Pourquoi cette avocate bien établie a choisi de retourner à l’université

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Sonia Semere

Sonia Semere

2026-02-06 14:15:40

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Déjà solidement ancrée dans sa pratique, une avocate nous explique ce qui l’a poussée à entreprendre une maîtrise… Rencontre.


Source : Me Charlotte Reid


Passionnée depuis toujours par le droit, Me Charlotte Reid, membre de l’équipe de litige civil du cabinet GBV, savait intimement qu’elle reprendrait un jour ses études.

L’idée de faire une maîtrise a d’ailleurs émergé dès la fin de son parcours universitaire en 2017, confie l’avocate à Droit-inc. Puis, tout s’est finalement clarifié en 2022, alors que Me Reid commence à enseigner la procédure civile à l’Université Laval.

Une expérience qui lui donne définitivement l’envie de retourner sur les bancs de l’école. Selon l’avocate, la procédure civile demeure un domaine mal aimé par les étudiants, « alors qu’il constitue la colonne vertébrale du système juridique ».

En l’enseignant, elle a réalisé à quel point la maîtrise des règles procédurales, d’un point de vue pratique, représente une richesse immense.

Mais comment a-t-elle réussi à conjuguer études et pratique en cabinet? Qu’est-ce que ce retour à l’université lui apporte concrètement dans ses dossiers? On a jasé avec elle…

Quels sont les sujets que vous avez approfondis dans le cadre de votre maîtrise et en quoi vous aident-ils aujourd’hui dans votre pratique comme avocate?

Ma recherche porte plus précisément sur l’article 63 du Code de procédure civile, qui confère aux juges le pouvoir d’émettre des directives dites administratives.

La procédure civile est bien sûr régie par le Code et les règlements des tribunaux, mais dans la pratique, il existe aussi ces directives émises par les juges, souvent propres à chaque district judiciaire. Par exemple, certaines règles diffèrent entre le district de Québec et celui de Terrebonne, ce qui crée parfois une impression d’inégalité procédurale selon le lieu.

Je m’intéresse donc à la portée et aux effets de ces directives, car certaines ont un impact comparable à celui de véritables dispositions législatives, alors qu’elles ne sont pas des lois, mais des textes adoptés par les juges. Étudier cette question d’un point de vue académique est extrêmement enrichissant pour moi sur le plan pratique.

Il y a une réelle synergie entre la théorie et la pratique. Mon expérience sur le terrain m’a permis d’identifier un enjeu qui méritait réflexion, et inversement, la recherche académique nourrit directement ma pratique quotidienne. Sans mon expérience comme avocate en litige, je n’aurais probablement jamais porté attention à cet article précis.


Comment avez-vous réussi à concilier concrètement la pratique du droit et les études de maîtrise? Avez-vous rencontré des défis à ce niveau?

Honnêtement, sur le plan organisationnel, je n’ai rencontré aucun obstacle majeur, et je le dois entièrement à mon employeur. Dès le moment où j’ai exprimé mon désir de retourner aux études, j’ai reçu un appui total. Nous avons embarqué dans le projet avec beaucoup d’enthousiasme.

Concrètement, j’ai pu travailler à temps partiel afin de compléter ma scolarité. Le fait de pouvoir réduire mes heures de travail m’a permis d’assister aux cours en personne, de réaliser mes travaux avec rigueur et de m’impliquer pleinement dans la vie académique : conférences, rédaction d’articles, activités parascolaires. Sans ce soutien, ce projet n’aurait tout simplement pas été possible.

Est-ce que ce retour aux études a changé votre regard sur la procédure civile et votre façon de l’aborder dans votre pratique?

Absolument. Il existe un dialogue constant entre mon sujet d’études et ma pratique en litige civil. Comme praticienne, on apprend souvent les règles procédurales sous pression : les délais, les recours, les directives applicables. Les études de maîtrise m’ont permis de prendre du recul, d’observer la procédure civile dans un contexte plus calme et analytique.

Ce recul me permet aujourd’hui d’appliquer les règles avec davantage de confiance, mais aussi de créativité. En comprenant plus profondément l’origine des dispositions, notamment l’intention du législateur, je suis en mesure de développer des arguments plus solides et parfois plus innovants dans ma pratique.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un avocat ou une avocate qui hésiterait à entreprendre des études supérieures?

Le premier conseil, c’est de s’assurer d’avoir l’appui de son employeur. Dans mon cas, ça a fait toute la différence.

Ensuite, il faut être profondément passionné par son sujet. Personnellement, la procédure civile me passionne au point où j’en lis constamment, même pendant mon congé de maternité. Il faut trouver ce qui nous anime vraiment.

Enfin, je dirais que lorsque le sujet d’études s’intègre naturellement à la pratique, tout devient plus fluide. Il y a alors une véritable synergie : la pratique nourrit la recherche, et la recherche enrichit la pratique. C’est un échange gagnant, qui transforme le parcours professionnel en un tout cohérent.

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