca
Deux têtes valent mieux qu’une dit le proverbe.

Me Martin Courville et Me Bruno Lévesque l’ont compris, eux qui forment maintenant la nouvelle tête dirigeante de l’Association professionnelle des avocates et des avocats du Québec (APAAQ).

Tous deux spécialisés en litige civil et commercial depuis plus ou moins 25 ans, ce nouveau duo espère maintenant contribuer « différemment » au rayonnement de la profession d’avocat.

C’est l’un des fils conducteurs de leur entretien avec Droit-inc : Mes Couville et Lévesque veulent promouvoir les « intérêts professionnels et socio-économiques » de leurs membres. C’est notamment sur le terrain de la réforme des tarifs de l’aide juridique que se situe leur combat.

D’ici à la fin de leur mandat, ils espèrent que l’Association aux 1 500 membres sera considérée comme un intervenant incontournable du milieu juridique. L’APAAQ a été fondée en septembre 2019.

Me Martin Courville se spécialise en litige depuis 25 ans et ancien bâtonnier de Longueuil, ainsi que Me Bruno Lévesque, ancien président du Jeune Barreau de Québec avocat et entrepreneur, exerçant également en litige civil et commercial depuis 24 ans, forment la nouvelle tête dirigeante de l’APAAQ.

Vous occupez la présidence de l’APAAQ. Comment avez-vous réagi en accédant à ses fonctions ?

Bruno : je suis flatté. Je trouve qu’il s’agit d’une belle opportunité pour faire rayonner différemment la profession d’avocat. La plupart des intervenants dans le milieu judiciaire sont présents pour protéger les intérêts du public, c’est ce qui guide leurs faits et gestes. Ils ne peuvent pas intervenir comme nous croyons pouvoir le faire : promouvoir la profession et protéger les intérêts socio-économiques de nos membres.

Martin : Pour ma part, je dirais que je suis heureux de reprendre du service au bénéfice des avocats, sans distinction de pratique ou encore de régions. J’apprécie hautement le fait de partager la responsabilité avec Bruno Lévesque, qui a toute mon admiration et ma confiance la plus totale.

Nous souhaitons que le message soit mieux entendu, plus répandu, d’autant que je suis de la région de Montréal, et Me Lévesque dans celle de Québec.

Quels sont les avantages et inconvénients de fonctionner sur le modèle d’une co-présidence ?

Bruno : Comme vient tout juste de le dire Martin, je dirais de se partager les tâches et d’utiliser les forces de chacun. J’ai un grand respect pour Martin. J’ai été impliqué auprès du Barreau, notamment comme président du Jeune Barreau de Québec et d’autres associations, et Martin a de son côté une implication plus récente.

Martin : Je n’y vois pas d’inconvénient. L’APAAQ compte 1 500 membres à adhésion volontaire. Les enjeux d’actualités pour la profession juridique sont nombreux et le fait d’être deux nous permet de porter notre message. Notre conseil d’administration nous a aussi défini un mandat clair, et nous pensons, à plus court terme, de faire des représentations sur la gratuité du plumitif en ligne. Il ne s’agit pas, à la base, de notre idée, mais il nous fait plaisir de la porter.

Être deux nous permet aussi de porter un message d’une collaboration accrue et respectueuse entre les avocats et la magistrature. À plus long terme, il y a toujours l’enjeu de la valorisation des avocats, qui doit être porté auprès de tous les intervenants juridiques. Enfin, nous voulons aussi, à plus long terme, continuer de faire les représentations nécessaires pour conserver les acquis de nos membres par rapport à d’autres professions qui posent de plus en plus des gestes qui étaient autrefois réservés à des avocats.

Quel est votre plan de match maintenant que vous occupez la co-présidence ?

Martin : À court terme, le plan de match est de continuer à faire connaître l’association aux membres, de faire connaître aux membres les services que nous offrons, dont celui d’accompagner les membres lors d’une enquête en déontologie. À court terme, nous voulons aussi continuer de faire des représentations pour rendre le plumitif gratuit, comme je le disais plus tôt.

Bruno : À plus long terme, nous voulons vraiment valoriser la profession le plus possible. Nous voudrions, cette année, identifier les obstacles et les irritants de la profession afin de les adresser avec courage. De notre côté, ce que nous sentons qui s'érode, c’est la relation magistrature-avocats. Pour la magistrature, les avocats ne sont pas parfaits, mais l’inverse est aussi vrai : il y a certaines améliorations à faire au niveau de la magistrature.

En visioconférence, par exemple, certains magistrats se présentent sans ordinateur ou tablette, ce qui fait en sorte que nous ne pouvons pas voir leur réaction lors de plaidoyer, ce qui est vraiment handicapant pour les avocats plaideurs et leurs clients. Nous aimerions que le ministère de la Justice fournisse l'équipement nécessaire aux magistrats pour que cette situation soit corrigée rapidement.

Où aimeriez-vous voir l’APAAQ à la fin de votre mandat ?

Martin : J’aimerais que l’Association soit un intervenant incontournable lorsqu’il est question des enjeux et intérêts socio-économiques des avocats, qu’il soit question d’être un interlocuteur auprès du Barreau du Québec et des intervenants des services judiciaires, ou auprès du ministère de la Justice.

J’aimerais que les travaux de l’Association soient reconnus et qu’elle soit reconnue par ses membres comme un lieu de discussion et de débats qui regroupe tout le monde. Un lieu où il y a de la place pour tout le monde sans égard pour leur domaine de pratique ou leur région respective.

Bruno : Je vais faire écho à mon expérience comme administrateur… Dans n’importe quelle association, un changement réussi implique l’adhésion des membres. Un bon administrateur communique l’information aux bons moments et laisse le temps à ses membres d’adhérer aux changements qu’il désire.

Prenons l’exemple de la transformation de la justice. La difficulté que rencontre le milieu – et je m’adresse ici directement au Barreau du Québec et au ministre de la Justice –, c’est que les discussions se font uniquement entre le Barreau, le ministère et la magistrature. Même si des idées extraordinaires et des idées de bonne foi y sont discutées, toujours est-il que le Barreau représente ses membres seulement dans une perspective de protection du public…

Avec l’APAAQ, nous voudrions, par exemple, devenir un joueur important de la transformation numérique, dans une perspective réaliste pour nos membres. Les avocats doivent participer à de telles discussions. En devenant un intervenant important, nous pourrons parler à nos membres et aux autres intervenants, et ainsi faciliter le changement.

Comment comptez-vous vous y prendre pour gagner en reconnaissance et crédibilité dans la communauté juridique ?

Martin : Tout passe par la qualité de nos représentations, qu’elles soient auprès du Barreau du Québec ou d’autres intervenants. De la même façon que tout passe par la qualité de nos communications auprès de nos membres. Nous sommes dans la diffusion du message et des services que nous offrons.

Vous comptez 1 500 membres. Avez-vous un objectif de recrutement pour l’année en cours ?

Bruno : Je crois qu’un chiffre précis a peu d’importance, bien que nous voulons l’augmenter.

Dans le milieu juridique, le Barreau du Québec, les Barreaux de sections et les Jeunes Barreaux sont à adhésion universelle. Un exemple simple : à une assemblée générale du Barreau du Québec – qui représente 28 000 membres – juste avant Noël, il y avait 100 membres participants à cette assemblée, tandis qu’il y en avait 200 sur 28 000 à l’assemblée générale annuelle.

1 500 personnes, qui font un geste positif à travers la province, c’est à mon avis extrêmement significatif et important, beaucoup plus qu’une adhésion universelle. Je ne veux pas partir une guerre, loin de là, je veux seulement souligner qu’un nombre absolu est fondamentalement subjectif. Ce n’est pas important.

Notre réel défi, comme le disait Martin tout à l’heure, est de poser des actions qui feront connaître davantage notre association. Sur les avocats et avocates, il y en a malheureusement plusieurs qui ne s'occupent pas des affaires du Barreau ou de l’Association. Leur focus est ailleurs. Notre principal défi est d’aller chercher cette adhésion volontaire, à un prix qui est vraiment symbolique.

Que diriez-vous à un avocat pour le convaincre de se joindre à l'APAAQ ?

Bruno : Je dirais qu’il est temps de se faire entendre comme groupe. Notre slogan est clair : la solidarité de tous pour la réussite de chacun. Ensemble, nous serons plus forts.

Il faut une voix provinciale forte et différente qui ne vise que la protection des intérêts des avocats.