Jenny Ross
Jenny Ross
Jenny Ross a franchi le pas. Et pas n’importe lequel : elle est retournée à la pratique privée, chez Blakes, après douze ans auprès du géant immobilier Ivanhoé Cambridge.

Un changement presque « étrange » reconnaît la Barreau 1998, les avocats ayant l’habitude d’emprunter le chemin inverse.

Tout reste à faire pour Me Ross, qui doit maintenant bâtir sa pratique, dénicher des clients et consolider des relations d’affaires. Elle juge tout de même que le jeu en vaut la chandelle, car son retour en cabinet lui permet de se réapproprier le terrain des transactions, un domaine dont elle s’est détournée au fil des années.

Elle croit aussi pouvoir se démarquer de ses confrères grâce à son expérience en entreprise.

Entretien.

Retour aux sources

Pour une avocate transactionnelle, Jenny Ross dit avoir été particulièrement bien servie chez Ivanhoé Cambridge. Elle a été aux premières loges des acquisitions menées par l’entreprise, qui a vu son volume de transactions augmenté à partir de 2015.

À l’époque, la société immobilière basée à Montréal prenait place en Asie-Pacifique et en Inde, menant ainsi la Barreau 1998 à faire du démarchage pour trouver des consultants et fournisseurs sur le terrain.

« Je me considère comme très chanceuse de mon parcours au sein de l’entreprise. Je me suis développée comme avocate transactionnelle en étant exposée à l’expansion de l’entreprise à l’étranger », confie-t-elle à Droit-Inc sans exposer d’exemple précis.

Cela étant, aux premières loges de l’envergure que prenait Ivanhoé Cambridge, Me Ross sentait qu’elle s’éloignait du monde transactionnel pour s’occuper davantage des affaires juridiques. Ce qui n’était pas forcément facile pour une avocate qui n’a jamais vraiment rêvé de devenir chef d’un contentieux.

« Les transactions devenaient plus grosses et plus complexes. Le chef du contentieux et moi avons bâti une équipe à l’interne. Mon rôle a ainsi évolué m'amenant à moins faire de transactions pour m’occuper des affaires juridiques. »

C’est cette évolution qui a mené l’avocate à se questionner sur la suite de sa carrière. Après avoir entamé une « réflexion personnelle », elle a réalisé qu’elle voulait retourner au transactionnel, même si elle occupait après douze ans chez Ivanhoé Cambridge un poste « enviable et confortable ».

Choisir Blakes

Jenny Ross n’était pas fermée à un retour à la pratique privée, mais c’est plutôt d’une entreprise à une autre qu’elle envisageait de circuler.

Elle a finalement succombé aux avances de Blakes, le cabinet ayant l’un des meilleurs départements d’immobilier commercial au pays, mais aussi parce qu’elle y voit un beau défi pour la dernière ligne droite de sa carrière.

Après douze ans en entreprise, Me Ross admet qu’elle recommence un peu à zéro. Contrairement à un avocat d’un autre cabinet, elle doit s’en remettre essentiellement à son réseau de contacts.

« Tout est à bâtir en ce qui me concerne. Je dois être patiente, me donner du temps et gérer mes attentes, insiste la Barreau 1998. Je n’arrive pas avec des clients, une clientèle établie et des dossiers. Les dossiers entrent quand même, mais ce n’est pas comme si c’est moi qui les avais amenés ».

Questionnée sur le principal défi que représente un tel effort de démarrage, Jenny Ross insiste sur l’importance d’être « patiente ».

« Je me mets des attentes élevées, mais l’équipe de Blakes m’a réservé un accueil très chaleureux. Elle est de bons conseils, m’invitant à prendre mon temps pour me plonger dans le bain et reconnecter avec mon réseau », ajoute celle qui ne tarit pas d’éloges pour son nouvel employeur.

Jenny Ross n’a pas voulu s’avancer sur les attentes qu’elle évoquait, préférant ne pas définir pour le moment d’objectif de travail « trop précis ».

Reprogrammer son cerveau

Bien malin celui qui peut sauter d’une entreprise à la pratique privée : Jenny Ross reconnaît que la transition est moins aisée qu’il y paraît, et qu’elle peut s’apparenter à nouveau départ.

« Après plus de douze ans, ça ne vient pas sans un certain niveau de désorientation même si tout se passe très bien jusqu’à présent. »

Une façon de dire qu’elle est restée suffisamment longtemps en entreprise pour avoir été « reprogrammée ». « J’étais du côté client. Maintenant, je dois reprendre les réflexes d’être de l’autre côté, soit celui du “service-client”. C’est un changement important. »

Jenny Ross y voit cependant une véritable opportunité. Elle croit qu’elle pourra se démarquer de ses confrères à l’aide de sa « perspective unique ».

« J’ai vu des choses avec mes yeux de client, en plus de jouer un rôle clé dans la gestion des relations avec le cabinet d’avocat qui desservait Ivanhoé Cambridge. Ça m’a notamment permis de comprendre comment les sociétés immobilières fonctionnent et comment les enjeux de gouvernance les préoccupent. »

La Barreau 1998 donne notamment en exemple des questions techniques et opérationnelles comme la gestion des enjeux réputationnels, la gouvernance d’entreprise, les enjeux liés au sujet ESG… bref, soient tous les enjeux susceptibles d’intéresser les sociétés immobilières.

Jenny Ross a commencé sa carrière chez Coudert Brothers en mai 1998. Elle est plus tard devenue associée chez Fraser Milner Casgrain. Elle a quitté le cabinet en mars 2010, trois ans avant sa fusion avec Salans et SNR Denton, qui forment aujourd’hui le groupe Dentons.

Elle a complété son baccalauréat en droit à l’Université de Sherbrooke en 1997.