Jérémy Gabriel s'est dit « ébranlé » par la décision de la Cour suprême. Source: Radio-Canada
Jérémy Gabriel s'est dit « ébranlé » par la décision de la Cour suprême. Source: Radio-Canada
Visiblement ébranlé par le jugement rendu en faveur de l'humoriste Mike Ward par le plus haut tribunal du pays au terme d'une saga judiciaire de 10 ans, Jérémy Gabriel a déclaré qu'il ne regrette pas d'avoir mené ce combat en dépit de l'intimidation et de l'humiliation qu'il a dû endurer.

Au cours d'une conférence de presse où il était accompagné du président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Philippe-André Tessier, Jérémy Gabriel a reconnu sa défaite avec émotion et humilité, se disant néanmoins fier d'avoir mené ce combat même si son issue ne lui a pas été favorable.

« S’il y a une leçon que j’ai apprise (…), c’est qu’il ne faut jamais sous-estimer la valeur de nos combats ni la force de nos convictions. Vous êtes tous à la hauteur des principes que vous défendez, vous en valez tous et toutes la peine » a déclaré Jérémy Gabriel.

« Les médias, les chroniqueurs, les humoristes ainsi que le public québécois ont tous été interpellés à un moment ou à un autre par la particularité d’un débat établi sur les blagues d’un humoriste sur le handicap d’un enfant », a déclaré le chanteur.

Affirmant comprendre que le rôle des juges était particulièrement délicat dans ce dossier en raison de l'importance que revêt la liberté d'expression dans notre société, M. Gabriel a reconnu qu'il ne sort pas indemne de cette saga. Malgré tout cela, a-t-il ajouté, « je ne regrette absolument rien de ce qui a été accompli depuis les dix dernières années ».

La bataille judiciaire dont je viens de sortir a duré presque 10 ans et a soutiré beaucoup de mon temps et de mon énergie. Non seulement il était question d’un litige très médiatisé devant les tribunaux, mais en plus d’un débat à la portée morale et sociale très polarisante.

« Au cours de ces dix années de combat, j’aurai plus appris sur l’humiliation que j’aurais souhaité en apprendre pendant toute une vie », dit-il.

Assurant que le but des poursuites qu’il a intentées contre Mike Ward « n’a jamais été de se victimiser » M. Gabriel a terminé son allocution en s’adressant à ceux et celles qui l’ont intimidé et insulté tout au long de cette saga judiciaire.

« Chaque insulte, chaque blague et chaque menace de mort aura été une raison de plus pour moi de poursuivre ce combat. À tous mes détracteurs, vous êtes toute ma force, vous êtes tout ce que je suis ».

Brève réaction de Mike Ward

De son côté, l'humoriste Mike Ward s'est fait discret en se limitant à une brève publication sur son compte Twitter soulignant sa victoire.

S'abstenant de toute démonstration de triomphalisme, M. Ward s'est contenté d'écrire en anglais sur son compte : « Nous l'avons fait Norm, nous avons gagné », en réponse à un ancien message d'appui de l'acteur et humoriste Norm Macdonald, décédé en septembre dernier.

À nos demandes d'entrevue, Mike Ward a répondu qu'il n'allait faire aucune déclaration publique.

François Legault prend acte

Interrogé sur le jugement du plus haut tribunal du pays, le premier ministre François Legault a expliqué qu’il n’avait pas encore lu la décision, qu’il en prenait acte, tout en soulignant au passage que la liberté d’expression n’a pas que de bons côtés.

« C'est vrai que des fois, les humoristes sont durs, entre autres à l'égard des politiciens (sourire). Mais à un moment donné, aussi, si on commence à interdire des sujets… » a déclaré le premier ministre du Québec.

La fin d'une saga

Dans une décision partagée de cinq juges contre quatre, le plus haut tribunal du pays a tranché en faveur de Mike Ward en expliquant que les blagues de l’humoriste à l’endroit du chanteur, bien que méchantes, ne constituaient pas de la discrimination au regard de la Charte québécoise des droits et libertés.

La Cour suprême a donc estimé que le Tribunal des droits de la personne n'avait pas les compétences nécessaires pour rendre un jugement sur la plainte de M. Gabriel, puisqu'il ne s'agit pas de discrimination.

Mike Ward contestait une décision du Tribunal des droits de la personne de 2016 le condamnant à payer 35 000 $ de dommages à Jérémy Gabriel et 7000 $ de plus à sa mère, Sylvie Gabriel.

En novembre 2019, dans une décision partagée, la Cour d'appel avait confirmé le premier jugement, mais éliminé le montant accordé à la mère de Jérémy. C’est à ce moment que Mike Ward a interpellé le plus haut tribunal du pays.

Jérémy Gabriel, qui est atteint du syndrome de Treacher-Collins, une maladie congénitale caractérisée, chez lui, par des malformations à la tête et une surdité profonde, estimait pour sa part que l’humoriste avait dépassé les bornes en se moquant notamment de son handicap.