selon Me Jaar, un tel brevet pourrait entraîner des conséquences qui ne seraient peut-être pas « souhaitables socialement»
selon Me Jaar, un tel brevet pourrait entraîner des conséquences qui ne seraient peut-être pas « souhaitables socialement»
Imaginez un instant un futur où, alors même que vous tapez un courriel sur votre clavier d’ordinateur, une fenêtre surgit pour vous informer que vous enfreignez le règlement de votre cabinet…

Au même moment, votre supérieur reçoit une notification pour l’informer de votre supposé délit… Cela fait peur, n’est-ce pas ?

C’est pourtant, d’après le site BFM.TV.com, ce qui pourrait bien arriver si la technologie, brevetée le 2 mai dernier par Google, devenait réalité.

Le formulaire du brevet, dévoilé par Slashdot.org et repris par HuffingtonPost.com, indique que le « vérificateur de violation de règles» peut reconnaître des «phrases problématiques» qui présentent «des implications légales pour une personne ou une compagnie».

«C'est un peu comme si l'on avait un avocat dans notre boîte mail, nous avertissant lorsque ce que nous écrivons risque de se retourner contre nous », écrit le site BFM.tv.com.

Menace aux libertés individuelles?

«Tout est dans l’utilisation que l’on en fait», selon Me Dominic Jaar, associé chez KPMG et chef national des services de gestion de l’information et preuve électronique qui reconnaît qu’il s’agit d’un « outil génial et utile».

« C’est bien pour l’individu et l’entreprise. Par exemple, si je veux m’assurer que je n’envoie pas un courriel que je vais regretter plus tard, ou si mon employeur veut s’assurer que je n’emploie pas de langage vulgaire, conformément aux politiques de l’entreprise.»

Le fait que les courriels soient vérifiés par une « machine» et pas par un individu, le « rassure», dit-il.

Avec un tel outil, impossible de communiquer des «renseignements confidentiels» ou de divulguer «des secrets industriels à des compétiteurs», ajoute, par ailleurs, Me Jaar.

Ça, c’est le bon point.

Dérives potentielles

Toutefois, selon Me Jaar, un tel brevet pourrait entraîner des conséquences qui ne seraient peut-être pas « souhaitables socialement». Un peu comme dans l’univers dépeint par Steven Spielberg dans le film Minority Report, dit-il.

« Il y aurait dérive là où l’on tenterait de prédire à l’avance un crime, en fonction de ce qui est dit, pas de ce qui est fait. Planifier une action n’est pas un crime, du moins pas pour tous les crimes.»

Dans le cas, détaille-t-il, d’un courriel proférant des menaces de mort à l’encontre de son ex-femme, la menace serait en soi un crime. Mais pas dans celui, par exemple, où l’on annonce à un ami que, le soir-même, on compte se « saouler», tout en rentrant en auto.

« Le fait de planifier une consommation excessive d’alcool et de prévoir dans le même temps de prendre le volant en état d’ébriété, dit l’avocat, ne constitue pas un crime en soi.»

Le problème majeur, d’après lui, serait « d’élargir cette technologie à tous les modes de communications possibles et imaginables» : appels, messages textes, etc.

« La police n’aurait même plus à aller chercher des mandats pour l’écoute téléphonique, dit-il, et nous aurions nous-mêmes du mal à gérer cela en terme de volume et de dommages que cela pourrait causer aux gens».

Et vous, qu’en pensez-vous ?