Marie-Claude Girard, l'auteure de cet article. Photo: Site web de Coalition Laïcité Québec
Marie-Claude Girard, l'auteure de cet article. Photo: Site web de Coalition Laïcité Québec
« Partout dans le monde, et en particulier au Québec, l’émancipation des femmes n’a pu se faire sans leur émancipation des religions », voilà ce qu’affirmait la regrettée féministe universaliste Diane Guilbault en 2019.

Ainsi, en assurant la neutralité religieuse des fonctionnaires en position d’autorité, la Loi sur la laïcité de l’État du Québec (loi 21) apporte un jalon essentiel au droit des femmes à l’égalité. Il convient donc, en cette Journée internationale des droits des femmes, de la célébrer.

La prise en compte de la religion, lorsqu’il est question des droits des femmes, entraîne l’enfermement de certaines femmes dans un patriarcat religieux, contraire à l’égalité entre les sexes. Bien entendu, de tout temps, des femmes ont choisi de résister à leur émancipation. Certaines se sont opposées, par exemple, au droit de vote ou à l’accès à l’avortement, suivant des préceptes religieux. D’autres encore trouvent un certain confort dans le patriarcat religieux.

Cependant, une société qui promeut l’égalité a la responsabilité de rappeler à ses citoyennes qu’elles ne sont pas tenues de se soumettre à une pratique religieuse sexiste. De leur dire que porter un signe religieux est leur droit absolu. Mais aussi de leur expliquer pourquoi elles ne peuvent pas le porter lorsqu’elles occupent une position d’autorité dans la fonction publique québécoise.

La laïcité de l’État est une des conditions sine qua non pour mettre fin aux inégalités touchant les femmes, inégalités promues par les grandes religions monothéistes. En s’assurant de la neutralité religieuse de l’État, la laïcité protège certains lieux publics de l’influence des pratiques religieuses sexistes auprès de ses citoyens.

La promotion de la laïcité fait d’ailleurs partie des stratégies féministes pour contrer les fondamentalismes religieux. En effet, selon l’Association pour les droits de la femme et le développement, les militantes des droits des femmes de l’Amérique latine, sans aucune exception, de même qu’une très grande majorité des activistes d’Europe occidentale, ont nommé la laïcité de l’État comme la mesure la plus urgente qui soit afin de prévenir le renforcement des fondamentalismes religieux. C’est aussi ce que réclament des Afghanes, des Iraniennes, des Saoudiennes et de nombreuses autres femmes vivant sous le joug de théocraties, pour défendre leurs droits.

La promotion à l’école

L’égalité entre les femmes et les hommes est un droit reconnu et une des valeurs fondamentales du Québec. Dans une société égalitaire, l’État a la responsabilité d’intervenir pour s’assurer de la transmission de ces principes essentiels auprès des élèves sous sa responsabilité.

En interdisant l’affichage de signes religieux par les enseignantes et les enseignants, la loi 21 s’assure de ne pas promouvoir de signes sexistes, contraires à l’égalité entre les femmes et les hommes, auprès de nos jeunes. Faire autrement équivaudrait à se faire complice de la discrimination qu’ils imposent, exposent et propagent.

En effet, les signes religieux sont, à quelques exceptions près, résolument différenciés pour les femmes et pour les hommes, et chacun d’entre eux véhicule un statut social, des valeurs, des rôles et des responsabilités distinctes, ce qui exacerbe leur caractère sexiste. La neutralité de l’État, à l’école primaire et secondaire publique, protège nos jeunes, particulièrement vulnérables à ces âges, de pratiques religieuses sexistes.

Bien entendu, ce n’est pas le rôle de l’État de réguler le sexisme religieux. C’est néanmoins son devoir de veiller à ce que ses institutions en soient exemptes, puisqu’il est contraire à l’atteinte de l’égalité de fait entre les femmes et les hommes.

Ainsi, en limitant l’exposition de pratiques religieuses sexistes au sein de ses institutions, la Loi sur la laïcité de l’État constitue un jalon essentiel au droit des femmes à l’égalité, à célébrer en cette Journée internationale des droits des femmes !

À propos de l’auteure

Marie-Claude Girard est une retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne.