Plusieurs dizaines d'avocates étaient réunies à l'invitation du Jeune barreau de Montréal.
Plusieurs dizaines d'avocates étaient réunies à l'invitation du Jeune barreau de Montréal.

Plusieurs dizaines d'avocates étaient réunies à l'invitation du Jeune barreau de Montréal (JBM), le 22 février, pour échanger sur le leadership au féminin.

L'objectif de l'événement était notamment de promouvoir la présence des femmes dans le milieu des affaires, de sensibiliser le milieu du droit et des affaires à la condition féminine et de démystifier les enjeux reliés aux femmes au sein de ces milieux.

La Directrice générale du JBM, Me Stéphanie Beaulieu.
La Directrice générale du JBM, Me Stéphanie Beaulieu.
Si les avocates ont répondu à l'invitation, rares étaient les avocats à avoir fait le déplacement. Seule une dizaine d'hommes étaient présents, comme si la place des femmes dans le métier était une affaire de femmes, à régler entre femmes.

Le constat doit néanmoins être relativisé. « Je suis quand même satisfaite car lors de la dernière édition, nous n'avions que trois hommes inscrits, cette année ils sont une dizaine, donc nous sommes contents de voir qu'il y a une évolution de ce côté-là », a commenté la Directrice générale du JBM, Me Stéphanie Beaulieu.

Du chemin a été parcouru

L'honorable Louise Mailhot.
L'honorable Louise Mailhot.
Trois panels d'invités se sont succédés sur la scène du cabaret Lion d'or tout au long de l'après-midi. Le premier panel était intergénérationnel, l'occasion pour les invitées de partager leur expérience.

Le témoignage de l'honorable Louise Mailhot, Ad. E., la première avocate du Barreau de Montréal à avoir été nommée juge à la Cour d’appel du Québec en 1987, a notamment permis de mesurer le chemin parcouru depuis son entrée dans la profession.

« À la fin de mon stage, j'ai annoncé que je voulais plaider. On m'a répondu que ce n'était pas possible, qu’il fallait que je fasse de la recherche car les clients n’accepteraient pas d’être représentés par une femme et les juges refuseraient de trancher en ma faveur », a-t-elle racontée.

À l'époque, à la fin des années 60, le barreau de Montréal comptait 3500 avocats… dont 3 % de femmes.

20 % des associés sont des femmes

Les avocates ont répondu à l'invitation pour échanger sur le leadership au féminin.
Les avocates ont répondu à l'invitation pour échanger sur le leadership au féminin.
Aujourd'hui, certaines choses ont changé, en témoignent des parcours de réussite exceptionnel, comme celui de Me Adina Georgescu, devenue associée chez Miller Thomson en seulement cinq ans. Il n'en demeure pas moins que seules 20 % des associés sont des femmes.

Les panélistes ont insisté sur l'importance du réseau pour s'imposer dans le milieu. « Il faut avoir un réseau dès le départ », a commenté Me Georgescu. « C’est un atout précieux et on ne réalise pas à quel point ça peut avoir un impact positif ». Me Maillot a également conseillé de ne pas « hésiter à aller chercher des mentors ».

Le leadership, tout un art

Me Guylaine Bachand, avocate en droit des médias.
Me Guylaine Bachand, avocate en droit des médias.
Le deuxième panel proposait un échange autour de la notion même de leadership et des moyens de le développer.

À ce titre, Me Sophie Audet, avocate et coach d’affaires, a rappelé que le leadership, « c'est l’art d’inspirer les gens dans la direction qu’on a choisi ». Si « tous les types de personnalité peuvent être un leader », trois piliers sont indispensables : « la confiance, la crédibilité et le courage ».

Mais attention, leadership n'est pas synonyme d'autorité. Ça n'a rien à voir ! a commenté Me Audet. « On peut même être un leader extraordinaire en dehors du travail. On peut aussi l'être dans une réunion qui piétine, avec nos clients et on peut même leader nos patrons ! ».

Le leadership implique aussi la nécessité de prendre des décisions impopulaires. Selon Me Guylaine Bachand, avocate en droit des médias, « pour amoindrir le sentiment qu’on n’est pas populaire, il faut toujours rester dans l’action. Et si ça tourne mal, il faut chercher des solutions à l’extérieur ».

Me Selena Lu, avocate chez Lapointe Rosenstein Marchand Melançon et Présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal, conseille pour sa part de ne pas se préoccuper de l'impopularité : « on peut perdre beaucoup de temps à essayer de plaire à tout le monde ».

Des systèmes de recrutement objectifs

Seule une dizaine d'hommes étaient présents.
Seule une dizaine d'hommes étaient présents.
Le troisième et dernier panel était quant à lui consacré à la question des préjugés inconscients dont les femmes peuvent être victimes dans le cadre de leur carrière. Ceux-ci se manifestent à plusieurs étapes d'une carrière, et notamment pendant l'embauche et lors des avancements.

L'exemple le plus parlant : l'accès à l'association. « Pour l’accession au partenariat, les critères sont très objectifs, alors pourquoi les femmes continuent à se poser la question du moment propice pour avoir un enfant ? Les hommes ne se posent pas cette question », a réagi Me Mathilde Borsenberger, Directrice des programmes à l’intention des avocats, des stagiaires et des étudiants chez Gowling WLG.

Me Philippe-Olivier Daniel.
Me Philippe-Olivier Daniel.
Me Philippe-Olivier Daniel, seul homme ayant participé à un panel, a lui-même reconnu que le fait d’être un homme, blanc a pu jouer en sa faveur. « Je sentais que j'avais un avantage par rapport aux autres, que j'avais moins besoin de convaincre », a-t-il témoigné.

Dans son cabinet, Podlégal, il a mis en place un système de recrutement objectif, basé sur des questionnaires « pour donner la même chance à tout le monde ».

Un système identique a été mis en place chez Gowling pendant la course aux stages, où les avocats recruteurs ont même été soumis à un test psychologique afin d'identifier leurs biais et leur permettre de se retirer s'il pense ne pas être en mesure de prendre une décision objectif.

Malgré ces procédures, la route semble toutefois encore longue pour atteindre une égalité dans le milieu juridique.