« J’ai coulé mes trois examens du Barreau »
Dans un milieu où l’excellence académique est souvent érigée en dogme, une aspirante avocate brise le tabou du culte de la performance…
« J’ai coulé mes trois examens du Barreau cet automne. »

Le message, publié sur LinkedIn, a eu l’effet d’une décharge électrique. Dans une profession qui entretient le culte de la performance, on n’affiche généralement ses cicatrices qu’une fois qu’elles sont devenues des récits de réussite.
Marie-Clarisse Berger, elle, a choisi de parler sur le coup, alors qu’elle est encore dans la tempête. En moins de trois jours, plus de 1300 abonnés du réseau professionnel avaient réagi à sa franchise.
« On entend et on lit toujours les histoires de succès quand elles sont terminées. Moi-même je l’ai fait parce que je ne voulais pas qu’on me perçoive comme “poche” ou “moins intelligente”, ce qui est, avec du recul, un peu stupide de ma part », écrit la bachelière en droit de l’Université de Sherbrooke.
« Alors, je le dis publiquement: cher réseau, je vous annonce avoir coulé mes trois examens [du bloc 1] du Barreau », clame l’aspirante avocate, qui souhaite « normaliser le fait d’être vue en train d’essayer quelque chose, que ça fonctionne ou non ».
Sous la publication de Marie-Clarisse, on peut lire plusieurs commentaires empathiques, dont ceux d’avocates qui ont dû elles aussi se reprendre aux examens du Barreau avant de revêtir la robe...
Le paradoxe d'un parcours brillant
Le profil de Marie-Clarisse Berger est pourtant celui d'une candidate d'exception. Celle qui a notamment été attachée de presse pour le Parti libéral du Canada et candidate pour le Parti vert à Sherbrooke a brillé sur les planches en 2024 en remportant la Coupe Face à Face, une joute oratoire organisée chaque année à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. À peine deux semaines plus tôt, elle décrochait la troisième position aux Jeux de la science politique.
Malgré cette aisance, le mur du bloc 1 (droit appliqué, théorie de la cause et déontologie) s'est dressé devant elle pour cette première tentative. Un échec qu'elle refuse de masquer derrière des excuses, tout en invitant à la bienveillance envers soi-même.
« Mon pire ennemi a été moi-même, parce que je doutais de moi », confie-t-elle à Droit-inc. Elle pointe au passage la complexité de l’examen de droit appliqué, un format à choix multiples où l’étudiant doit identifier la « meilleure » combinaison d’énoncés. « C’est facile de te mettre à douter », insiste celle qui reconnaît avoir eu « un enjeu de gestion du temps et de gestion du stress ».
L’héritage familial
L'idée d'abandonner l'a effleurée, comme bien d'autres étudiants. Son baccalauréat, qu’elle a fait en s’accordant une sabbatique, n'a pas été sans embûches. Mais son ADN ne lui permet pas de laisser une tâche inachevée.
Cette détermination, elle la puise dans ses racines du Bas-Saint-Laurent. Elle évoque avec émotion sa grand-mère, une femme « battante ». « Elle a élevé ma mère toute seule dans un petit village du Bas Saint-Laurent, où elle était la seule qui était divorcée. Elle était très pauvre et s'occupait en plus de mes arrières-parents », partage Marie-Clarisse.
« Ma grand-mère disait tout le temps : "100 fois sur le métier remettez votre ouvrage", se souvient celle qui suit actuellement un cours en études féministes. Donc quand moi je commence quelque chose, je le finis et le fais au mieux de mes capacités. Je n'ai pas commencé le Barreau pour ne pas le finir. Ça fait partie de mes valeurs et de l'histoire de ma famille. »
Son stage sécurisé
Dans cette épreuve, Marie-Clarisse a trouvé un appui crucial : le Centre communautaire juridique du Bas-Saint-Laurent Gaspésie, son futur milieu de stage, qui lui a promis de l’attendre jusqu’à ce qu’elle soit « éligible à travailler pour eux » et qui lui ont réitéré qu’elle avait « d’excellents réflexes juridiques à l’entrevue ».
« Votre confiance envers moi me donne du courage pour la suite! » salue-t-elle sur LinkedIn.
Voir au-delà des notes
Ce soutien illustre le message qu'elle souhaite transmettre à ceux qui sont actuellement plongés dans le stress de la course aux stages ou des examens : la valeur d'un futur avocat dépasse largement les résultats d'une grille de correction.
« On met beaucoup l’emphase sur les notes pour déterminer la valeur d’un candidat. Mais je pense qu’il faut voir au-delà de ça. Il n’y pas seulement la pratique privée et les grands cabinets. Il y a une myriade de postes et de cheminements possibles : en diplomatie, en recherche, dans des centres de justice de proximité, à l’aide juridique, en fiscalité… Il y a autant de parcours que de personnes! » rappelle la future juriste.
Pour Marie-Clarisse, l'obsession de la réussite immédiate fait oublier les qualités essentielles du métier. « On s’imagine souvent que les avocats, c’est juste des gens qui s’obstinent beaucoup, mais c’est aussi des gens qui ont beaucoup de qualités humaines, de sensibilité, d’écoute. Et ces qualités-là, je suis convaincue de les avoir. »
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