Me Patrick Ouellet. Source : Archives
Me Patrick Ouellet. Source : Archives
Un associé du cabinet Woods devient le premier avocat au Québec à recevoir le prix d’avocat plaidant de l’année au Canada lors des Benchmark Litigation Canada.

Il s’agit de Me Patrick Ouellet, un Super super plaideur.

Nous lui avons parlé pour en savoir plus …

Selon vous, comment vous êtes-vous démarqué?

Je ne connais pas exactement leur processus de sélection. Ils font des entrevues avec des avocats dans tout le Canada.

Mais mon année 2020 a été particulièrement occupée. J’étais en procès pendant trois mois à la Cour Suprême et à la Cour d’appel en même temps. Cela a sûrement contribué dans la sélection. Même si ce n'était pas nécessairement bon pour ma santé physique et mentale...

Étant le premier avocat au Québec à recevoir cette distinction, pourquoi est-il si important de le souligner ?

Ces répertoires sont traditionnellement plus anglo-saxons. Si on regarde la liste des récipiendaires des années passées, les avocats viennent plutôt de Toronto, Calgary et Vancouver. Ils sont plus appelés à travailler avec des juridictions semblables.

Avec notre système distinct et culture distincte, on a moins tendance à apparaître dans ce type de répertoire actuellement. C’est important de reconnaître un avocat du Québec maintenant. Je serais aussi content si quelqu’un d’autre avait été nommé à ce titre.

Justement, qu’est qui doit changer selon vous ? Quelles sont les choses à faire pour qu’il y ait plus de collaboration entre les avocats des différentes provinces ?

Ceci arrive par la force des choses. Prenons l’exemple d’un dossier d’un client d’un cabinet de Toronto qui a une injonction présentable à Vancouver. L’avocat de Toronto saura très bien le représenter à Vancouver car il comprend la loi et la langue dans laquelle l’audience aura lieu.

Alors qu’ici, même si l’avocat de Toronto connaît le dossier de fond en comble, dès que la partie adverse commence à plaider en français, c’est souvent la fin des auditions. Souvent les appelants vont être appelés en français dans un système différent qui répond à des règles différentes.

Il y a beaucoup de collaboration entre les avocats des différentes juridictions. Je travaille régulièrement avec les avocats de Toronto et Calgary. Ils sont moins portés à comprendre le travail que je vais faire.

Je salue la collaboration des avocats des autres provinces mais on est dans une constitution distincte qui ne va pas forcément changer.

Pensez-vous être un exemple pour les autres avocats au Québec ? En quoi cela va les inspirer à se démarquer dans la profession ?

J’ai toujours voulu inspirer les jeunes du bureau mais pas nécessairement par l’obtention de reconnaissance comme celle-ci. Je veux inspirer les jeunes par la bonne humeur au travail, la rigueur, la stratégie, le travail d’équipe etc.

Comme je disais, j’étais en procès l’automne passé et on me désigne avocat plaidant de l’année. Mais, lors du procès, je ne trouvais pas que j’étais le meilleur avocat dans la salle devant la Cour.

Je ne cherche pas à inspirer les gens par cette distinction qui est agréable à recevoir et qui ne veut pas dire grand chose. Je souhaite plutôt inspirer par l’exemple et la bonne humeur et rendre ce travail difficile à agréable.

Revenons sur votre parcours, pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser en litige civil ?

Je ne viens pas d’une famille d'avocats. Je ne connaissais rien du domaine avant de postuler en droit à l’université. Même, j’ai commencé à travailler en tant que stagiaire, je ne connaissais pas vraiment d’avocat.

Le litige a toujours été un travail qui m’inspirait. Quand je me suis dirigé en droit, c’était pour argumenter par écrit et verbalement. Faire du litige a toujours été mon objectif.

Quels sont les dossiers qui vous ont marqué au cours de votre carrière ?

J’ai eu la chance de travailler sur un dossier emblématique en 2015 de Vidéotron contre Bell expressvu qui a donné lieu à une condamnation supérieure à 80 millions de dollars dans les comptes de Bell.

C’était un jugement qui a fait beaucoup parlé. Avec les résultats obtenus, cela m’a aidé à propulser ma carrière professionnelle.

Si je n'avais pas eu la chance de travailler dans ce dossier, probablement la suite des choses se serait produite différemment. J’ai eu aussi la chance de plaider devant plusieurs instances dans ma carrière.

Depuis 2002, vous travaillez chez Woods. Pourquoi avoir choisi ce cabinet en particulier pour pratiquer votre spécialité ?

Depuis la course aux stages, je suis tombé amoureux de Woods. Ce cabinet m’a toujours impressionné. Malheureusement, je n’ai pas eu de deuxième entrevue pour faire le stage.

Après deux ans dans un autre cabinet, une opportunité s’est présentée chez Woods et je n’ai pas hésité. C’était mon bureau de rêve. Je trouvais que leur modèle d’affaires était avant-gardiste à l’époque.

Je voyais l’opportunité de travailler dans un modèle d'affaires différent et inspirant. Surtout, je voulais grandir avec le bureau qui a effectivement beaucoup évolué. Maintenant, on compte 10 associés et près de 40 avocats.

On a une équipe de rêve avec énormément de talents. On a des jeunes au bureau qui sont extrêmement forts et qui nous aident dans les dossiers.

Si je comprends bien, vous plaidez et les dossiers se font en amont par d’autres avocats. Pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

Je ne suis pas le seul plaideur au bureau. Nous le sommes tous. Chaque dossier se fait en équipe. Par exemple, je n’ai pas trois ou quatre jeunes qui travaillent pour moi mais tous les sociétaires travaillent pour tous les associés.

Chaque dossier est né du travail d’équipe. L'équipe va varier en fonction du dossier et de l'expertise de chacun.

Qu'est-ce que ça prend aujourd'hui pour être un grand plaideur? Quelles sont les qualités essentielles? Est-ce ça s'apprend ou est-ce inné?

Je pense que cela s’apprend par l’exemple, par le travail et la rigueur. Peu importe l'expérience, il faut être aussi bien préparé que la partie adverse voire plus.

Le danger est de tomber dans des automatismes, de penser que son expérience fera l’affaire et qu’on peut se préparer plus rapidement. Mais, il faut toujours rester rigoureux. Parfois, ce n’est pas suffisant même si on est bien préparé. À un moment donné, il faut écouter et voir des plaideurs inspirants.

J’ai beaucoup appris en regardant des adversaires et des avocats comme James Woods, Christian Immer qui est maintenant juge de la Cour supérieure. Je me souviens aussi avoir vu des longs procès contre des avocats comme Gordon Kugler et Max R. Bernard. Ils m'ont tous inspiré à leur façon.

Je regardais leur style, celui de mes mentors et je me disais que j’allais prendre un bout de chacun puis développer mon propre style. Parfois, il faut aussi savoir choisir ses batailles en laissant tomber un argument et se concentrer sur un autre plus pertinent en procès.

Le jugement, la préparation, la rigueur, l’observation sont des qualités importantes à retenir.

Et parmi vos contemporains au Québec, lesquels vous inspirent?

Il y a pleins d’avocats inspirants. Je peux vous donner l’exemple de Sophie Melchers de Norton Rose Fulbright LLP. Je l’ai vu plaider avec son associé Horia Bundaru car j’ai travaillé avec eux dans un dossier récemment.

Aussi, je m’inspire des personnes autour de moi dont l’ensemble de l’équipe chez Woods. Il y en a d’autres comme Doug Mitchell de IMK Avocats.

Pour conclure, avez-vous d’autres conseils à ajouter pour les jeunes avocats ?

Pour les avocats en début de pratique, ne vous découragez pas. Moi-même, au bout de 18 mois de pratique, je ne voyais pas le bout du chemin et me demandais si ma vie serait ainsi. Au bout d’un moment, on trouve son confort, son équilibre ou plutôt la gestion du déséquilibre.

On se rend compte à un moment donné que les tâches de la semaine ne sont pas aussi nouvelles et on sait comment les faire. Hang in there pour les deux premières années !

J’aimerais aussi que notre profession s’adapte à la réalité des femmes. Malheureusement, dans notre spécialité après 15 ans de pratique, il en reste beaucoup moins qu’au début. Ces femmes sont souvent des superstars qu’on perd car on n’a pas réussi à s’adapter à leurs réalités. Leurs réalités sont différentes et temporaires.

Je suis très troublé par le ratio hommes femmes dans la pratique privée de 15 ans et plus. C’est quelque chose qui doit changer. Il faut être ouvert et accommoder notamment les jeunes parents.