Ying Ying Rong
Ying Ying Rong
« J’ai été victime de racisme, de sexisme à cause de ma culture. J’ai vécu de l’intimidation lorsque j’étais jeune (...) Ça n'a pas été une enfance facile ».

Jointe par Droit-inc, Ying Ying Rong choisit de dénoncer le racisme à visage découvert.

Née en Chine, établie au Canada depuis l’âge de 4 ans, la bachelière en droit civil de l’Université d’Ottawa recourait récemment à sa plume pour dénoncer le racisme sur la plateforme LinkedIn.

1 160 mentions « j’aime » plus tard, elle accepte de revenir sur le sujet. C’est d’ailleurs un texte publié sur notre site internet qui l’a poussé à l’action…

Au commencement était… Droit-inc!

C’est en lisant une chronique de Me Julia J. Yu, publié sur Droit-inc le mois dernier, que Ying Ying Rong a eu une révélation.

« L’une des phrases que j’ai retenue, à la fin, est celle où Me Yu invite “les victimes à briser le silence” et à partager leurs expériences ».

C’est à ce moment que Mme Rong a compris qu’elle désirait, elle aussi, « partager » son histoire.

« La plupart des gens savent ce qu’est l’intimidation, le racisme, le sexisme, mais je crois aussi que plusieurs ne saisissent toujours pas les conséquences concrètes de tels gestes sur une personne, l’ampleur qu’ils peuvent avoir », explique la bachelière en droit.

Elle se dit aussi affectée par des « actes très haineux » qui ont été commis contre des communautés asiatiques, au Canada et aux États-Unis, depuis le début de la pandémie.

Elle-même victime de racisme, elle se remémore les surnoms péjoratifs que des garçons de son école primaire lui attribuaient. Ils s’amusaient notamment à détourner le sens de son prénom pour s’en moquer.

« Il me donnait des surnoms comme “string”, en plus de faire des bruits de moto avec celui-ci », raconte-t-elle.

Elle se souvient surtout d’un incident où des garçons lui ont lancé des boules de neige qui contenaient des morceaux de glaçons. Ying Ying Rong, encore aujourd'hui, est marquée par l’absence de réaction de son enseignante de cinquième année.

« J’ai pleuré. Ma professeure a été témoin de la scène. Ces gars-là étaient dans ma classe, et l’un d’eux avait son bureau près du mien (...) la prof l’a seulement déplacé à un autre bureau C’est tout ».

« Si la prof ne lui explique pas ce qu’il a fait de mal, comment le simple fait de le changer de pupitre va-t-il le conscientiser? », questionne-t-elle.

Conscientiser

« Honnêtement, je ne m’attendais pas à obtenir autant de réactions ». Ying Ying Rong peine à croire au rayonnement qu'a obtenu sa publication.

« Je ne m’attendais pas à me retrouver avec des milliers de réactions sur cette publication. Je suis quand même assez contente que beaucoup de gens l'aient vue et reposté pour qu’elle puisse se propager ».

C’est d’autant plus surprenant pour elle qu’elle prenait la plume avec l’intention de conscientiser et de sensibiliser. Elle l’exprime d’ailleurs clairement. Elle a choisi de publier sur LinkedIn pour susciter une « prise de conscience » sur l’enjeu du racisme.


Source : LinkedIn / Ying Ying Rong

La future avocate mise sur l’éducation pour renverser ce fléau. « Je précise, à la fin de ma publication, qu’il est important d’éduquer les gens. Ce n’est pas la quantité à laquelle le message est diffusé, c’est vraiment la qualité », illustre Ying Ying Rong.

Une force tranquille

Avec le recul, même si elle admet que son enfance a été difficile, Ying Ying Rong considère que le racisme, le sexisme et l'intimidation ont contribué à forger sa résilience et son caractère.

« Je ne me laisse pas faire, même si je tends souvent à me taire. En sixième année, comme je le disais, je me battais avec les garçons parce que j’en avais assez ». Elle estime qu’elle est souvent vue comme une underdog.

« Beaucoup me sous-estiment, et je me dis à chaque fois que je vais leur montrer que je suis meilleure qu’eux ». Elle ne veut plus se « laisser sous-estimer par les autres ».

Après des « idées suicidaires », des problèmes d’estime personnelle et un secondaire difficile, Mme Rong a rencontré une travailleuse sociale en secondaire 4 et en secondaire 5 qui l’a aidée à reprendre pied.

C’est à peu près à ce moment qu’est survenue son épiphanie pour le droit : elle s’est lancée dans une technique juridique au Cégep. « Quand j’ai vu l'aperçu de technique juridique, je suis juste tombé en amour ».

Elle espère maintenant être admise au Juris Doctor, à l’automne prochain, toujours à l’Université d’Ottawa.

Qu'elle y soit admise ou non, elle pourra toujours compter sur sa plume et son expérience de vie pour relever les embûches qui se dresseront en travers de son chemin.