Le Baccalauréat étant terminé, il est l’heure pour mes comparses et moi de nous tourner vers l’École du Barreau. Force est d’admettre que le moral des troupes marchant vers ce lieu redouté n’est pas au plus haut. J’expose ici une perception qui ne m’est pas propre, mais partagée avec de nombreux étudiants, et qui mérite d’être étudiée.

Pourquoi est-ce que les étudiants sont réticents face au Barreau?

En entrevue avec Me Lise Tremblay, directrice du Barreau et de la formation continue, le Verdict, le journal étudiant de la Faculté de droit de Laval, écrivait que la raison qui marque la séparation entre l’Université et le Barreau résiderait dans le fait de ce dernier cherche à évaluer les capacités pratiques des étudiants, alors que les Facultés de droit nous enseigneraient la théorie.

Soit. Elle ajoute que les étudiants sont formés à devenir de bons stagiaires et que l’enseignement est donc orienté vers une approche très pragmatique et factuelle du droit : le client pose une question, il faut répertorier l’article applicable à sa situation …

J’adhèrerais volontiers à ces propos, mais avec tous les cas pratiques qu’on nous fait faire à l’Université, j’arrive mal à comprendre le taux d’échec de près de 20% au Barreau. Surtout quand je pense à plusieurs étudiants qui avaient de très bonnes notes, dont certains noms figuraient même sur le prestigieux « Tableau d’honneur » de la Faculté, qui ont tout de même échoué la Formation, je ne peux que grincer des dents.

J’ai de plus du mal à me convaincre qu’on peut réellement maîtriser la pratique du droit en encerclant une bonne réponse dans un questionnaire à choix multiple … Cela me semble clairement à l’antipode de la philosophie qu’on nous enseigne: soit comment argumenter et construire une réponse juridique sensée, qui saura convaincre un juge. A l’examen du Barreau, il n’y a qu’une réponse courte et simple. Pourtant, on nous a appris que toute cause avait au moins deux parties et que si elles en venaient devant la Cour, c’est qu’elles croyaient pouvoir prouver qu’elles avaient raison …

Je comprendrais mieux la formation de cet Ordre professionnel si, comme pour les ingénieurs, on y vérifiait des connaissances spécifiques à la pratique professionnelle, comme la déontologie. Or cet aspect de la pratique ne sera à l’étude que deux semaines et ne sera la matière que du premier examen, valant peu de points au total.

Au final, le Barreau refait le tour de 3 ans d’acquis en quelques mois… cela paraîtra trop sommaire pour plusieurs et difficilement compréhensible. J’ai des confrères qui disent que le Barreau agit de la sorte afin de limiter le nombre d’étudiants accédant au marché, parce que les universités, qui veulent se financer, contingentent trop peu le Baccalauréat… va savoir?

On m’a expliqué que le Barreau et son école ont beaucoup changé des dernières années et doivent s’adapter au nombre toujours grandissant d’étudiants. Peut-être le Barreau et son école ont évolué trop rapidement ? Ces institutions qui jadis prenaient un étudiant diplômé et en faisaient un praticien (en accordant beaucoup de temps individuel à chaque futur avocate et avocat) sont devenues des machines gigantesques devant gérer des dizaines de milliers d’avocats et des centaines d’étudiants.

Les intérêts des groupes dont elles s’occupent sont de plus en plus divers et difficiles à concilier, en plus des tâches administratives qui s’ajoutent à tout cela. Je ne critique pas ici l’ampleur de la mission à accomplir, ni le travail et l’implication pour y parvenir de ceux qui y travaillent. A tout le moins, je leur dis : « regardez et prenez conscience de notre malaise en tant qu’étudiant». L’anxiété que nous ressentons peut être le signe précurseur d’un besoin de réforme ? Qui sait…

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