Sophie Audet est coach d'affaires
Sophie Audet est coach d'affaires
Amélie est une jeune avocate qui pratique le droit commercial au sein du contentieux d’une entreprise montréalaise.

Sophie Audet, coach d’affaires, l'assiste dans le développement de son leadership et répond aux questions qu’elle se pose quand elle est mise en difficulté dans le cadre de situations professionnelles.

A: Coach
De: Amélie
Sujet : Inaccessible étoile
Date: 1 juin 2016 10: 33

Allo Coach,

J’espère que tu vas bien.

Tout d’abord, merci pour l’aide que tu m’as apportée par rapport aux biais de notre cerveau. Je vais faire un effort conscient pour garder ceci en tête.

Aujourd’hui, c’est un sujet complètement différent pour lequel j’ai besoin de tes lumières. Je suis « perfectionaholic » et je réalise que ceci me fait brûler énormément d’énergie.

C’est comme si je devais toujours tendre vers un idéal ambigu. Un très haut niveau de qualité qui s’applique à exactement tout ce que je suis et j’entreprends.

Que ce soit pour les conseils juridiques que je donne, les mémos ou des contrats que je rédige, mes communications verbales, les résultats que j’obtiens, ma façon d’entrer en relation avec autrui, ma façon de m’habiller et de me comporter, ma façon d’être avec mes proches, j’ai constamment en tête cet idéal diffus.

J’ai l’impression de courir après la fameuse inaccessible étoile de chanson de Jacques Brel et qu’elle se défile dès que je m’en approche… C’est complètement épuisant.

Peut-on changer notre attitude face au perfectionnisme? Si oui, comment peut-on s’y prendre? Comment assumer son imperfection?

Ciao et merci d’avance!

Amélie



A : Amélie
De : Coach
Sujet : « Le plus difficile et le plus extraordinaire à la fois, c’est de renoncer à la perfection pour commencer à travailler à devenir soi-même » Anna Quindlen (1)
Date: 1 juin 2016 – 18 : 16

Bonjour Amélie,

Brené Brown, chercheuse et professeur à l’Université de Houston a effectué des recherches approfondies sur le perfectionnisme.(2)

Tout d’abord, elle nous apprend que le perfectionnisme constitue un système de croyances voulant que si on a une vie parfaite, une apparence parfaite et des comportements parfaits, on peut minimiser ou éviter la douleur des reproches, du jugement et de la honte.

Elle nous apprend également que le perfectionnisme ne signifie PAS un effort sain visant à s’améliorer et à atteindre des objectifs ambitieux. Il consiste plutôt à un désir d’être perçu parfait dans le but d’obtenir l’approbation et l’acception.

Ce système de croyance est autodestructeur puisque la perfection est inatteignable et qu’il n’existe aucune façon de contrôler la perception des autres, ceci, quels que soient le temps et énergie que nous investissons à y parvenir.

Nous incitant à éviter les opportunités pouvant nous rendre vulnérables, le perfectionnisme constitue un frein important à l’épanouissement personnel et à la réussite. De plus, il nous fait ressentir de la culpabilité (ex. « j’ai fait quelque chose de mal »), de la honte (ex. « je ne suis pas bon ») et crée beaucoup d’anxiété. (3).

Les données recueillies par Brené Brown révèlent que nous avons tous à un moment ou à un autre une tendance au perfectionnisme. Pour certains, il n’émerge qu’en situation de grande vulnérabilité. Pour d’autres, il est compulsif, chronique, débilitant et semblable à une dépendance. (4) C’est chez les femmes professionnelles que ce système de croyance est le pus fréquent. (5) Il est très présent chez les avocates.

À partir du moment où nous devenons conscients de ce qui précède, comment pouvons-nous sortir de ce piège?

Voici quelques pistes :

1) Transformer notre idéal ambigu en objectifs mesurables

De manière concrète, qu’est ce que cela veut dire pour nous l’excellence par rapport à notre travail? Quels critères doivent être rencontrés pour que nous puissions nous donner un 9 sur 10 par rapport aux aspects les plus importants? Ne sommes-nous pas les personnes les mieux placées pour évaluer notre performance? Comment espérons-nous atteindre l’excellence et en être satisfaits si nous n’avons même pas pris le temps de définir ce que cela signifie pour nous?

Transformer notre idéal ambigu en objectifs clairs, précis, stimulants, réalistes, spécifiques et mesurables (6) nous permettra d’évaluer nos réalisations en fonction de critères objectifs et d’avoir une appréciation honnête de ce qui peut être amélioré.

Nous concentrer sur notre processus aura comme effet inévitable de nous rendre plus libre par rapport à l’opinion et au jugement des autres.

2) Développer le muscle de la compassion pour nous-mêmes

Pour venir à bout du perfectionnisme, nous avons besoin de reconnaître notre vulnérabilité par rapport au jugement et au blâme et de développer notre résilience quant aux émotions désagréables que cela provoque, y compris la culpabilité et la honte.

Selon le Dr Kristin Neff, professeur et chercheuse à l’Université du Texas, la première étape pour atteindre cette résilience est de développer le muscle de la compassion pour nous-mêmes (7).

Ainsi, lorsque nous nous ne sentons pas à la hauteur, faire l’effort conscient de demeurer chaleureux, amical et compréhensif envers soi, plutôt que d’ignorer nos émotions négatives ou de nous autoflageller pourra faire toute la différence.

Pour déjouer les mauvais tours de notre égo, on peut se demander comment nous nous y prendrions pour rassurer un ami se sentant inadéquat dans les mêmes circonstances. Ce petit exercice peut paraître simpliste à première vue mais est très puissant (8).

Par ailleurs, prendre conscience que l’autodévalorisation n’est PAS une épreuve qui nous arrive uniquement à nous mais plutôt une expérience humaine qui n’épargne absolument personne peut également aider.

3) Accepter de faire face à ce que nous pensons de nos imperfections

Nous ne sommes pas le ou la meilleur(e) en tout et n’avons pas besoin de l’être. Lorsque nous nous sentons éclipsés par un talent ou un génie plus grand, un plus grand statut ou un plus grand accomplissement, arrêtons nous immédiatement: la seule personne réelle en nous, c’est nous.

Il s’agit de quelque chose de fondamental puisque ce à quoi nous porterons attention sera nourri et évoluera. Ainsi, si nous portons attention à la comparaison, nous nourrirons un sentiment de frustration, d’insuffisance et d’insatisfaction. Si nous avons le courage de nous faire face, quoi que nous pensions de nos imperfections, nous pourrons les accepter et nous améliorer.

Lorsque nous ressentons un sentiment d’insuffisance dans une situation, une stratégie efficace consiste à identifier une chose spécifique à améliorer et de consacrer par la suite du temps et de l’ énergie pour le faire.

Les recherches des deux dernières décennies ont démontré que le facteur déterminant du succès d’un individu n’est pas son intelligence ou ses compétences mais plutôt l’attitude de cet individu de persister face aux difficultés, d’apprendre et de se développer. (9)

Il s’agit d’un constat énorme et très inspirant. En effet, embrasser le fait que nous pouvons évoluer et qu’il s’agit du critère le plus important du succès augmente la confiance en soi et le courage. C’est ce qui nous donnera l’audace de déposer le bouclier de la perfection, de devenir de plus en plus authentiques et de manifester le meilleur de nous mêmes.

Quels sont tes constats?

Ton coach

A : Coach
De : Amélie
Sujet : Merci !
Date: 2 juin 2016 – 8 : 45

Allo Coach,

Wow.

Je suis sidérée à quel point ce que tu décris reflète mon expérience.

Le perfectionniste est encore plus présent dans mon fonctionnement que je le pensais.

Je constate que j’ai besoin d’un programme intensif pour développer mon muscle d’auto-compassion. Malgré le travail que nous avons fait ensemble dans les dernières années, mon discours intérieur demeure sans pardon.

J’ai toujours pensé que ce discours était ce qui me permettait de performer. Je comprends maintenant que cela me nuit. Comme il s’agit de quelque chose que j’entretiens depuis longtemps, j’ai besoin d’aide pour m’aider à gérer cela dans le quotidien.

Es tu disponible pour une rencontre en personne lundi prochain?

Merci encore!

Amélie

Un coach professionnel est une personne bien placée pour vous aider à développer votre leadership personnel.

Pour plus d’information, Consulter mon site web à www.sophieaudet.ca . Suivez moi sur Facebook.

(1) Anna Quindlen, Being Perfect, 2005
(2) The Gift of Imperfection, Brené Brown, 2013.
(3) Voir note 1
(4) Voir note 1
(5) Voir l’excellente conférence Ted sur ce sujet :
https://www.ted.com/talks/reshma_saujani_teach_girls_bravery_not_perfection
(6) Il s’agit des fameux critères S.M.A.R.T. (en anglais) ou R.A.M.P.S. (en français). Voir aussi New Developments in Goal Setting and Tak Performance, publié en 2013 par les auteurs Edwin Locke et Gary Lathan.
(7) http://compassionatemind.org.au/resources/ewExternalFiles/Self-Compassion-An-Alternative-Conceptualization-of-a-Helath-Attitude-Toward-Oneself.pdf
(8) Pour plus de détails sur les travaux de Krisin Neff et pour les outils permettant de développer l’auto-compassion voir http://self-compassion.org
(9) Carol Dweck, professeur à Standford a démontré que ce n’était pas l’intelligence et les compétences qui menaient au succès mais le fait que les individus approchent leurs objectifs avec un « fixed mindset ». ou un « growth mindset » . Le résultat de ses recherches constitue une révolution par rapport aux croyances auparavant véhiculées dans le monde des affaires. Pour plus d’information : Mindset, Carol Dweck, 2006.