Me Marc-André Bédard était admiré... Photo : Archives
Me Marc-André Bédard était admiré... Photo : Archives
Un homme exceptionnel, vraiment.

C’est ce qui ressort des témoignages chargés d’émotion que les avocats qui ont côtoyé le regretté Me Marc-André Bédard ont tenu à faire à Droit-inc depuis son décès survenu mercredi.

« On a le cœur en miettes depuis hier », laisse tomber Me Estelle Tremblay, qui a travaillé aux côtés de Me Bédard dès 1990 au sein du cabinet Gauthier Bédard de Chicoutimi.

« C’est une grande source d'inspiration pour moi et pour pas mal de monde aussi, parce qu’il a montré qu'en pratiquant le droit en région on pouvait accéder à des fonctions importantes sur la scène nationale », estime quant à lui l’associé chez Gauthier Bédard Me Sylvain Bouchard, qui a connu Me Bédard alors qu’il avait seulement huit ans.

« C’est mon ami »

L’ancien membre fondateur du Parti québécois et ministre de la Justice sous René Lévesque a marqué les esprits, et pas seulement dans son propre camp, tient à souligner Me Estelle Tremblay.

« Il était ami avec tous les politiciens du Québec quelles que soient leurs allégeances, et c'était la même chose avec les politiciens fédéraux! » indique Me Tremblay.

Me Estelle Tremblay. Photo : LinkedIn
Me Estelle Tremblay. Photo : LinkedIn
« C’est déjà arrivé que je reçoive des mandats pour exercer contre des personnalités libérales, et que Me Bédard me dise “ Non, c'est mon ami, mon cabinet ne peut pas exercer contre mon ami. ” Parce que Me Bédard avait comme ministre de la Justice beaucoup de collaboration des autres députés, il avait beaucoup de liens, et il a respecté ces liens jusqu’à la fin de sa vie. »

Me Tremblay se souvient qu’à la Commission Charbonneau, où elle représentait le Parti québécois, tous les politiciens interrogés se présentaient à elle pour faire passer le bonjour à « leur bon ami Marc-André », et pas du tout pour obtenir quelque chose en retour.

« Je savais que ces gens conservaient un bon souvenir de Me Bédard et de la coopération qu'ils avaient du temps qu'ils étaient des élus », glisse Me Tremblay.

L’homme qui écoutait vraiment

En fait, Me Bédard créait des liens avec tout le monde, peu importe l’allégeance, les croyances, le statut. Chacun l’intéressait sincèrement.

« Il y en a qui disent machinalement “ Comment ça va? ” et qui rapidement tombent à un autre sujet. Mais lui, Me Bédard, quand il te demandait comment ça va, il te regardait et il écoutait la réponse, et après il continuait dessus. C’est vrai qu'il voulait savoir comment ça va! », se souvient l’associé chez Gauthier Bédard Me Sylvain Bouchard.

Me Bouchard est le meilleur ami de son fils Me Stéphane Bédard, qu’il est allé rejoindre chez Gauthier Bédard à son retour à Chicoutimi.

L’avocat se rappelle en riant avoir été incapable de s’asseoir pour une rencontre au restaurant à Montréal avec Me Bédard, parce que l’éminent avocat connaissait quelqu’un à chaque table et prenait le temps de jaser un peu.

Me Sylvain Bouchard. Photo : LinkedIn
Me Sylvain Bouchard. Photo : LinkedIn
« Hier, pour les jeunes du cabinet, c'est ça qui ressortait le plus, poursuit Me Bouchard. Il venait faire son tour régulièrement chez nous même s’il était à la retraite, et il s’arrêtait devant chaque porte pour demander aux gens “ C’est quoi tes projets, comment ça va? ”. Il savait que quelqu’un avait un projet de maison en cours ou un bébé en route, et là il reprenait des nouvelles. Ce n’était pas pour le dialogue seulement, il s'intéressait pour vrai aux gens. »

Me Estelle Tremblay se souvient que lorsqu’elle marchait avec Me Bédard dans la rue, tout le monde le saluait, même de l’intérieur des voitures qui passaient. Mais ce n’est pas ce qui l’a le plus surprise de son ancien collègue.

« Si sur son chemin il rencontrait un itinérant, Me Bédard assurément allait non seulement lui donner de l'argent, mais lui parler comme si c'était l'être humain le plus important du monde », narre avec émotion l’avocate de Chicoutimi.

« Il connaissait tout le monde par son prénom, parlait à tout le monde, se souvenait de ce que la personne lui avait dit quelques semaines ou années auparavant. Il considérait la personne devant lui comme une personne qui méritait son attention, peu importe son rang social, et ça, c’est très rare! »

Un artisan du consensus

Cette rare qualité faisait de Me Bédard un être très rassembleur, ce qui l’a aidé non seulement dans sa pratique lors de son retour au droit en 1990, mais dans tous ses projets au sein de sa chère région du Saguenay-Lac-St-Jean.

Me Sylvain Bouchard se rappelle par exemple du Consortium pour la forêt boréale et du Centre québécois de recherche sur le développement de l’aluminium, des projets chers au cœur du regretté avocat.

« C’est quelqu’un qui a réussi à asseoir à une même table des gens qui à certains égards étaient même des concurrents, des gens qui n’avaient pas les mêmes visions, et leur dire “ Écoutez, ce projet-là est un projet commun, c'est un projet qui fait consensus, ça fait qu’on devrait tous être derrière ”. C’était tout un artisan pour ça, un artisan du consensus », expose Me Bouchard.

Pour ses collègues, Me Bédard était une référence, et même la première personne à consulter aux premiers balbutiements d’un dossier. Avec humilité, il amenait ses interlocuteurs à se remettre en question.

« Rapidement, tu voyais qu’il fallait que tu ouvres ton horizon à d'autres perspectives, mais c'était toujours de façon constructive, ce n'était jamais blessant, ce n’était jamais de nature à te faire penser que tu avais manqué ton travail », explique Me Bouchard.

Cette humanité s’étendait d’ailleurs à toute personne ou société ayant un problème juridique ou besoin de conseils. Pour tous, Me Bédard était là, avec une intégrité sans faille et « un jugement hors du commun », souligne Me Tremblay.

« C’est pour ça que les gens disent que c’était quelqu’un d'extraordinaire : c'était quelqu’un de profondément humain », conclut Me Bouchard.

Me Marc-André Bédard laisse dans le deuil ses enfants Éric, Stéphane, Louis et Maxime.