Condamné à 10 000 $ pour avoir traité un Noir de « singe »
Condamné à 10 000 $ pour avoir traité un Noir de « singe »
La Tribunal des droits de la personne en est venu à la conclusion qu’un propriétaire a traité un locataire commercial d’un de ses immeubles de « singe », « singe Noir » et « imbécile ».

Kutuojo Guzoraky demandait au Tribunal de condamner George Kyres à lui verser 250 000 $ en dommages moraux et 50 000 $ en dommages punitifs. Au final, la juge Magali Lewis a estimé que M. Guzoraky méritait 5000 $ en dommages punitifs et 5000 $ en dommages moraux.

Ce dernier se représentait seul, alors que M. Kyres avait embauché Me Laurent R. Kanemy de Nelson Champagne.

La relation d’affaires entre les deux hommes débute en 2014 alors que M. Guzoraky rachète les activités d’un restaurant rapide situé dans l’immeuble de M. Kyres. Ce n’est qu’en 2016, toutefois, que les problèmes commencent.

À l’hiver 2016, l’entreprise de Kutuojo Guzoraky rencontre des difficultés à honorer son loyer à la date prévue. Si bien que l’entreprise de M. Kyres, Realco, transmet une mise en demeure à son locataire, et le visite quelques jours plus tard en juin.

« Lorsque M. Kyres voit M. Guzoraky, il lui reproche que les chèques de loyer de mai et juin n’ont pas été honorés, de ne jamais être à son restaurant et de ne pas s’occuper de ses affaires. Il le sermonne aussi parce que la climatisation du restaurant ne fonctionne pas depuis 10 jours et dit au sujet de l’ouvrier qui est sur place pour effectuer la réparation : “You have a monkey that is here and that has no idea” », est-il écrit dans le jugement.

« M. Guzoraky demande à M. Kyres s’il traite l’ouvrier de singe et si c’est parce qu’il est Noir. M. Kyres répond “Not because he is black, I don’t give a fuck…”. (...) M. Guzoraky essaie de lui parler au sujet des retards de paiements, mais il ne le laisse finir aucune de ses phrases, quitte les lieux sans demander son reste, en suggérant à son locataire de communiquer avec son avocat », continue le jugement, soulignant que cet échange est enregistré.

M. Guzoraky fait appel à quatre témoins, son père, son frère, un ami et une ex-employée, qui ont tous affirmé que M. Kyres avait eu des propos dégradants à son endroit.

C’est après ces incidents, et nombreuses venues inopportunes de M. Kyres dans son restaurant, que M. Guzoraky décide de porter plainte à la Commission des droits de la personne.

La Commission lui explique qu’il a une cause pour se plaindre devant le Tribunal, mais qu’il n’y a pas de difficulté particulière, donc elle ne le représentera pas.

Plombier et arrestation

Le 24 mai 2018, M. Kyres se pointe au restaurant de M. Guzoraky, qui est absent, pour un problème de toilettes. M. Kyres demande au plombier, de race noire, de montrer ses cartes de compétence, et se rend compte qu’il n’en a pas.

À l’arrivée de M. Guzoraky, « il manifeste son mécontentement face à l’ingérence des frères Kyres dans ses affaires. Selon George et Vasilios Kyres, M. Guzoraky les pourchasse et les menace de mort, vexé qu’ils lui tournent le dos pour s’en aller sans l’écouter », est-il écrit dans le jugement.

Les policiers sont appelés et « M. Guzoraky est arrêté, menotté et accusé de menaces de mort sur les personnes des frères Kyres, accusations qui sont abandonnées sans que le Tribunal comprenne pourquoi ».

M. Kyres a aussi reproché à son locataire « d’avoir les moyens de conduire une Porsche et de porter des vêtements griffés, mais de ne pas payer son loyer ». De son côté, M. Guzoraky allègue que le comportement de son propriétaire a fait fuir sa clientèle au point où il a dû finalement fermer boutique le 10 janvier 2019, un argument que ne retiendra pas le Tribunal.

Au final, le Tribunal a estimé que George Kyres a véritablement traité Kutuojo Guzoraky de « singe » et de « singe noir », propos « utilisés de façon péjorative pour désigner et humilier les personnes racisées, incluant les personnes noires ».