Étienne Lavoie fait face à 14 chefs d'accusation de nature sexuelle. Photo : Radio-Canada
Étienne Lavoie fait face à 14 chefs d'accusation de nature sexuelle. Photo : Radio-Canada
Plus tôt cette semaine, nous avons publié un article qui rapporte que le psychologue Étienne Lavoie avait décidé de se défendre seul car il considère que les avocats de l’aide juridique ne n’étaient pas à la hauteur.

Dans une lettre qu’il a fait parvenir à Droit-inc, M. Lavoie a tenu à nuancer l’information.

Voici sa lettre...

Prison Talbot
Sherbrooke
04 mars 2021

Je suis en prison depuis deux ans sans avoir encore été reconnu coupable. Je considère que mon droit à une défense pleine et entière est actuellement compromis. L’un des enjeux en cause, est la rétribution des avocats qui acceptent des mandats d’aide juridique. Ils sont sous payés. J’ai observé à maintes et maintes occasions que leur travail en est très affecté. D’abord, les avocats qui acceptent des mandats de l’aide juridique doivent défendre beaucoup de clients pour avoir un salaire conforme à leur niveau de scolarité. Quand je dis beaucoup, j’entends plusieurs par jour, jour après jour. Il va sans dire que ceci a un impact tant sur la qualité que sur le type de mandat qu’ils acceptent. J’ai observé que plusieurs avocats, probablement par nécessité, sont devenus des négociateurs de sentences. Ils invitent, pour ne pas dire incitent leurs clients à plaider coupables contre une sentence réduite. « Affaire réglée, au suivant! ».

Dans mon livre à moi, ça ressemble beaucoup à une menace latente. Les avocats et les procureurs laissent sous-entendre à un accusé qu’ il s’expose à une lourde sentence s’il veut tenter de prouver son innocence. Et ils récompensent un plaidoyer de culpabilité par une sentence plus clémente. Il en résulte que la très grande majorité des prévenus plaident coupable, coupables ou non.

Il faut comprendre que défendre un accusé exige beaucoup de temps et que dans ce cas-ci le temps, ce n’est pas de l’argent. Car l’aide juridique ne le prend pratiquement pas en compte dans la rétribution d’un avocat. Conséquemment, les dossiers complexes, longs, délicats, ou qui nécessitent des procès sont souvent refusés ou vite réglés. Le sentiment d’être contraint à plaider coupable ou d’être traité à la va-vite, ne répond pas aux critères définissant le droit à une défense pleine et entière.

En ce qui me concerne, cela m’affecte de plusieurs façons. J’ai d’abord payé pour les services de mon avocat. En cours de route, à bout de ressources, j’ai dû avoir recours à l’aide juridique. Me Laperle a quand même accepté de continuer à me représenter, malgré le fait que mon dossier soit très complexe et par le fait même peu payant. C’est tout à son honneur.

Mais voilà que le 1er mars dernier, il a dû cesser de me représenter à cause d’un arrêt maladie de longue durée. Deux ans de travail et d’expertise perdus. Transférer et mettre à jour mon dossier par un nouvel avocat exigerait une énorme charge de travail. Et comme je n’ai pas l’intention de plaider coupable, la suite risque aussi d’être très longue. Très peu d’avocats peuvent financièrement se permettre de me représenter en étant équitablement rémunérés, pour répondre à mon droit d’avoir une défense pleine et entière. Devant ce constat, je n’ai d’autre choix, pour l’instant, que de me représenter seul.

À ma comparution du 1er mars, l’Honorable juge Ouellette m’a dit que le fait de me représenter seul constituait un désavantage pour moi. Il me l’a réaffirmé lorsqu’il m’a refusé le droit à un accès Internet et à ces moteurs de recherche pour bâtir ma défense.

Or le droit de se défendre seul est également inscrit dans la Charte des Droits et Libertés et ne doit pas constituer ni un obstacle, ni un désavantage. Je constate que je subis des préjudices graves car mes droits fondamentaux sont brimés. J’en appelle aux instances concernées de m’aider à me donner les moyens nécessaires pour me représenter seul et d’être conseillé et accompagné par un avocat qui possède l’expertise nécessaire.

Merci.

Étienne Lavoie