Me Marie-France Perreault. Photo : Archives
Me Marie-France Perreault. Photo : Archives
Me Marie-France Perreault est une ancienne spécialiste en litige qui est notamment passée par Fasken et Delegatus.

L’avocate délaisse maintenant la pratique et les cabinets pour un tout autre défi. Depuis le 13 octobre dernier, le Barreau 2004 est la nouvelle directrice de cabinet du nouveau chef du Parti Québécois Paul St-Pierre Plamondon.

Droit-inc lui a parlé deux semaines après son entrée en poste à l’Assemblée nationale.

Vous êtes la nouvelle cheffe de cabinet de Paul St-Pierre Plamondon, qui est lui-même le nouveau chef du Parti Québécois. Êtes-vous encore avocate?

Je continue d’être avocate à mon compte à ce jour, mais plus depuis deux semaines!

On imagine bien! Comment a débuté votre collaboration, à Paul St-Pierre Plamondon et vous?

J’ai commencé à m’impliquer avec Paul St-Pierre Plamondon il y a quelques années. Je lui ai donné un coup de main pour sa chefferie en 2016. J’ai beaucoup commencé à suivre la politique à ce moment-là. Je n’étais pas péquiste, mais il m’a convaincue!

J’ai goûté un peu à la politique, aux courses, aux campagnes électorales… À la course pour la chefferie en 2016, c’est Jean-François Lisée qui avait gagné. (Paul St-Pierre Plamondon) avait fini quand même avec un bon score pour quelqu’un qui n’était pas dans le giron politique avant.

En 2018, il s’est présenté pour être député de Prévost, et j’ai accepté d’être sa directrice de campagne. Malheureusement, avec la vague caquiste, c’est Marguerite Blais qui a remporté le comté.

Là, Paul a pris la décision de se représenter (à la chefferie du PQ) en 2019. J’ai dirigé sa campagne électorale, qui était censée terminer au mois de juin, et finalement à cause de la COVID-19, ça a été reporté d’abord à la fin août, puis à octobre. Ça a été une campagne très longue : neuf mois!

Une campagne que vous avez remportée!

On était premiers dès le premier tour, et on l’a emporté au troisième tour.

Et ce fut rapide par la suite! Vendredi on a remporté, mardi matin on était à l’Assemblée nationale. Paul m’avait demandé d’être sa directrice de cabinet pendant la campagne.

Quelle a été votre réaction à sa demande?

En fait, il m’en a parlé un petit peu pendant la campagne. Il a évoqué que s’il gagnait, il aimerait que je sois sa directrice de cabinet.

J’étais très flattée, parce que moi, je n’ai jamais fait ça, je n’ai jamais travaillé à l’Assemblée nationale!

On a une façon similaire de penser et de travailler, Paul et moi, donc on a développé une grande complicité. On a un parcours très similaire dans les grands cabinets d’avocats, et après on a un lien avec la Scandinavie. Moi je suis mariée à un Suédois, mes enfants sont suédois, et Paul a habité là longtemps.

Mais je dois dire que j’ai refusé de parler (de l’offre de directrice de cabinet) jusqu’à ce je sois devant le fait et qu’il fallait absolument que je donne une réponse.

Ça a été une longue réflexion, parce que c’est beaucoup demander : je dois être à Québec, et j’ai de jeunes enfants qui sont à Montréal!

J’ai dit « non » plusieurs fois, à toutes les fois qu’il me l’a demandé, et puis il m’a convaincue encore une fois de me lancer dans l’aventure. Finalement j’ai décidé d’embarquer.

Une fois que je dis « oui », je le fais à 120 % et je ne le regrette pas! C’est passionnant, c’est vraiment grisant comme travail, de ce que je vois jusqu’à maintenant. Les députés siègent depuis deux semaines, et on est rentrés dans le bain de façon assez exceptionnelle. Ça a été pas mal le fun.

Qu’est-ce qui vous a convaincue de dire oui après avoir dit non? Qu’est-ce qui a fait pencher la balance?

Moi, je voulais dire « oui » dans mon moi intérieur. Je voulais relever ce défi et continuer l’aventure, en fait. J’avais l’impression que le bateau partirait sans moi.

Le Parti est à rebâtir, la cause est à rebâtir, et je crois sincèrement que Paul est la personne qui va aider à faire tourner les choses et à rebâtir l’option indépendantiste et le Parti.

J’ai tellement travaillé fort dans les dernières années avec Paul que je me suis dit : là, on est rendus à pouvoir concrètement changer les choses et travailler vers ça. J’avais l’impression que finalement, je n’allais pas faire partie de cette grande aventure. Ça me rendait un peu triste!

Après tout le travail que vous avez fait, après la victoire...

Oui, c’est ça! On est rendu là, et puis là je ne ferai pas partie de l’aventure? C’est vraiment ça!

Mais ce qui me retenait un petit peu, c’est justement l’inquiétude familiale : est-ce que je vais être capable, est-ce que j’ai les compétences pour faire ça? Tu sais, on a toujours un peu le sentiment d’imposteur, surtout les femmes.

Et là, je me suis dit qu’on a bien travaillé ensemble et que ça va bien aller.

La grande raison, c’était mes enfants et la famille à Québec. Ce qui m’a donné mon petit coup de pouce (parce que j’avais le feu, je voulais y aller), c’est surtout le coup de pouce de mon chum.

C’est un support inconditionnel. C’est lui qui me disait : « Tu es faite pour ça, vas-y, t’es belle, t’es fine, t’es capable! (Rires) Moi je vais être là, let’s go. ».

Là, j’ai dit bon. On l’essaie.

Je ne sais pas moi, dans quelques mois, peut-être que les choses vont changer. Je ne voulais pas me dire : « J’aurais donc dû essayer et je n’ai pas fait partie de l’aventure! ».

Comment vous avez réagi à l’annonce de la victoire de Paul St-Pierre Plamondon?

J’ai été très, très, très contente!

On a su les résultats un petit peu avant qu’ils ne soient annoncés. C’était très drôle, parce que lorsque le vainqueur a été annoncé, son nom est apparu en rouge. Moi rouge, c’était « il perd »! Donc ma première réaction, ça a été : « Ah non, on a perdu », mais finalement on avait gagné.

Mais sinon, on savait un peu les intentions. Évidemment, on avait une vision assez claire sur le terrain, on avait beaucoup de bénévoles, on avait une grande équipe à la campagne. Paul a su inspirer tout au long de la campagne. Vers la fin, on avait plus de 100 bénévoles partout au Québec. On faisait beaucoup d’appels, on faisait beaucoup de pointage, on avait créé un sondage aussi.

On savait que nos chances étaient bonnes, qu’il avait une chance de l’emporter. On n’avait pas d’assurance, mais on savait que c’était une possibilité.

Qu’est-ce que vous avez fait pour célébrer alors?

Ce qui était prévu avant que la COVID-19 arrive, c’est qu’on ait une grosse, grosse soirée comme en 2016 ou il y a des centaines de personnes, des journalistes partout, des entrevues, des scrums, un spectacle aussi...

Et puis là, on a eu malheureusement une soirée électorale ou il n’y avait presque personne à la permanence du Parti Québécois. On était juste moi, Alexandra, qui est l’épouse de Paul, et Paul.

Nous, on a célébré, et tout de suite on a eu des réunions avec les personnes qui étaient présentes du PQ. Après, quand on est rentré chacun chez nous, on avait une partie de notre équipe proche sur Zoom qui nous attendait. On a tous fêté chacun chez nous sur Zoom, on s’est parlé très longtemps, on avait chacun notre petite consommation et puis on fêtait à distance. Mais ça a été vraiment agréable.

Comment être avocate vous a aidée à devenir directrice de campagne, et ensuite de cabinet?

C’est sûr que dans les compétences, la façon d’être, être avocate et être dans le domaine politique, il y a une ressemblance.

C’est toujours une formation qui aide, mais c’est surtout dans la façon de travailler, la rigueur, les connaissances aussi. C’est plus une façon de travailler et une complicité que j’ai avec Paul qui m’ont permis de faire ça.

Mais c’est sûr que la formation d’avocate et avoir travaillé dans des grandes firmes pendant plusieurs années, ça t’amène une rigueur de travail qui est nécessaire en politique, surtout pour diriger un cabinet.

Je dirais qu’il n’y a pas un lien direct entre les deux. Toute personne peut faire de la politique, mais je pense que c’est plus une question de personnalité.

Ça fait maintenant deux semaines que vous êtes en poste. Comment ça se passe?

C’est un feu roulant, c’est beaucoup à apprendre. C’est une expérience incroyable.

Les gens fonctionnent vite et bien. J’adore travailler avec des gens professionnels, parce que nous, on a toujours été dans des campagnes électorales avec des bénévoles, des gens très bien intentionnés. On a rencontré des gens extraordinaires, mais là on est avec des gens qui travaillent à l’Assemblée nationale.

C’est une très belle équipe au Parti Québécois. Je rencontre des gens très tissés serrés qui donnent leur 120 % pour la cause.

Mais pour moi, c’est sûr que c’est une courbe d’apprentissage très rapide.

Paul est un chef extra-parlementaire. Nous avons un chef à l’Assemblée nationale, qui est Pascal Bérubé, et nous avons un chef extra-parlementaire qui n’est pas élu député, mais qui est chef du Parti québécois. Donc on a un parti à rebâtir, on a une cause à remettre sur la carte, et on a deux ans pour le faire jusqu’aux prochaines élections.

Donc je ne m’attends pas à m’installer et continuer tranquillement comme les choses se faisaient par le passé. On a beaucoup à faire, beaucoup de pain sur la planche pour rebâtir la cause indépendantiste et le parti.

Je comprends pourquoi les gens restent là malgré les heures de fou qu’ils font, c’est vraiment le fun!

Vous parlez de nombreuses heures de travail en politique. Votre famille est à Montréal. Est-ce que ça vous inquiète?

C’est un gros changement pour ma famille, mais j’ai un mari extraordinaire qui me supporte beaucoup, comme je l’ai fait pour lui par le passé quand les enfants étaient plus jeunes.

On est vraiment une équipe solide, mon mari et moi (je l’appelle tout le temps mon chum!). Il est CEO d’une compagnie de tech en Californie. Il fut un temps où il voyageait énormément. C’était moi qui gardais le fort avec les enfants.

Là, j’ai une opportunité, et il m’a dit : « Vas-y, je sais que c’est ce que tu veux faire, je sais que tu as des étoiles dans les yeux quand tu es en campagne, quand tu es en politique, tu aimes ça. Alors, ne manque pas cette opportunité-là. Ça va être mon opportunité à moi de passer plus de temps avec les enfants. ».

Moi j’avais peur, évidemment, là les enfants et tout ça, ça va être difficile… C’est lui qui m’a encouragée à 150 %.

Est-ce que les enfants demeurent à Montréal?

Comment on s’organise, c’est que moi je vais travailler lundi et vendredi à Montréal, et être d’une façon très, très intense à Québec mardi, mercredi et jeudi. Évidemment, il va y avoir des semaines plus intenses, plus longues à Québec, mais les autres semaines je vais pouvoir être un peu plus souvent à Montréal, et travailler de Montréal.

Je pense qu’on va bien s’arranger comme ça, mais c’est une décision familiale, sinon je ne le ferais pas!

Est-ce que vous pensez vous ennuyer du droit pendant ce mandat-là?

Ça touche beaucoup le droit! Il y a beaucoup de procédures, c’est très similaire. Pas la même chose, mais les sujets qui sont amenés à l’Assemblée nationale, c’est des sujets d’actualité : la réforme du mode de scrutin, toutes sortes de sujets légaux, justice, santé… Il y a plein plein de sujets qu’on touche!

Pour répondre à votre question, non, je ne pense pas m’ennuyer du droit. Je reviendrai peut-être au droit en tant que tel plus tard.

Pour moi c’est une évolution. Je ne pensais pas quitter le droit et finalement, j’ai découvert la politique, et je ne me vois pas revenir à court terme nécessairement.

Mais ça se ressemble. Si j’étais partie d’une carrière de danse, là ce serait différent! (Rires), Mais la politique, ce n’est pas pour rien qu’il y a beaucoup de politiciens qui sont avocats de formation.

Déjà au Parti Québécois, vous avez beaucoup d’avocats : votre chef, Véronique Hivon...

Oui! Il y en a dans tous les partis, en fait.

Le droit mène à beaucoup de choses, et pas juste à devenir avocat ou plaider, parce que c’est la base de la société et je pense que la politique aussi.

Je ne vais pas m’ennuyer, pas à court terme. C’est trop le fun la politique!

__Avez-vous déjà pensé vous présenter vous-même en politique?
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Non, pas du tout!

J’admire beaucoup les personnes qui le font; c’est un don de soi extraordinaire. Tu travailles comme un fou, une folle. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui décident de se lancer en politique de cette façon-là, de mettre son visage sur un poteau et de toujours être sollicités. C’est des vies de fou, ils travaillent constamment, 24 h sur 24 h, même à la maison, même à l’épicerie!

C’est vraiment des gens qui le font pour de bonnes raisons.

Moi, je n’ai pas ce feu-là. Je préfère être en arrière, aider, penser, soutenir. J’aime être dans la stratégie, l’organisation. C’est ce que j’aime. La vie de député, d’élu, pas pour moi!