Me François Doré, 60 ans, exerce depuis 1974. Hormis une escapade de deux ans à Montréal, il a toujours travaillé dans la section. Généraliste, il a axé sa pratique sur le droit familial et successoral. Cette année, il a accepté le mandat de bâtonnier et se retrouve à la tête de 600 avocats.

Le bâtonnat en région

Bénévolat, tel est le maître mot du fonctionnement du bâtonnat en région. Alors, quand on a un bureau à gérer, pas toujours facile de consacrer du temps à son ordre. C’est en ces termes que la problématique s’est également posée à Me Doré, qui a pris la direction du barreau un peu pour rendre service, autant que pour se mettre à la disposition du public.

Maintenant, il assume pleinement la fonction et à des projets en quantité pour son barreau.

Sa mission première, dans la droite ligne de la protection du public, c’est de s’assurer que tous les membres dispensent des services de qualité. Alors, le barreau investi dans la formation de ses membres. Depuis plusieurs années, des ateliers de formation gratuits sont dispensés. Cette année, une journée supplémentaire à un coût modique aura même lieu en novembre.

Me Doré voudrait faire plus. Il cite l’initiative Pro Bono, organisée par le barreau du Québec. Il n’y a pas encore de membres de sa section. Mais, c’est peut-être inhérent à la réalité de la profession en région. « Les avocats en région ne comptent pas leurs heures pour les clients et ils ont parfois des difficultés à se faire payer. Alors, c’est dur de leur demander de travailler gratuitement en plus », concède-t-il.

Attirer en région : une problématique complexe

La situation géographique de la section de Richelieu, proche de Montréal, est sa force et sa faiblesse à la fois.

Sa force. Le barreau longe la rive Sud du Saint-Laurent, et s’étend de Valleyfield à Sorel. Cette proximité avec Montréal attire les jeunes, qui sont tentés par une pratique dans des petits bureaux et par la qualité de vie offerte, sans être prêts toutefois à s’éloigner trop des grands pôles urbains.

Sa faiblesse. Plus on se rapproche de Montréal, plus la compétition augmente. C’est un enjeu de taille pour le barreau. Il lui faut résister à l’attraction de la métropole. Un défi que le bâtonnier semble prêt à relever, en deux temps.

« Il faut convaincre les gens qu’ils peuvent obtenir des services d’aussi grande qualité que ceux qu’ils peuvent obtenir à Montréal, indique le bâtonnier. Nos avocats y sont aussi compétents et spécialisés, pour des coûts horaires moindres. »

Faire venir les jeunes. Mais pas n’importe où, ni n’importe comment.
« Il y a de la place, mais il faut être malin, assure le bâtonnier. L’attraction des grands centres est si forte qu’ils ne font plus l’effort de regarder ailleurs », déplore-t-il.

Le message qu’il véhicule est de ne pas s’installer en région, la fleur au fusil, sans plan de carrière. Il est possible de trouver de belles perspectives professionnelles dans la section de Richelieu, mais à condition d’évaluer le marché avant.

« Il faut que les jeunes regardent les aides à l’installation du barreau du Québec », dit-il. Puis, le bâtonnier sort des sentiers battus. On croirait que les régions font la part belle aux généralistes. Ce n’est plus vrai pour sa section. « En région, on a besoin de spécialistes. Que les jeunes fassent la recherche, ils verront qu’on a besoin d’eux ici. »

L’homme a des idées et entend les défendre. Assez pour se laisser séduire par le poste de bâtonnier du Québec ? Réponse négative. « Je ne crois pas que je vais être sur les rangs. Pour moi, c’est important de vivre en région. Le rythme de vie me convient. Je ne suis pas prêt à abandonner les petites terrasses où dîner près de la rivière Richelieu. »