Il en a coulé, de l’eau sous les ponts, depuis qu’Henri Adrien Lafortune recopiait, du matin au soir, sur sa Remington grise des procédures de cour pour différents cabinets, en plus de courir les magasins pour chercher des dizaines de copies de produits qui étaient présentés comme preuves lors de litiges commerciaux.

Les grands-parents (à gauche) et parents (à droite) de Pierre-Olivier Lapointe. Crédit photo: courtoisie
Les grands-parents (à gauche) et parents (à droite) de Pierre-Olivier Lapointe. Crédit photo: courtoisie
Les Lafortune ont accompagné toute l’évolution du milieu juridique depuis 50 ans: du rôle essentiel de dactylo (typist) que cet homme, puis sa femme Ghislaine ont joué à compter de 1971, suivis de leur fille Chantal et de son mari Jacques Lapointe; jusqu’aux solutions numériques légales tout aussi essentielles développées par leur petit-fils Pierre-Olivier Lapointe, aujourd’hui à la tête d’une équipe de 32 employés. Ils ont connu les machines à écrire, les grosses presses, le coupage-collage, les premiers ordinateurs, photocopieuses et imprimantes, l’arrivée du scanneur, de la numérisation et de l’infonuagique. Quel parcours!

« Mes parents et grands-parents ont été des modèles forts, résilients et visionnaires qui m’ont permis d’avoir les bases solides nécessaires pour bâtir à mon tour, confie Pierre-Olivier Lapointe. Je crois qu’une bonne part du succès de mon entreprise est liée à ces valeurs. C’est ce dont j’ai hérité et que je m’efforce de perpétuer au sein du Groupe Lafortune. »

L’ADN du Groupe Lafortune

Pierre-Olivier Lapointe est conscient que seul, il n’aurait jamais réussi à structurer et à diversifier les activités de l’entreprise familiale. Lorsqu’il a décidé dans la vingtaine de reprendre le flambeau, avec pour mission première de travailler à la dématérialisation d’un milieu juridique bien connu pour la lourdeur de sa paperasse et de ses processus, il savait qu’il pouvait se fier sur les huit employés que comptait alors Lafortune.

Mais il savait aussi que cela ne suffirait pas pour atteindre ses objectifs.

« Nous avions encore une vision très self made man, avec une réputation basée sur le bouche à oreille, raconte-t-il. Mon père disait lui-même que de temps en temps, il allait jouer au président dans son bureau. Mais personnellement, j’avais envie d’emmener l’entreprise ailleurs, de la développer. »

Après quelques années marquées par de premières initiatives fructueuses, il s’est donc tourné en 2011 vers Stéphanie Bujold, une amie qu’il connaissait depuis l’adolescence et qui était déjà venue de temps à autres donner un coup de main aux Lafortune – dont un certain 11 septembre 2001, quand ils ont assisté ensemble à l’écrasement des avions sur les tours jumelles new-yorkaises.

« Nous nous complétons parfaitement, confirme Stéphanie. Pierre-Olivier est une personne branchée sur l’innovation et le développement, mais pour se concentrer là-dessus, il devait se libérer des opérations. Alors, je suis devenue en quelque sorte l’Éminence grise, le port d’attache rassurant et structurant dont il avait besoin. »

Ensemble, les deux complices ont créé le logiciel Docurium, ainsi que les applications Todoc et eTribunal, devenus des références pour les avocats, les tribunaux, les parajuristes et les CPA. Ils ont aussi donné un nouvel élan à l’entreprise en créant le Groupe Lafortune en 2015, constitué à présent de trois divisions distinctes.

« Notre société a connu un changement de paradigme au même titre que l’industrie que nous servons. Mais ce n’est pas parce que nous nous sommes inscrits dans cette gestion du changement que nous avons perdu notre ADN, poursuit Pierre-Olivier Lapointe. Comme je le dis souvent, si on vide l’entreprise de ses gens, il ne reste que du papier et des copieurs. »

Murielle Mickel, qui a été à l’emploi de Lafortune pendant 40 ans. « Elle m’a littéralement bercée! », se souvient Pierre-Olivier Lapointe.
Murielle Mickel, qui a été à l’emploi de Lafortune pendant 40 ans. « Elle m’a littéralement bercée! », se souvient Pierre-Olivier Lapointe.
Ces gens, qu’ils soient là depuis peu ou depuis très longtemps — certains employés travaillent ou ont travaillé pour les Lafortune pendant 30, voire 40 ans, comme ce fut le cas de Murielle Mickel, aujourd’hui décédée — constituent, au même titre que la vaste clientèle qui lui est fidèle, la colonne vertébrale d’un groupe à taille humaine.

« Nous voulons garder la proximité dont nous jouissons avec les membres de notre équipe, confirme M. Lapointe. C’est ce qui nous définit et qui fait en sorte qu’ils s’impliquent tous avec autant de cœur dans l’entreprise, ce qui par ricochet nous démarque auprès de nos clients. C’est très précieux pour nous. »

Trois gammes de services juridiques

En scindant leur société en trois volets, qu’ils nomment affectueusement « les trois sœurs », Pierre-Olivier Lapointe et Stéphanie Bujold se sont assurés que tous les besoins du milieu juridique seraient comblés, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux.

On retrouve ainsi dans le groupe le segment Lafortune Légal, qui existe depuis 50 ans et est spécialisé en constitution de mémoires et de documents juridiques. « La majeure partie de nos employés travaillent encore pour ce département, même si les processus sont aujourd’hui numérisés », indique Mme Bujold. Lafortune Légal traite en moyenne 1300 dossiers chaque année pour le compte de 700 à 800 clients du milieu juridique.

Une deuxième aile du groupe, Lafortune Technologies, est née en 2012. C’est à elle que l’on doit la création du logiciel et des applications, depuis revendus à la société Avancie, qui ont facilité la vie de nombreux avocats et juristes. Depuis 2019, ce département se consacre, en tant qu’expert-conseil TI, à la transformation numérique des cabinets, tribunaux et organismes.

« Et nous avons de la peine à fournir à la demande, tellement les besoins sont grands en la matière! » indique M. Lapointe, qui déploie avec son équipe d’experts en droit, en gestion de projets et en gestion agile du changement des solutions technologiques capables de répondre à la fois aux besoins des usagers et des représentants juridiques.

Enfin, depuis quelques années, le groupe dispose également de Lafortune Formations, un centre pédagogique en ligne destiné à transmettre les précieuses connaissances acquises et constamment mises à jour par l’entreprise. Pilotée par Julie Tondreau, qui réalisait déjà des formations de ce type auparavant, la plateforme propose une belle variété de cours allant des changements procéduriers liés à la loi sur le divorce, qui ne prend que quelques heures, jusqu’à des programmes plus complets de 90 heures permettant à un ou une adjointe junior d’acquérir toutes les connaissances nécessaires pour devenir le bras droit d’un avocat.

Stéphanie Bujold et Pierre-Olivier Lapointe.
Stéphanie Bujold et Pierre-Olivier Lapointe.
« Ces formations s’adressent aussi bien à des avocats, qu’à des parajuristes, des techniciens juridiques et des adjoints, explique M. Lapointe. Nous avons créé une plateforme fluide, adaptée aux besoins concrets des professionnels et dotée de professeurs qui sont toujours là pour accompagner les participants même si les formations sont en ligne. Nous pouvons aussi personnaliser des programmes pour des groupes. Bref, c’est une aile en plein développement dont nous sommes très fiers. »

Une fierté qui se lit facilement dans les paroles et sur les traits du président et de la vice-présidente du Groupe Lafortune, dont ils se disent prêts à tenir les rênes pendant au moins 50 ans de plus. « Nous avons encore beaucoup à donner, et nous grandirons au même rythme que nos clients et leurs besoins, nous le garantissons! », promettent-ils.

Nous n’avons aucun mal à les croire.