D'après Roy Heenan, la dissolution du cabinet est la conséquence de rivalités et de conflits inter-bureaux, notamment entre Toronto et Montréal
D'après Roy Heenan, la dissolution du cabinet est la conséquence de rivalités et de conflits inter-bureaux, notamment entre Toronto et Montréal
D'après Roy Heenan, la dissolution du cabinet créé en 1973 et dont il fut l'un des fondateurs, est la résultante de rivalités et de conflits inter-bureaux, notamment entre Toronto et Montréal, rapporte The Gazette.

Divergences internes

Le cabinet était en bonne santé financière mais chaque bureau pensait qu'il fallait faire mieux ou que c'était la faute d'un autre, révèle M. Heenan. Quand dans un bureau national, les membres commencent à se blâmer les uns les autres, en résultent de véritables combats entre bureaux et l'issue est souvent fatale.

Il explique que des désaccords existaient aussi entre les différents groupes de pratique, y compris celui de droit du travail et de l'emploi.

Me Kip Daechsel, co-associé
Me Kip Daechsel, co-associé
Âgé de 78 ans, M. Heenan a quitté la présidence du conseil d'administration de Heenan Blaikie en 2012. À la suite de son départ, la tête du cabinet a été confiée à Mes Robert Bonhomme et Kip Daechsel, co-associés directeurs nationaux.

Les deux avocats, qui comptaient plus de 20 ans de carrière dans la firme, ne s'entendaient pas bien rapporte La Presse, et il n’y avait alors plus de président pour montrer la direction à suivre.

Rappelons, Droit-inc a appris mercredi, le jour de l’annonce de la dissolution, que Me Bonhomme quittait le bureau montréalais de Heenan Blaikie pour rejoindre BLG avec une équipe d’une dizaine d’avocats en droit du travail.

Toujours selon La Presse, la culture amicale qui régnait au bureau depuis 40 ans aurait également disparu alors que les avocats qui ne facturaient pas assez se voyaient remerciés. Une crise de confiance s'en serait suivie, engendrant le départ de nombreux associés.

Dissolution inutile

Me Robert Bonhomme a quitté le bureau montréalais de Heenan Blaikie pour rejoindre BLG.
Me Robert Bonhomme a quitté le bureau montréalais de Heenan Blaikie pour rejoindre BLG.
M. Heenan indique être dérangé par cette dissolution qu'il juge inutile. Selon lui, le cabinet aurait généré un volume d'affaires de 222 millions $ et des profits de 75 millions $ l'an dernier, tandis que le mois de décembre aurait été l'un des meilleurs mois de l'histoire du bureau, avec 35 millions $ de facturation.

Les bureaux de Sherbrooke et de Trois-Rivières ont également confirmé cette semaine être en excellente santé financière et ne connaître aucun problème de rentabilité.

Pourtant, plusieurs sources ont révélé aux médias que depuis un an, rien n'allait plus pour le cabinet canadien qui aurait gelé les salaires et retenu les versements de dividendes des associés. Leurs revenus auraient baissé de 10 à 15 pour cent, occasionnant le départ de bon nombre d'entre eux au cours des dernières semaines, leurs clients sous le bras, affectant un peu plus le chiffre d'affaires du cabinet.

Par ailleurs, la baisse des activités en fusions et acquisitions n’aurait fait qu’accentuer la tendance.

Dans son communiqué annonçant la dissolution du cabinet, Heenan Blaikie indiquait que «la décision faisait suite à une analyse approfondie des options de restructuration possible dans le contexte actuel du marché des services juridiques au Canada.»

Ambiance de travail vs. préoccupation financière

M. Heenan est l'un des trois associés fondateurs du cabinet national qui fêtait cette année son quarantième anniversaire.

Donald Johnston et Peter Blaikie venaient juste de quitter Stikeman Elliott quand Heenan leur a fait part de son intention de créer une grande firme en litige et en droit du travail. Le cabinet Johnston Heenan Blaikie fut créé sur une poignée de mains, sans contrat ni convention d'actionnaire.

Me Guy Dufort a rejoint par la suite les trois autres associés et contribua à la croissance du bureau qui comptait jusqu'à, il y a quelques mois encore, 500 avocats.

À l'époque la firme était plus préoccupée par le maintien d'un environnement de travail agréable que par l'obtention de revenus toujours plus élevés, souligne M.Heenan.

Selon lui, Heenan Blaikie était l'une des firmes où l'ambiance de travail était la plus agréable, avant que tout ne bascule il y a environ un an et demi.