Marie-Clarisse Berger, l’auteure de cet article. Source: LinkedIn
Marie-Clarisse Berger, l’auteure de cet article. Source: LinkedIn
Le mois dernier (juillet 2021, NDLR), en plein coeur de Montréal un jeune noir se fait brutaliser (encore) par la police. Le genou sur le cou, torsion de bras, force excessive pour un jeune qui ne se débat même pas.

Il sortait d’une bagarre d’une école secondaire.

Quel dangereux criminel.

Un des policiers prétend qu’il avait un taser.

Pourtant, le jeune n’a reçu qu’un constat d’infraction pour avoir crié sur la voie publique… cri qu’il a lâché parce qu’il se faisait « George Floydiser » par l’agent Lapointe, le même agent du fameux drame avec le manteau rouge survenu en janvier dernier…

Notre société a besoin de lunettes, car elle est myope. Elle confond des enfants noirs avec des adultes noirs pour justifier l’utilisation d’une force excessive et gratuite. Traitons-nous les enfants blancs de la sorte?

L’adultification du corps noir n’est pas chose nouvelle. Déjà en 2017, des chercheurs de l’Université de Georgetown confirmait que les petites filles noires sont perçues comme étant plus mature et comme ayant besoin de moins de protection que leurs collègues de classe, ce qui explique l’utilisation de plus de discipline envers elles.

Dès l’âge de 10 ans, les jeunes noirs et les jeunes blancs ne jouent plus dans la même cour. Les uns dans la cour des grands et les autres ont la permission de rester enfants.

L’Association américaine de psychologie avance elle aussi que les corps noirs subissent un traitement différent. En fait, elle mentionne que les jeunes noirs peuvent être perçus comme étant coupables et peuvent subir de la violence policière s’ils sont accusés d’un crime. Dès l’âge de 10 ans, les jeunes Noirs et les jeunes Blancs ne jouent plus dans la même cour. Les uns dans la cour des grands et les autres ont la permission de rester enfants.

Les corps noirs sont vus comme étant des corps adultes, peu importe leur âge.

Et cette adultification sert à justifier un traitement différencié dans les interventions policières. Parce que n’importe qui considère que c’est immoral d’user de force sur enfant. Mais quand on échange les rôles et qu’on prétend, en tant que police blanche, que c’est nous qui sommes en danger devant un être noir, il est beaucoup plus facile de s’attirer la sympathie et de justifier nos traits abusifs.

Et lorsque ces mêmes enfants noirs grandissent, ils subissent pire : on les abat lorsqu’ils demandent de l’aide.

C’est qu’être noir est un outil politique et exister dans un pays colonisateur est un affront à la suprématie blanche et ses tentacules qui s’étendent dans tous les systèmes.

Et lorsque ces mêmes enfants noirs grandissent, ils subissent pire: on les abat lorsqu’ils demandent de l’aide.

Alors qu’un faucheur habillé en samouraï se fait escorter dans le plus grand calme, notre frère noir qui tient un couteau de cuisine se fait cribler de balles. Est-ce que la police connaît la proportionnalité?

Aux jeunes de Montréal qui ont subi un sort qu’on ne réserve même pas aux animaux d’abattoir, je m’excuse que vous ayez dû souffler 18 chandelles le jour où vous avez compris que votre corps d’enfant vous trahissait aux yeux de la police.

Jean René Junior Olivier, je m’excuse que vous soyez noir et que votre identité soit un affront à la police de Repentigny.

Au peuple noir, je m’excuse que notre corps soit constamment perçu comme une arme.

Je m’excuse, mais la police s’excusera-t-elle pour de bon un jour?

Sur l’auteure

Marie-Clarisse Berger est étudiante en droit à l’Université de Sherbrooke. Elle complète présentement sa deuxième année d’études au baccalauréat.